PREMIÈRE ASSEMBLÉE.—DU 4 DÉCEMBRE 1790

_Assemblée du samedi quatre décembre mil sept cent quatre-vingt-dix._

La section des Postes, convoquée par affiches, et au son du tambour,

suivant l'usage[24], il a été agité la question de savoir si l'Assemblée

serait présidée par le président élu parmi les seize commissaires de la

section[25], ou par le président qui a tenu les Assemblées pour les

élections primaires[26].

La question mise en délibération, il a été décidé à la majorité que

toutes les Assemblées, hors celles primaires[27], seraient présidées par

le président élu parmi les seize commissaires de la section[28].

En conséquence, comme l'Assemblée générale de la section, convoquée

pour aujourd'hui, sur la demande de cinquante-trois citoyens[29], à

l'effet de savoir si la nomination des marguilliers sera faite par les

paroissiens ou si elle sera faite comme par le passé[30], n'était point

une Assemblée primaire, elle a été présidée par M. Cerfvol, président

élu parmi les seize commissaires de la section[31].

Le sujet de la convocation mis à la discussion, il a été décidé, à la

majorité[32]: 1º que la nomination des marguilliers appartenait à

tous les citoyens de la paroisse; 2º qu'il serait fait une pétition

qui serait adressée à la Municipalité et aux quarante-sept autres

sections de la capitale; 3º mais que, provisoirement, et attendu que

la paroisse Saint-Eustache, outre la section des Postes, renferme neuf

autres sections complètes ou en partie[33], le sujet[34] de la pétition

sera communiqué par députation, jeudi prochain, à ces neuf sections

assemblées pour les élections primaires[35]; 4º que M. Pérignon,

citoyen de la section, qui avait développé les principes les plus vrais

et les plus détaillés sur le sujet de la discussion, serait prié de

rédiger la pétition le plus promptement possible, afin d'être à même

d'en faire les copies suffisantes pour être remises aux sections le jour

indiqué.

Les diverses motions faites par plusieurs membres ayant entraîné la

majorité des citoyens dans l'examen d'autres questions relatives:

1º à l'offrande des pains bénits, il a été fait, en conséquence,

lecture d'une délibération[36] prise à ce sujet, les 4 et 7 juin, par

le district de Saint-Nicolas-du-Chardonnet[37]; il a été décidé, à la

majorité, que la section des Postes y adhérait, mais que, préalablement,

le sujet en serait communiqué aux neuf autres sections faisant partie de

la paroisse de Saint-Eustache, que mention à cet effet en serait faite

dans la pétition relative à la nomination des marguilliers.

2º Relativement à la fixation d'un nouveau tarif pour la location des

chaises de l'église de la paroisse Saint-Eustache, il a été décidé à la

majorité qu'il en serait également fait mention dans la même pétition,

et que le tout, d'après l'avis des sections consultées, serait fixé à la

convocation qui aurait lieu pour la nomination des marguilliers.

M. Pérignon, qui, pendant ces diverses discussions, s'était occupé de la

rédaction de la pétition dont l'Assemblée l'avait chargé, ayant fini,

en a fait la lecture conçue ainsi qu'il suit:

«La section des Postes convoquée en Assemblée générale, instruite

qu'il doit être procédé incessamment à une nomination au remplacement

des marguilliers de la paroisse de Saint-Eustache, dans l'enceinte de

laquelle la section est placée;

»Instruite que cette nomination se fait par les marguilliers eux-mêmes,

qui choisissent ceux qui doivent leur succéder;

»Considérant que, par ce mode d'élection, les marguilliers sont tout à

la fois commettants et mandataires, ce qui compromet les principes de la

vraie liberté et l'essence des maximes constitutionnelles;

»Considérant que cette forme de nomination est tellement abusive qu'elle

était même contraire aux principes de l'ancien régime;

»Considérant que, dans un moment de régénération et lorsque les citoyens

français ont recouvert (_sic_) les droits de liberté et de propriété

politique, il n'est pas possible qu'il existe un seul établissement où

le vœu du peuple ne soit pour rien et où le choix soit tout entier

dans le pouvoir de ceux qui jouissent des places d'administration;

»La section des Postes pense qu'à l'avenir les marguilliers doivent

être élus par les membres des paroisses et que leur gestion doit être

surveillée par la Municipalité à laquelle ils seront tenus de rendre

annuellement leur compte, ou par le Directoire du département.

