7 juin,

«On a inventé un nouveau rendez-vous d’amour, tant pour la commodité

que pour la discrétion. Plusieurs personnes ont la clef de la galerie

que M. Bontemps s’est pratiquée, aux Tuileries, sous les voûtes de

la terrasse et qu’il a fait meubler. On y entre à la nuit fermée et

l’on y reste jusqu’à dix heures et plus, sans que personne puisse en

rien imaginer: car on n’y met point de lumières et l’on ne voit que

la clarté de la lune. M. le prince de Conti et M. le duc de Richelieu

y vont souvent[187].»

[187] _Bibliothèque de la Ville de Paris_. Manuscrit 26700; à

la date.

A cette date, d’après le nouvelliste, c’était Mme de Vernouillet, une

piquante beauté, que le duc daignait honorer de ses plus particulières

attentions et qui lui valut de malicieux couplets[188].

[188] Les _Nouvelles à la main_, éditées en 1879 par M. E. de

Barthélemy, attribuent même à Richelieu ce couplet sur Mme de

Vernouillet:

Pour bien peindre en miniature

De Vernouillet la figure,

Il faudrait que la peinture

Exprimât tout à la fois

D’une Nymphe le corsage,

D’une Grâce le visage,

D’une Muse le langage,

D’une Sirène la voix.

Ses infidélités ne durent pas être ignorées de sa femme. Il semble que

Voltaire en ait eu le pressentiment, quand, dans sa fameuse épître, il

s’écriait assez impertinemment, comme s’il eût prévu le châtiment du

coupable[189]:

[189] DUC DE LÉVIS: _Souvenirs et Portraits_, 1815, pp. 21 et

suiv.

Est-il dit qu’il ne sera pas

Ce qu’il a tant mérité d’être?

Mais Richelieu veillait. Aussi, quand, de son propre aveu, au lendemain

de son mariage, il vit reparaître cet écuyer qui avait si bien consolé

sa première femme, le pria-t-il d’aller porter ailleurs ses services.

Mais il n’avait rien à craindre avec Mlle de Guise, trop aimante pour

ne pas demeurer toujours fidèle. Lorsqu’elle fut irrémédiablement

perdue, le duc, par décence, resta plus souvent auprès d’elle, à

l’hôtel de Guise qu’elle habitait, depuis son retour de Montpellier.

Un jour qu’il s’était rencontré dans la chambre de la mourante avec

son confesseur, le P. Segaud, il dit à sa femme, quand le jésuite l’eut

quittée:

--«Au moins, en êtes-vous contente?

--«Oh! oui, bien contente, il ne me défend pas de vous aimer[190].»

[190] VOLTAIRE: _Correspondance_. _Lettre à Formont_ du 25 juin

1735.--DUC DE LUYNES: _Mémoires_ ou _Journal_, t. III, p. 224.

A l’heure de l’agonie, elle ne voulut pas qu’on appelât son mari, pour

lui éviter le déchirement de la séparation suprême; mais il avait donné

des ordres contraires; et elle eut la consolation de mourir entre ses

bras, dans l’étreinte d’un dernier baiser (2 août 1740).

Elle laissait deux enfants:

Louis-Antoine-Sophie Du Plessis-Richelieu, titré duc de Fronsac, né le

4 février 1736[191]; Jeanne-Sophie Élisabeth-Louise-Armande-Septimanie,

née le 1er mars 1740. C’étaient les États de Languedoc qui l’avaient

tenue sur les fonts baptismaux et lui avaient donné le nom de

Septimanie. Sa naissance, à Montpellier, avait hâté la fin de sa mère,

qui avait succombé à une nouvelle poussée de phtisie galopante, au

Temple, chez son père.

[191] Le Commissaire Dubuisson écrit à M. de Caumont, en 1736,

que la duchesse de Richelieu vient d’accoucher d’un garçon,

que, sans cela, le roi eût envoyé le duc à la Bastille, parce

que celui-ci s’était permis d’aller chasser, avant lui, sur ses

propriétés, dans la plaine de Saint-Denis, où il avait tué 7 à

800 pièces de gibier.

Le Maréchal de Richelieu (1696-1788) d'après les mémoires contemporains et des documents inédits · 第 25 / 112 题