NOTES:

[318] Le régiment des gardes-françaises avait joué un rôle

capital, dans les premiers temps de la Révolution, en refusant de

tirer sur le peuple et en contribuant à la prise de la Bastille.

Pour le récompenser la Commune de Paris le fit entrer dans la

garde nationale soldée. Le 5 août 1791, la Constituante, à la

suite d'un long rapport présenté, le 3 août, par de Menou,

au nom des Comités militaire et de Constitution, décrétait

la suppression de la garde nationale soldée parisienne avec

laquelle il devait être formé trois régiments d'infanterie de

ligne, deux bataillons d'infanterie légère et deux divisions de

gendarmerie, l'une à pied, l'autre à cheval (voyez LACROIX, VI,

161-165). Mais l'ambition des gardes-françaises était de rester

à Paris. Au début d'octobre des lettres anonymes circulaient

parmi les compagnies du centre de la garde nationale (garde

soldée) afin de provoquer un rassemblement de deux députés de

chacune de ces compagnies; les officiers de l'état-major de la

garde nationale firent arrêter neuf soldats de ces compagnies,

sous l'inculpation d'avoir écrit ces lettres (poursuite signalée

au procès-verbal de la séance du Corps municipal du 7 octobre,

LACROIX, VII, 14-15). Le 14 octobre, la Législative recevait

une pétition individuelle, signée de 98 citoyens de Paris,

demandant le maintien à Paris, dans la garde nationale soldée,

des anciens gardes-françaises (voyez le texte de cette pétition

dans LACROIX, VII, 47-48). Vers la même époque la Législative

entendait la lecture d'une autre pétition individuelle, rédigée

dans le même esprit (texte dans LACROIX, VII, 49-50). Enfin, le

14 octobre également, à la suite d'un long discours de Vincent,

la section du Théâtre-Français décidait d'intervenir dans le même

sens (arrêtés des 14 et 17 octobre), et, en effet, le 23, elle

présentait à son tour une pétition à l'Assemblée nationale en

faveur du maintien à Paris des ci-devant gardes-françaises (voyez

LACROIX, VII, 50-56). L'exemple de la section du Théâtre-Français

fut suivi par un certain nombre d'autres sections: Lombards,

Gravilliers, Notre-Dame, l'Isle, Mauconseil et (cf. LACROIX,

VII, 432) Quinze-Vingts. D'autre part, le 6 novembre, aux

Jacobins la société fraternelle des Cordeliers et la section

des Thermes-de-Julien venaient annoncer pour le lendemain une

pétition à la Législative en faveur des gardes-françaises et, le

7 novembre, cette pétition était présentée, au nom d'un certain

nombre de «représentants du club des Cordeliers», à l'Assemblée

nationale qui entendait successivement: des observations hostiles

à la pétition faites par l'ancien major de la garde nationale,

de Gouvion, la pétition elle-même, et enfin le rapport du Comité

militaire; après quoi l'Assemblée décidait de maintenir le décret

du 5 août précédent (LACROIX, VII, 559-564).

Le décret du 7 novembre 1791 arrêta pendant quelques semaines le

mouvement en faveur du maintien à Paris des gardes-françaises.

Mais, à la fin de décembre, un certain nombre de membres du club

des Cordeliers, qui se réunissaient dans une nouvelle salle,

rue de la Vieille-Monnaie, sur le territoire de la section des

Lombards, présentaient une nouvelle pétition à l'Assemblée

nationale dans sa séance du 1er janvier 1792. La pétition ayant

été renvoyée sans débats au Comité militaire, le soir même, le

club des Cordeliers de la rue de la Vieille-Monnaie nommait deux

commissaires pour s'occuper activement de l'affaire (LACROIX,

VII, 564-567). La pétition des Cordeliers de la Vieille-Monnaie,

présentée le 1er janvier 1792 à la Législative et qui a été

publiée par LACROIX, VII, 565-566, est signalée dans une pièce

autographe de Chaumette (Arch. nat., T. 604{2}, l. 9, p. 8, voyez

mes _Papiers de Chaumette_, p. 60).

