Parmi les plaisirs, il y a un choix à faire: non seulement il faut

tenir compte de l'âge, du sexe, du goût, du degré de sensibilité de

l'enfant, mais d'une manière générale, il faut lui épargner tout

spectacle qui est de nature à causer des émotions trop fortes ou à

fausser son jugement. Les impressions reçues dans l'enfance, sont

toujours très vives, et si elles sont violentes, elles exercent sur

l'esprit une influence funeste qui persiste jusque dans l'âge mûr, et

peuvent occasionner des troubles sérieux. Ce que nous disons des

spectacles s'applique également aux livres; l'enfant s'attache

fortement au livre qu'il aime, il y revient sans éprouver de

lassitude ni d'ennui, il relit les passages qui lui ont plu, aussi

importe-t-il de mesurer l'émotion à son jeune et tendre coeur. Les

vibrations violentes brisent la corde sonore délicate.

* * * * *

Les promenades sont d'excellentes récompenses; elles satisfont au

besoin d'exercice; elles peuvent être associées à des jeux. C'est un

plaisir simple, naturel, hygiénique qui ne laisse aucune amertume

après lui, qui apaise, qui calme les excitations maladives causées par

la vie sédentaire et le surmenage.

* * * * *

Dans ces derniers temps, l'usage s'est répandu d'accorder en

récompense des livrets de caisse d'épargne, dans l'espoir de créer

des habitudes d'ordre et d'économie dans des familles peu aisées où

ces qualités sont plus particulièrement nécessaires et où elles font

généralement défaut. Le but est louable mais ne doit-on pas craindre

de paralyser ainsi les élans généreux de l'enfant et de l'accoutumer

prématurément à une économie qui peut dégénérer en avarice. L'esprit

d'économie ne se crée pas avec de l'argent donné et n'est pas une

qualité qui se développe dans l'enfance. Nous n'attachons de valeur à

l'argent que s'il représente un salaire, le prix d'un travail, s'il

nous a coûté quelque peine à acquérir; alors seulement nous ne le

gaspillons pas. On ne suscite pas plus dans l'esprit d'un enfant les

goûts ou les idées de l'âge mûr qu'on ne peut lui donner la taille

qu'il atteindra à cet âge, et il y a beaucoup à parier qu'on produira

chez lui des déviations morales comme on lui tord les jambes en

voulant le faire marcher trop tôt.

* * * * *

Le _bon point_ est une des récompenses fort en usage dans nos

établissements scolaires. Il y en a de diverses sortes et de valeur

différentes qui composent un système analogue à celui de notre

monnaie. Récemment ils ont été illustrés et représentent soit des

personnages illustres, soit des animaux, des plantes ou des faits

historiques. D'un côté se trouve l'image, de l'autre une biographie ou

une explication. Cette innovation est bonne. Les dessins sont en

général convenablement exécutés et les notes suffisamment exactes; le

seul point défectueux est le défaut d'appropriation à l'âge et au

degré de culture de l'enfant; notes et dessins ne sont pas, en

général, assez simples.

* * * * *

Nous n'avons pas de goût pour les _croix_ et en général pour les

distinctions honorifiques; ce mode de récompense ne convient pas à des

enfants; il n'est pas bon de leur faire singer les hommes, de les

familiariser avec ce que les hommes respectent, car on peut craindre

d'émousser ainsi le sentiment de l'honneur. Si ce sont des

récompenses, la durée en est trop longue et persiste après que la

cause de la récompense a cessé d'exister; si ce sont des insignes qui

donnent à l'enfant, parmi ses camarades, un rang mérité par le travail

ou la conduite, nous leur préférons ceux qui sont en usage dans

l'armée, les galons.

* * * * *

Les bons points servent, dans certains cas, _d'exemptions_,

c'est-à-dire de moyen de s'exempter des punitions. Dans la balance de

la justice, la récompense et la punition sont choses de nature

différente et qui ne se peuvent faire équilibre. Ce qui ne s'ajoute

pas ne saurait non plus se retrancher. L'exemption a été conquise par

le travail tandis que la punition est la conséquence de la légèreté,

de la paresse, etc. Il n'y a pas là de parité et par conséquent

d'échange possible, sans blesser le sens moral. Toute punition doit

être subie. Il est permis de regretter qu'un bon élève ait eu un

moment de faiblesse, mais alors il eût mieux valu ne pas le punir.

* * * * *

L'inscription au _tableau d'honneur_ est une forme de l'éloge public;

il en présente les inconvénients et nous semble devoir être écarté

comme moyen de récompenser. A plus forte raison devons-nous redouter

les _distributions solennelles de prix_. Le plus souvent on voit

l'intelligence, le travail facile récompensés au détriment des efforts

sérieux. Ajoutons que la présence des parents, leurs exigences

illégitimes ont complétement faussé le caractère de ces cérémonies; ce

ne sont plus des distributions de prix mais des distributions de

livres. La coutume a passé des établissements privés aux

établissements publics. Les parents se sentent, avec raison

d'ailleurs, solidaires de leurs enfants, ils sont fiers des succès que

ceux-ci remportent, ils s'en attribuent une part, et, par contre, ils

se sentent atteints par les insuccès et accusent volontiers les

maîtres de partialité. Dans les réprimandes qu'ils adressent à cette

occasion aux enfants, on sent la révolte de l'amour propre blessé,

plus encore que tout autre sentiment. Ils veulent le succès avant

tout, et l'enfant est blâmé pour n'avoir pas réussi, lors même que sa

conduite et son travail n'ont rien laissé à désirer. Les maîtres ont

la faiblesse de sacrifier à ces vues étroites: ils multiplient les

récompenses, et chaque élève, à fort peu près, emporte un témoignage

sinon de satisfaction du maître, au moins de contentement pour les

parents.

