L'an mil sept cent quatre-vingt-douze, le cinq août et l'an quatrième de
la liberté;
L'Assemblée générale de la section des Postes convoquée en vertu de
la loi du vingt-huit juillet dernier[452], M. Blondel, président;
La séance a été ouverte par la lecture du procès-verbal de la séance
précédente qui a été adopté.
Il a été arrêté que, conformément à différents arrêtés pris par
l'Assemblée, tant que[453] durerait la permanence les séances seraient
ouvertes à six heures très précises par la lecture du procès-verbal de
la veille, et qu'il serait de suite procédé à l'ordre du jour par les
membres qui composeraient l'Assemblée à tel nombre qu'il puisse être.
Sur la lecture d'un projet d'adresse au roi, la question préalable
ayant été invoquée et mise aux voix, il a été arrêté qu'il n'y avait pas
lieu à délibérer.
Un membre ayant exposé à l'Assemblée des inquiétudes des fonds (_sic_),
sur différents rapports qui lui avaient été faits et qu'il lui a été
communiqué (_sic_), l'Assemblée se disposait à passer à l'ordre du jour,
lorsque plusieurs membres, en confirmant ces rapports, ont dit qu'il se
répandait dans Paris comme certain que le Roi se disposait à partir,
que les Suisses et autres soldats, au nombre de sept à huit mille, se
disposaient à favoriser son évasion, qu'ils étaient déterminés à tirer
sur le peuple; et que chaque soldat avait seize cartouches, que les
Suisses entr'autres avaient été enivrés par leurs officiers à cet effet,
et enfin qu'il existait dans ce moment au Palais-Royal et aux Tuileries
une effervescence susceptible d'opérer un grand trouble[454].
L'Assemblée s'est occupée à l'instant des moyens d'opérer la
tranquillité de la capitale.
Il a été arrêté que l'Assemblée ne désemparerait pas jusqu'à ce qu'elle
soit entièrement assurée que le trouble fût dissipé.
Il a été arrêté que quatre commissaires seraient députés à la Mairie
pour s'assurer des faits; que quatre autres seraient députés pour
prendre des renseignements certains sur ces événements, soit aux
Tuileries, soit au Palais-Royal, enfin dans les endroits qui leur
paraîtraient convenables.
On allait procéder à la nomination des commissaires, lorsque tous
les citoyens, amis du bien public, s'empressèrent[455], à l'envi l'un de
l'autre, de partager toutes ces démarches; les huit premiers enregistrés
ont été acceptés: MM. Boussaroque, Jams, Charmotte (_sic_), et
Madeleine, ont été agréés pour se rendre au Palais-Royal, aux Tuileries
et autres endroits qu'ils jugeraient à propos.
Et MM. Langlois, Giffey (_sic_), Jouaudel et Tricot ont été agréés pour
se rendre à la Mairie.
Messieurs les commissaires s'étant séparés de l'Assemblée pour se
rendre à leur mission, l'Assemblée a passé de suite à l'ordre du jour.
L'ordre du jour était une adresse de toutes les autorités de Marseille
aux citoyens de Paris, pour _demander au nom de la loi suprême, qui
est le salut du peuple, la suspension du pouvoir exécutif, tant que la
Patrie sera en danger_.
Il a été arrêté qu'attendu que l'Assemblée avait déjà émis son vœu
sur cette demande[456], elle ne devait plus s'en occuper, mais qu'il
serait écrit une lettre au nom de l'Assemblée à la Municipalité
de Marseille, où il y (_sic_) serait exprimé ses sentiments de
reconnaissance et de fraternité; MM. Desvieux et Laurent ont été chargés
de cette rédaction, ainsi que de la communiquer à l'Assemblée.
Un membre, après avoir exposé à l'Assemblée la détresse où se trouvent
les Marseillais nouvellement arrivés à Paris, a proposé de nommer une
députation auprès d'eux, pour leur offrir au nom de la section le vœu
qu'elle manifeste de faire tout ce qui dépendra d'elle pour contribuer à
tout ce qui pourra leur être utile et agréable.
Cette proposition, ayant été mise aux voix, a été arrêtée. Il a été
également arrêté que MM. Desvieux, Grappin, Genty[457], Péronnarde,
Lindet et Rayon des Loriers (_sic_), étaient nommés commissaires députés
auprès des Marseillais et qu'ils s'y rendraient séance tenante.
Il a été fait lecture de l'acte du Corps législatif, du quatre de ce
mois, relatif à la section de Mauconseil[458], de la loi relative aux
officiers de paix[459], d'une délibération du Corps municipal, du
trois août, relative à la démission de M. Delaville Le Roux, percepteur
des contributions de la ville[460], et de l'extrait d'un procès-verbal
de la section de l'Observatoire, du 27 juillet dernier, relatif
au décret du 25 juillet qui lève la détention des sieurs Pâris et
Bouland[461].
Pendant le cours de la séance, plusieurs citoyens, tant de l'Assemblée
qu'étrangers, sont venus, ainsi qu'une députation de la section
Poissonnière, confirmer à l'Assemblée les nouvelles affligeantes qui lui
avaient été dénoncées au commencement de la séance.
MM. les commissaires députés, tant à la Mairie que dans les différents
endroits de Paris, ont rendu compte des différents renseignements qu'ils
avaient pris d'où il en (_sic_) résulte, à la grande satisfaction de
l'Assemblée, que l'on était dans la plus grande tranquillité, et que
tous les faits qui avaient été dénoncés étaient absolument faux.
MM. les commissaires députés vers les Marseillais sont venus rendre
compte de leur mission. Ils ont exposé à l'Assemblée la position
critique où se trouvent les Marseillais, et ont à ce sujet soumis à
l'Assemblée des propositions en leur faveur; mais comme, avant le
retour de MM. les commissaires, un membre avait dénoncé l'arrêté du
Département[462], qu'il avait lu au coin d'une rue, et qu'il avait
demandé que l'Assemblée veuille bien s'en occuper, et qu'en appuyant
cette proposition un autre membre avait proposé de nommer des
commissaires chargés de représenter à l'Assemblée les lois relatives aux
Corps administratifs et aux Assemblées primaires,
M. le Président ayant successivement mis aux voix ces propositions,
il a été arrêté que l'Assemblée donnait la priorité pour l'ordre du
jour de la séance de demain, à l'objet concernant les Marseillais, et
de suite à l'objet de l'arrêté du Département et de l'amendement qui y
avait été ajouté.
La séance a été levée à une heure après minuit.