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Note du transcripteur.
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Ce document est tiré de:
OEUVRES COMPLÈTES DE
SHAKSPEARE
TRADUCTION DE
M. GUIZOT
NOUVELLE ÉDITION ENTIÈREMENT REVUE
AVEC UNE ÉTUDE SUR SHAKSPEARE
DES NOTICES SUR CHAQUE PIÈCE ET DES NOTES
Volume 5
Le roi Lear--Cymbeline.
La méchante femme mise à la raison.
Peines d'amour perdues--Périclès
PARIS
A LA LIBRAIRIE ACADÉMIQUE
DIDIER ET Cie, LIBRAIRES-ÉDITEURS
35, QUAI DES AUGUSTINS
1862
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LA
MÉCHANTE FEMME
MISE A LA RAISON
COMÉDIE
NOTICE SUR LA MÉCHANTE FEMME
MISE A LA RAISON.
Nous avons ici deux pièces en une, et, malgré son titre modeste de
Prologue, la première n'est pas celle qui nous plaît le moins.
Christophe Sly est un des caractères les plus naturels de Shakspeare; il
a toute la physionomie de Sancho Pança, et nous devons regretter qu'à
partir du second acte ses commentaires sur la comédie qu'on représente
devant lui ne soient pas parvenus jusqu'à nous. Chaque fois qu'une scène
paraît digne de remarque, on est tenté de se demander ce que le poëte a
dû faire observer à ce personnage pour qui sont tous les honneurs de la
fête. Cette idée d'un paysan ivre, qu'un prince s'amuse à métamorphoser
en grand seigneur, n'est plus neuve aujourd'hui; bien des conteurs et
des auteurs dramatiques s'en sont emparés; mais nous ne connaissons
aucune pièce qu'on puisse comparer à celle où Christophe Sly joue un
rôle si comique et si vrai.
Nous ne citerons pas tous les auteurs de nouvelles, de ballades, etc.,
qui pourraient se disputer l'honneur d'avoir fourni cette idée à
Shakspeare; l'un veut que ce soit à un conte oriental qu'il l'ait
empruntée, et l'autre à une anecdote véritable racontée par Goulard dans
son _Thrésor d'histoires admirables et merveilleuses_.
La pièce offre deux intrigues distinctes, mais liées et fondues ensemble
avec beaucoup d'art, de manière à former un tout. L'amour de Lucentio et
de Bianca se retrouve dans une comédie de l'Arioste, _Gli Suppositi_,
traduite en anglais, en 1566, par Georges Gascoigne, et mise au théâtre
la même année. Le jeune homme et son valet changent d'habits et de rôle
pour supplanter un vieux rival, et emploient, comme Lucentio et Tranio,
un étranger venu de Sienne, qu'ils déterminent à son déguisement de
père, en lui faisant croire qu'il y va de la vie pour lui d'être reconnu
à Ferrare. Le rôle brillant de la _Méchante Femme_ est celui de
Petruchio; nous ne pouvons nous empêcher de donner quelquefois tort à
son obstination, à ses caprices bizarres et à l'extravagance qu'il
affecte pour dompter la pauvre Catherine; car elle devient à la fin si
malheureuse qu'on est tenté de la plaindre. En général, toutes les
scènes entre elle et Petruchio sont divertissantes, et ne manquent pas
de poésie, quoique les inventions de Petruchio aient quelquefois une
espèce de grossièreté qui répugne à l'élégance de nos moeurs modernes.
_La Méchante Femme mise à la raison_ nous semble plutôt faite pour
plaire aux maris du peuple qu'à ceux de la bonne compagnie.
La _Méchante Femme mise à la raison_ (_The Taming of the Shrew_), fut
imprimée pour la première fois dans la collection in-folio des pièces de
Shakspeare en 1623. Dès 1594, on vendait à Londres un petit volume
intitulé: _A pleasant conceited Historie called the Taming of a Shrew_.
On pense généralement que cette comédie anonyme fut jouée avant _the
Taming of the Shrew_ de Shakspeare. Il y a entre les deux pièces bien
plus qu'une analogie de titre. Malgré la supériorité de la seconde sur
la première, on trouve entre elles de telles ressemblances que l'on est
obligé de supposer, ou qu'elles sont toutes les deux de Shakspeare, ou
qu'il s'est borné à remanier la comédie anonyme de 1594.