II

Le document que j'édite n'est pas entièrement inédit. Il n'a pu

naturellement être utilisé par les historiens, avant sa découverte,

en 1891, par M. Marius Barroux. Ni Michelet, ni Louis Blanc, ni

Mortimer-Ternaux ne l'ont connu. Mais Mellié, dans son beau livre sur

_Les sections de Paris_, l'a largement mis à contribution, et S. Lacroix

en a publié un certain nombre de fragments dans les «Eclaircissements»

de son monumental recueil: _Actes de la Commune de Paris_. Je crois

cependant pouvoir justifier la présente publication.

D'abord Lacroix ne publie pas toujours exactement le texte qu'il édite:

soit pour le rendre correct, soit pour l'éclaircir ou le raccourcir, il

n'hésite pas à le modifier ou à y faire des coupures, sans avertir le

lecteur. J'indique, dans les notes, toutes les différences que présente

le procès-verbal véritable avec la version donnée par Lacroix.

Ensuite l'ouvrage de Lacroix ne dépasse pas aujourd'hui le mois de

novembre 1791. Or les deux tiers au moins du présent procès-verbal sont

postérieurs à cette date, postérieurs même au 20 juin 1792, c'est-à-dire

à une époque de l'histoire révolutionnaire de Paris que les _Actes

de la Commune_ ne sont pas encore près d'atteindre.

Enfin Lacroix n'a publié que les séances qui donnent des renseignements

sur les questions agitées à la Commune centrale, et les procès-verbaux

qu'il édite sont dispersés dans les différents volumes de son ouvrage.

Pour lui, en effet, les délibérations des sections ne sont que

l'accessoire, le but principal de son travail étant l'édition des

procès-verbaux des séances du Corps municipal et du Conseil général.

La publication du registre de la section des Postes permettra de

suivre l'histoire entière d'une section, en attendant le moment où il

sera possible d'écrire celle de toutes les sections de Paris. Cette

section des Postes est une section d'opinion moyenne, ni décidément

révolutionnaire, ni trop résolument conservatrice. Elle représente

assez bien le type de ces sections, les plus nombreuses, dont nous

ne savons presque rien et qui ont fait pourtant la majorité dans les

grandes circonstances, en se portant tantôt d'un côté, tantôt de

l'autre. Comment a agi, en 1791 et 1792, la petite bourgeoisie qui

tenait Paris à cette époque, cette bourgeoisie de commerçants modérés,

conservateurs et bons catholiques, voilà ce que le présent procès-verbal

peut nous aider à faire comprendre. Quand, par exemple, nous y voyons

ces bourgeois paisibles et pratiquants, qui, à la veille même du 10

août[10], restaient très attachés à la Constitution, se tourner contre

le gouvernement de Louis XVI, quand nous voyons ces royalistes attaquer

leur roi, nous comprenons toute la profondeur du mouvement qui devait

aboutir à la Révolution du 10 août.

Il est inutile d'entrer dans de longs détails pour dire ici ce

qu'était à cette époque la section des Postes. C'était une section du

centre, située dans un quartier commerçant, et habitée surtout par des

bourgeois et des boutiquiers. La topographie en sera plus clairement

indiquée, dans le plan joint à ce travail, qu'elle ne pourrait l'être

par une description. On n'a qu'à se reporter à ce plan pour

connaître la situation de l'église Saint-Eustache ou de la chapelle

de la Jussienne où fut transporté le lieu des séances de l'Assemblée

générale, la distribution des districts qui formèrent la section ou qui

en étaient voisins (et par conséquent celle des bataillons de la garde

nationale: Saint-Eustache, La Jussienne, Saint-Jacques-la-Boucherie),

l'emplacement des rues, etc. D'autre part on trouvera, dans les notes,

les renseignements biographiques nécessaires sur quelques-uns des

principaux personnages qui jouèrent un rôle dans la section, tels que

Deslauriers, Cerfvol, Desvieux, etc. Enfin, pour guider le lecteur dans

le dépouillement de ce volume, je donne, à la fin de l'ouvrage, dans la

table des matières, l'indication des principales affaires traitées dans

chaque séance et un index alphabétique des noms propres.

Le présent procès-verbal nous apporte encore un certain nombre de

renseignements sur l'histoire générale de la Révolution. Pour ne parler

que de la période postérieure à la journée du 20 juin, dont j'ai fait

ailleurs une étude détaillée[11], il nous permet de suivre l'adoption

des mesures concernant la publicité des séances[12], la permanence

des sections[13], etc. Il nous fait voir comment les sections les

plus modérées, les plus soucieuses de la légalité, n'hésitèrent plus,

à partir de ce moment, à passer par-dessus toutes les questions de

forme[14]. Après le 10 août, le registre de la section des Postes

illustre encore d'une manière remarquable ce que j'ai dit ailleurs

sur la transformation, à cette époque, des sections en général et,

en particulier, sur celle de la section des Postes elle-même[15].

Enfin, dans les derniers jours du mois d'août, avec la poursuite des

«anticiviques» s'ouvre l'époque des dénonciations et des vengeances

particulières.

Procès-verbaux de l'Assemblée générale de la section des Postes 4 Décembre 1790 - 5 Septembre 1792 · 第 13 / 357 题