Les sections recommencèrent à pétitionner en faveur des ci-devant

gardes-françaises et réclamèrent la convocation de la Commune

dans ses 48 sections pour délibérer sur cette question. Le

signal des délibérations des sections fut donné, le 30 janvier,

par la publication, dans le nº de ce jour du _Courrier des 83

départements_ (pp. 470 à 474), d'un long article intitulé:

«Adieux des gardes-françaises aux 48 sections de Paris.» Les

gardes-françaises se plaignent dans cet article, sur un ton

mélodramatique, d'être abandonnés de tous, et, après avoir

énuméré les «crimes» que leur reprochent les aristocrates, ils

accusent les Jacobins de les avoir abandonnés et remercient la

section des Quinze-Vingts de les avoir soutenus. Le reproche

fait par les gardes-françaises aux Jacobins n'était plus mérité

depuis quelques jours; une note du journal en avertit en ces

termes le lecteur: «Depuis que ces adieux nous ont été adressés,

la Société des Amis de la Constitution a parlé.» En effet, les

25 et 26 janvier, les Jacobins s'occupaient de l'affaire des

gardes-françaises, à ce moment pendante devant la Législative

(voyez TUETEY, t. VI, nº 1278), et, le 26 janvier, Danton

déclarait à la tribune de la Société des Amis de la Constitution:

«Il faut que les citoyens fassent une insurrection d'opinion en

faveur des gardes-françaises; il faut qu'ils soient rappelés

au centre des bataillons...» (voyez AULARD, _La Société des

Jacobins_, t. III, pp. 340-345).

Sous l'impulsion de la Société des Jacobins, qui venait ainsi

en aide aux Cordeliers de la Vieille-Monnaie, les sections se

réunirent de nouveau. Le 30 janvier, la section du Ponceau se

réunissait, sur la pétition de plus de cinquante citoyens actifs;

devant près de 200 citoyens un membre rappelait les hauts faits

des gardes-françaises et, à sa demande, l'Assemblée arrêtait

«à l'entière unanimité», de proposer aux autres sections de

réclamer la convocation générale de la Commune, pour rédiger une

pétition à la Législative «sur cet objet important». La section

du Ponceau fit imprimer son arrêté du 30 janvier et le communiqua

aux autres sections (p. imp., in-4º, Bib. de la Ville de Paris,

recueil factice 10065* in-4º). Le même jour, 30 janvier, la

section de l'Arsenal prenait, elle aussi, une délibération en

faveur des ci-devant gardes-françaises (voyez plus loin p. 83, à

la note 324). Le 31 janvier, la section du Palais-Royal adoptait

une décision analogue (c'est celle dont il est question dans le

présent procès-verbal de la section des Postes; on en trouvera le

texte ci-dessous, à la note 322 de la page 82).

[319] Le texte porte: «... de réflection soumise...».

[320] Ce nom ne figure pas dans les précédents procès-verbaux. Je

n'ai pu savoir de quoi il est question ici.

[321] Dans le texte original le mot «sont» est répété par

l'inadvertance du copiste: «... sont, aux termes de la loi du 20

mai dernier, sont seuls juges...»

[322] Voici le texte de cet arrêté de la section du Palais-Royal,

du 31 janvier 1792, d'après les _Annales patriotiques_ du 4

février, p. 152:

SECTION DU PALAIS-ROYAL.—_EXTRAIT des registres de ses

procès-verbaux, du 31 janvier 1792 l'an 4e de la Liberté._

L'Assemblée générale de la section du Palais-Royal, légalement

convoquée pour délibérer sur le sort des ci-devant Gardes

Françaises et de tous les autres soldats des différents corps, qui

se sont réunis aux citoyens de Paris, lors de la Révolution, pour

les aider à triompher des efforts du despotisme, de ces braves

militaires qui ont si bien mérité de la patrie, envers lesquels la

reconnaissance avait porté toutes les sections de la capitale à

s'engager par serment à ne jamais les abandonner;

Considérant que c'est avec la plus grande douleur et une vive

inquiétude qu'elle s'aperçoit depuis longtemps des manœuvres

sourdes employées non seulement contre ces soldats-citoyens pour

les punir de leur patriotisme, mais encore contre les habitants

de Paris, en éloignant de son sein ces généreux soutiens de la

liberté, et en livrant les habitants eux-mêmes à des troupes

entièrement dans les mains du pouvoir exécutif qui, d'un instant à

l'autre, peut subjuguer la capitale;

Considérant qu'il est de l'intérêt des sections de se réunir

le plus tôt possible pour la sûreté publique et la police

municipale, à l'effet d'obtenir l'éloignement des troupes de ligne

nouvellement formées, c'est-à-dire des _trois régiments, des deux

bataillons d'infanterie légère et d'une partie de la gendarmerie

à pied et à cheval_, et de rappeler dans leur sein leurs braves

frères d'armes, les ci-devant gardes-françaises et tous les

soldats des divers régiments qui ont suivi leur exemple, pour être

réintégrés dans les bataillons des gardes nationales volontaires,

comme ils le furent dès l'origine;

Arrête en conséquence que la présente délibération sera imprimée

et communiquée par ses commissaires aux quarante-sept autres

sections, à l'effet de les inviter à y adhérer et à concourir

avec elle à la demande de la convocation générale de la Commune

de Paris, pour délibérer de concert sur cet objet et porter

à l'Assemblée nationale le vœu unanime des citoyens de la

capitale par l'organe de son maire.

