LE CITOYEN COTON

Fort bien! Mais quand vous aurez dépouillé et chassé Israël, lorsque M.

de Rothschild aura vendu sa maison pour un âne, les travailleurs en

deviendront-ils plus heureux? Le régime capitaliste leur sera-t-il plus

favorable? Les patrons leur feront-ils des conditions meilleures? Le

jour de notre émancipation sera-t-il plus proche? Pourquoi serions-nous

antisémites? Quelles raisons aurions-nous de préférer Rodin à Shylock.

Est-il plus agréable d'être dévoré par M. Vautour que d'être croqué par

Moïse Geiermann. Nous n'avons rien à voir avec la synagogue, mais nous

nous méfions de Notre-Dame-de-l'Usine. La puissance inique de l'argent,

voilà le mal. Nous sommes également ennemis du capital juif et du

capital chrétien. Nous regardons tranquillement les chrétiens et les

sémites lutter pour la galette. Que Jacob dépouille saint Pierre ou que

saint Pierre mette la main sur le sac du juif, peu nous importe. Mais il

nous sera agréable de voir la richesse se concentrer dans un très petit

nombre de mains. Notre mission se trouvera ainsi simplifiée le jour de

la grande liquidation.

V

--Il est malheureusement hors de doute, dit M. Bergeret, que les vérités

scientifiques qui entrent dans les foules s'y enfoncent comme dans un

marécage, s'y noient, n'éclatent point et sont sans force pour détruire

les erreurs et les préjugés.

Les vérités de laboratoire, n'ont point d'empire sur la masse du peuple.

Je n'en citerai qu'un exemple. Le système de Copernic et de Galilée est

absolument inconciliable avec la physique chrétienne. Pourtant vous

voyez qu'il a pénétré, en France et partout au monde, jusque dans les

écoles primaires, sans modifier de la façon la plus légère les concepts

théologiques qu'il devait détruire absolument. Il est certain que les

idées d'un Laplace sur le système du monde font paraître la vieille

cosmogonie judéo-chrétienne aussi puérile qu'un tableau à horloge

fabriqué par quelque ouvrier suisse. Pourtant les théories de Laplace

sont clairement exposées depuis près d'un siècle sans que les petits

contes juifs ou chaldéens sur l'origine du monde, qui se trouvent dans

les livres sacrés des chrétiens, aient rien perdu de leur crédit sur les

hommes. La science n'a jamais fait de tort à la religion, et l'on

démontrera l'absurdité d'une pratique pieuse sans diminuer le nombre des

personnes qui s'y livrent.

Les vérités scientifiques ne sont pas sympathiques au vulgaire. Les

peuples vivent de mythologie. Ils tirent de la fable toutes les notions

dont ils ont besoin pour vivre. Il ne leur en faut pas beaucoup, et

quelques simples mensonges suffisent à dorer des millions d'existences.

Opinions sociales · 第 48 / 64 题