[421] Sur l'arrêté de la section des Lombards du 23 juillet et
sur celui du Corps municipal du 25, voyez F. BRAESCH, _La Commune
du 10 août 1792_, pp. 134-135.
Voici le texte même du procès-verbal de la séance de la section
des Lombards, du 23 juillet, suivi de celui de la séance du 24, à
l'endroit où il est question de l'adresse adoptée, la veille, par
la section:
[_Séance du 23 juillet._]
Un citoyen, ayant obtenu la parole, a dit: Citoyens, c'est aux
grands moyens que nous devons le salut de la patrie. Les ennemis
de l'extérieur s'avancent vers nos frontières; les conspirateurs,
les traîtres de l'intérieur s'agitent et forment de grands
projets: d'un seul coup, avec une seule mesure, déconcertons-les,
mettons-les dans l'impuissance de faire à la patrie tout le mal
qu'ils ont préparé. Le roi a paralysé la loi qui rassemblait
20.000 amis autour de Paris qui est son berceau, et l'on a fait
rassembler à Soissons des citoyens qui, grâce aux lenteurs
ordinaires du pouvoir exécutif, ne seront ni habillés, ni armés
assez tôt pour empêcher le mal et l'anarchie qu'il a intérêt de
propager. En bien, citoyens, effrayons par une force imposante
tous les conspirateurs, formons sous Paris un camp où nous nous
formerons aux fatigues et exercices de la guerre; que ces piques
si redoutables et si terribles y soient à côté des armes à feu, et
que de toutes les manières la mort passe dans le sein des traîtres
et des ennemis qui osent nous menacer. Que notre terre libre
devienne le tombeau de ces esclaves.—Le camp dont j'ai tracé le
plan dans le projet d'arrêté que je vous soumets, ne doit effrayer
que les lâches, et je répondrai à toutes les objections qu'ils
pourraient me faire. La patrie est en danger, les peuples libres
se sauvent eux-mêmes.—Lecture faite du projet d'arrêté, il a été
discuté article par article et, après quelques larges amendements,
l'Assemblée a arrêté, à la très grande majorité: Iº Il sera
fait une adresse, an nom de la Commune de Paris, à l'Assemblée
nationale pour lui demander qu'elle décrète qu'il sera établi des
batteries d'artillerie autour de Paris, ainsi qu'un camp pour
les soutenir.—IIº Les citoyens de Paris formeront eux-mêmes
ce camp qui sera renouvelé chaque jour par moitié.—IIIº Il
sera commandé, trois jours à l'avance, 750 hommes par légion, ce
qui fait 4.500 hommes qui, joints à 4.500 restants, feront une
force de 9.000 hommes.—IVº A ces 9.000 hommes seront joints
le nombre des fédérés qui, restant à Paris, ne s'enrôlent pas
pour le camp de Soissons.—Vº Chaque citoyen sera tenu de faire
le service en personne, à l'exception dans les cas prévus par
la loi.—VIº Quiconque, si ce n'est pour cause de maladie bien
constatée, manquera à ce service indispensable, sera condamné
à une amende dont la quotité sera déterminée par l'Assemblée
nationale, dans la proportion des contributions foncières et
mobilières.—VIIº Quiconque manquerait pour la seconde fois
encourra des peines plus fortes qu'une amende pécuniaire et qui
seront déterminées par l'Assemblée nationale.—VIIIº Le temps
que l'on passera au camp sera employé aux exercices et aux
évolutions de toutes armes.—IXº Les chefs et maîtres d'exercices
seront principalement choisis parmi les gardes-françaises.—Xº
Il sera nommé un état-major particulier pour ce camp.—XIº La
nomination sera faite par chaque citoyen, dans les Assemblées
primaires des sections—XIIº Il sera créé des compagnies de
piquiers pour lesquels il y aura aussi des exercices.—XIIIº La
Municipalité de Paris sera autorisée, par un décret particulier
de l'Assemblée nationale, à faire toutes les dépenses nécessaires
pour tenir la campagne et fournir au campement.—XIVº Le présent
arrêté sera imprimé et communiqué aux 47 autres sections, avec
invitation d'y adhérer.—XVº Il sera porté par des commissaires
à la Municipalité avec prière d'assembler la Commune dans
les 48 sections, et cela avant l'émission du vœu de 8
sections, attendu l'urgence, pour nommer par chaque section des
commissaires qui se réuniront, le surlendemain de la convocation
des sections, à la Maison commune pour rédiger l'adresse de
l'Assemblée nationale, dont les bases sont posées dans le présent
arrêté.—_Article additionnel_: _I._ Les sections de Paris
demanderont compte à la Municipalité des approvisionnements de
guerre nécessaires dans la circonstance.—_II._ La Municipalité
fera sous peu une nouvelle distribution de poudre à canon, de
boulets et de mitraille.—_III._ Elle sera chargée de suivre,
auprès de l'Assemblée nationale, l'exécution de la loi qui
licencie l'état-major et de lui demander le mode de réélection
d'après le principe décrété par la loi du 2 juillet.—L'Assemblée
s'est constituée au lendemain, après l'Assemblée communale.—Clos
et arrêté les jours et an que dessus.—P.-M. JOLY—POULLENOT.
[_Séance du 24 juillet._]
Nous secrétaire, avons donné lecture de l'arrêté d'hier. Il a
été arrêté qu'il serait porté de suite à la Municipalité par:
MM. Joly, Burou, Ozane, Tupe, Crété, Corda, Becquet et Henry, en
qualité de commissaires. Un membre ayant annoncé que le patriote
Manuel étant intégré et remis à ses fonctions, il a demandé que
les commissaires seraient tenus de féliciter le procureur de la
Commune des honorables persécutions qu'il avait éprouvées, et du
décret qui venait de les finir, cette motion a été arrêtée et
les commissaires sont partis.—Un membre a rappelé qu'on avait
arrêté une collecte pour aider nos frères les fédérés, et de
suite plusieurs membres ont déposé leur offrande civique sur le
bureau.—Les commissaires, de retour, ont annoncé que M. le Maire
les avait remis au lendemain parce que M. Manuel ne serait à ses
fonctions que le lendemain.
Les textes ci-dessus sont empruntés au registre même de la
section des Lombards (fragment du registre manuscrit conservé
aux Archives de la Préfecture de Police, carton C nº 100, liasse
11, pièces 163 et 164 vº).—La section des Lombards publia,
après le 23 juillet, un imprimé ayant pour titre: _Section des
Lombards.—Extrait du registre des délibérations des assemblées
générales de la section des Lombards.—Du 23 juillet, l'an 4e
de la liberté._ Pièce imprimée, in-8º de 8 pages. Bib. de la
Ville de Paris, recueil factice 10065-66* in-8º, 2e chemise des
chemises de sections (trois exemplaires). Cet imprimé comprend
d'abord le texte de l'arrêté du 23 juillet et ensuite (de la
page 6 à la page 8) l'«Opinion de P.-M. Joly, en présentant à
la section des Lombards le projet d'arrêté qu'elle a consacré à
l'unanimité». Il est inutile de donner ici cette pièce puisqu'on
vient de lire le texte même du procès-verbal manuscrit.
Voici maintenant le texte de l'arrêté du Corps municipal du
25 juillet, convoquant les sections pour le 28, à l'effet de
délibérer sur la proposition de la section des Lombards. (Pièce
imprimée, affiche in-folio plano, Bib. nat., recueil factice
Lb{40} 1*, TOURNEUX, nº 6126.)