L'Assemblée a nommé des commissaires vers les quarante-sept

autres sections.

_Signé_: E.-J.-B. MAILLARD, président,

HION, secrétaire.

[323] Je n'ai pu retrouver cet autre arrêté de la section du

Palais-Royal.

[324] Je n'ai pas trouvé cette délibération.

[325] En voici le texte d'après l'exemplaire imprimé qui se

trouve à la Bibliothèque de la Ville de Paris, recueil factice

10065* in-4º:

ARRÊTÉ DE L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LA SECTION DES

QUINZE-VINGTS, CI-DEVANT DES ENFANTS-TROUVÉS,

_Composée des citoyens du Bataillon._

Le 3 février 1792, l'an 4e de la liberté, l'Assemblée générale

de la section des Quinze-Vingts ci-devant des Enfants-Trouvés,

composée du bataillon, s'est occupée des objets ci-après:

I. Elle adhère à tous les arrêtés des autres sections qui

réclament justice pour les gardes-françaises et autres, opprimés

par leur patriotisme. Elle ne conçoit pas comment des hommes

qui n'ont conquis la liberté qu'à l'aide du courage de ces

braves soldats, peuvent se laisser enduire (_sic_) en erreur

par l'aristocratie de l'état-major, au point de voir exercer

l'ingratitude sans aider leurs frères d'armes à résister à une

pareille oppression en demandant à l'Assemblée nationale justice

pour les uns et punition pour les autres.

II. Elle observe que, malgré les réclamations déjà faites, la

gendarmerie est en possession de la garde du trésor national, sans

y être en concurrence avec la garde nationale, que les intentions

des chefs qui la privent de garder ce poste, ne peuvent être

regardées que comme une erreur ou une perfidie, contre laquelle le

bataillon prétend se mettre en garde, en invitant ses frères des

autres bataillons à en faire autant.

III. Que la garde des poudres est de même confiée à des

canonniers soldats sans y être en concurrence avec la garde non

soldée; que les douze canons des grenadiers sont remis au magasin

des cartouches à l'Arsenal; qu'il y a le plus grand danger à ne

pas prendre des précautions pour ce parc d'artillerie; qu'il est

nécessaire de l'entourer de murs de manière à ce qu'il soit joint

au magasin à poudre, et que les voisins privilégiés qui ont des

portes qui donnent sur l'Arsenal, ne les aient plus, afin qu'il

n'y ait qu'une seule entrée par la porte cochère de la maison

occupée par M. Clouet, que de même l'état des poudres et armes que

l'on garde dans le magasin, soit affiché dans le corps de garde,

afin que chaque citoyen connaisse du moins l'objet précieux qu'il

garde. Car dans l'état des choses, ce dépôt n'est pas assez assuré.

IV. Les citoyens du bataillon ne voient pas sans peine que la

garde du pouvoir législatif n'est pas ordonnée comme celle du

pouvoir exécutif; en conséquence ils invitent leurs frères d'armes

à réclamer avec eux de monter avec leurs drapeaux et canons

et deux commandants de bataillon, dont l'un semainier, comme

d'ordinaire, et qui ne passeroit pas la nuit, et l'autre montant

la garde tous les jours, et pour y passer la nuit: ce qui peut

facilement se faire, le nombre de commandants étant double. Ce

dernier article, non moins précieux que les autres, non seulement

à cause de la sûreté de l'Assemblée nationale, mais encore à cause

de la majesté et du respect que l'on doit inspirer pour le Corps

législatif, doit aussi être réclamé par tous les bataillons comme

un devoir indispensable.

L'Assemblée invite tous les soldats citoyens à adhérer aux

objets contenus dans ce présent, et de faire en sorte qu'ils aient

leur pleine et entière exécution, soit en émettant leurs vœux

en Assemblée générale, soit en Comité de discipline, ou enfin par

une pétition individuelle.

Décide que le présent arrêté sera envoyé à l'Assemblée

nationale, à toutes les sections et bataillons du département et à

la Municipalité.

Pour copie conforme:

RENET, _secrétaire-greffier_.

De l'imprimerie de MOMORO.

[326] Il n'est plus question de cette affaire au présent

procès-verbal de la section des Postes.

Procès-verbaux de l'Assemblée générale de la section des Postes 4 Décembre 1790 - 5 Septembre 1792 · 第 134 / 357 题