»En conséquence, la section des Postes arrête que la présente

délibération sera envoyée aux quarante-sept autres sections, avec

prière de délibérer sur cet objet le plus promptement possible, afin

que la Municipalité, instruite du vœu général, prenne les mesures

convenables pour obtenir de l'Assemblée nationale une loi nouvelle sur

cette partie de l'administration.

»La section des Postes, pensant en même temps que, si elle doit

attendre avec une respectueuse confiance la loi que l'Assemblée

nationale prononcera, elle doit jouir dès ce moment-ci des droits que

la Constitution et le caractère de citoyens lui assurent, elle (_sic_)

déclare que la nouvelle nomination des marguilliers ne lui paraît

pas devoir être faite suivant le régime ancien; que cette nomination

prochaine doit être confiée[38] aux paroissiens seuls de la paroisse de

Saint-Eustache, puisque les marguilliers sont leurs mandataires.

»En conséquence, pour arriver à cette nouvelle formation, la seule

constitutionnelle, la seule qui aujourd'hui puisse être protégée par les

lois, la section arrête que le parti provisoire qu'il lui paraît sage

d'adopter sera communiqué par des commissaires spéciaux aux sections

qui forment l'enclave de la paroisse de Saint-Eustache, avec prière

de délibérer sur-le-champ sur le moyen à prendre pour arriver à une

prochaine nomination constitutionnelle des marguilliers de la paroisse.

»La section arrête en outre que les commissaires qu'elle nommera

prieront les mêmes sections de l'enclave de la paroisse de

Saint-Eustache de s'occuper des moyens de rendre à l'avenir le pain

bénit d'une manière plus simple et plus convenable à la morale

religieuse, comme aussi de délibérer sur les mesures qui doivent être

prises pour fixer le prix des chaises, qui se louent dans l'église, à un

prix uniforme et plus modéré.»

La pétition lue par M. Pérignon renfermant pleinement les vues de

l'Assemblée relativement aux trois objets qui les intéressent, elle a

été unanimement approuvée, sauf rédaction, et il a été aussitôt nommé

par acclamation quatre commissaires pour la porter jeudi aux neuf

sections de l'enclave de la paroisse Saint-Eustache.

Ces quatre commissaires sont MM. Pérignon, Dumoutiez[39], Bunet[40] et

Giroux[41].

Sur la demande de la majeure partie de l'Assemblée, il a été arrêté

que, conformément aux décrets de l'Assemblée nationale concernant les

armoiries[42], la Municipalité serait suppliée de donner des ordres pour

la suppression des armes peintes ou gravées tant dans les chapelles

que sur les tribunes étant dans le sanctuaire et dans le[43] tour de

l'église de Saint-Eustache, à l'exception toutefois de celles étant sur

les anciens monuments et sur lesquelles l'Assemblée nationale a différé

de prononcer.

Il a ensuite été fait lecture d'une lettre adressée à l'Assemblée par le

nommé Lasnier, ancien garçon de bureau du Comité du ci-devant district

de Saint-Eustache, par laquelle il demande à être réinstallé dans ses

fonctions. Sur les observations de divers membres, que, d'après les

décrets de l'Assemblée nationale et les ordres de la Municipalité, les

Comités avaient cessé, dès le vingt-un (_sic_) du mois dernier, d'être

permanents[44], dès lors les frais d'un garçon de bureau devenaient une

dépense superflue, il a été unanimement décidé qu'il n'y avait pas lieu

à délibérer.

Fait et arrêté en l'Assemblée générale de la section des Postes, les

jour et an susdits.

J. MARESCHAL[45], _secrétaire-greffier_,

DE CERFVOL[46], _président_.

Procès-verbaux de l'Assemblée générale de la section des Postes 4 Décembre 1790 - 5 Septembre 1792 · 第 18 / 357 题