* * * * *

Un établissement qui jouit d'une réputation méritée[35] a voulu réagir

contre cette détestable coutume. Nous avons dit plus haut qu'à

_l'École Turgot_ on a mis en pratique le mode des récompenses sans

avantages matériels et des punitions sans châtiments. Les unes et les

autres se bornent à des inscriptions sur le livret de l'écolier. Voilà

des améliorations notables, mais dont il ne faut pas pourtant exagérer

l'importance.

[35] _L'école Alsacienne._

* * * * *

Dans l'application, nous procéderons de la manière suivante:

Pour les simples encouragements, les notes habituelles suffisent:

_passable_, _assez bien_, _bien_, _très bien_, écrites ou énoncées.

L'accent y ajoutera beaucoup; un sourire approbateur suffira à

l'enfant doux et sensible.

Ces notes pourront être données à l'enfant seul ou en présence de

toute la classe.

Une action très méritoire sera portée à l'ordre du jour de l'école, et

l'éloge en sera fait publiquement devant le personnel scolaire tout

entier.

Une classe tout entière pourra être récompensée dans certains cas

exceptionnels.

Dans la famille, l'enfant pourra obtenir non à cause de son travail

mais pour la satisfaction qu'il aura donnée à ses parents, soit des

objets, soit une partie de plaisir.

APPENDICE

EXTRAIT DU RÈGLEMENT DES ÉCOLES PRIMAIRES DE LA SEINE

ARTICLE 18

Les punitions admises dans les écoles publiques sont:

1º Les mauvais points;

2º La réprimande;

3º La privation partielle de la récréation;

4º La retenue après la classe;

5º L'imposition d'un court devoir supplémentaire dans la famille;

6º L'exclusion d'un ou deux jours sous la seule responsabilité du

directeur de l'école. Avis en sera donné à la famille, à l'inspecteur

primaire et à la mairie.

Dans le cas d'inconduite notoire cette peine pourra être portée de

deux à huit jours avec l'assentiment de l'inspecteur primaire. Avis en

sera donné à la mairie et aux parents.

Cette punition pourra entraîner d'urgence pour l'élève le changement

d'école.

Une exclusion de plus longue durée ne pourra être prononcée que par

l'inspecteur d'Académie.

* * * * *

Les récompenses sont de deux sortes:

1º Les récompenses permanentes qui sont mises pendant toute l'année à

la disposition de l'instituteur:

2º Les prix et livrets de la Caisse d'épargne, qui sont attribués à la

fin de l'année scolaire, en distribution solennelle.

Les récompenses permanentes appelées communément «récompenses

scolaires», consistent en bons points de diverses valeurs, images,

objets de papeterie, etc.

Ces images et objets divers sont distribués chaque mois aux élèves en

échange de bons points qu'ils ont obtenus.

Un règlement du 14 juin 1884 détermine les conditions dans lesquelles

s'opère cet échange.

Les prix donnés en distribution solennelle sont choisis de manière à

intéresser et amuser l'élève tout en concourant à son instruction et à

son éducation morale.

En moyenne, le nombre attribué à chaque école est calculé à raison de

un pour trois élèves; ces prix sont de valeurs différentes.

EXTRAIT DU PROJET DE RÈGLEMENT

Délibéré en Conseil supérieur

POUR LES LYCÉES ET COLLÈGES

Les élèves sont autorisés à causer entre eux pendant les repas, dans

les mouvements et pendant les exercices gymnastiques. Le bruit ne sera

pas toléré;

Les punitions auront toujours un caractère moral et réparateur. Le

piquet, les pensums, les privations de récréation, sauf l'exception

des retenues du jeudi et du dimanche prévues à l'article suivant, la

retenue de promenade sont formellement interdits. La mise à l'ordre du

jour, comme peine disciplinaire, est supprimée;

3º Les seules punitions autorisées sont les suivantes:

_a._ La mauvaise note;

_b._ La leçon à rapprendre en totalité ou en partie;

_c._ Le devoir à refaire en totalité ou en partie;

_d._ Le devoir extraordinaire;

_e._ La retenue du jeudi et du dimanche;

_f._ La privation de sortie;

_g._ L'exclusion de la classe ou de l'étude;

_h._ L'exclusion temporaire ou définitive de l'établissement.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Les prix et accessits seront décernés d'après le total des notes

obtenues par tous les élèves dans les compositions, les compositions

finales ayant un coefficient double.

Selon le travail des élèves et la valeur des compositions, il pourra

n'être attribué aucun prix, ou, au contraire, en être attribué plus

de deux dans une faculté donnée.

Tous les élèves ayant bien travaillé et convenablement réussi pourront

être nommés à la distribution des prix, à condition d'avoir atteint

une moyenne déterminée.

Le nom de _prix d'excellence_ est réservé à des prix d'ensemble

décernés aux élèves qui, dans chaque classe et chaque division, auront

le mieux satisfait à tous leurs devoirs.

Le prix d'excellence sera décerné par un vote de l'ensemble des

maîtres de chaque classe et de chaque division. Il pourra y avoir un

prix distinct pour les externes.

Les notes obtenues dans les exercices physiques entrent en ligne de

compte pour le prix d'excellence.

Tours, imp. Deslis Frères, 6, rue Gambetta.

Petit traité des punitions et des récompenses à l'usage des maîtres et des parents · 第 3 / 3 段