_La séance qu'a tenue, mardi dernier, la Chambre des députés, réunie en
même temps que le Sénat pour recevoir connaissance, par la voie du
message du président de la République et de l'exposé du président du
Conseil, des événements qui nous avaient acculés à la guerre, et pour
voter les mesures que nécessitait le commencement des hostilités,--cette
séance a offert un spectacle inoubliable. D'abord, un impressionnant
silence: les pères conscrits de Rome, en des circonstances analogues, ne
montrèrent pas plus de sereine dignité. Tous les coeurs battant à
l'unisson d'un ardent amour pour la patrie, affermis par une pleine
confiance dans ses destinées. Puis à la fin du sobre et clair discours
de M. René Viviani, une immense acclamation s'exhalant de toutes les
bouches, des bravos, des vivats, des bras levés, dans un serment
solennel de défendre jusqu'au bout et par tous les nobles moyens la
sainte cause de la patrie, de la civilisation du progrès... «Nous sommes
sans reproche, avait proclamé le président du Conseil: Nous serons sans
peur.» D'une seule âme la Chambre s'associait à cette forte parole._
[Illustration: LES TROUPES DE COUVERTURE DE LA FRANCE ET DE
L'ALLEMAGNE.--Emplacements des différents corps, batteries, sections
d'aviation, etc. jusqu'à la veille des hostilités.--Ce sont d'autres
corps d'armée allemands, les VIIe et IXe (et peut-être les IVe et Xe)
qui opèrent à travers le Luxembourg et la Belgique.]
[Illustration: Hôtel de Ville.]
[Illustration: Vue générale de Visé, sur la Meuse.]
[Illustration: Vieilles maisons.]
LA JOLIE PETITE VILLE BELGE DE VISÉ, AU NORD DE LIÉGE, QUI A ÉTÉ OCCUPÉE
ET BRÛLÉE PAR LES TROUPES ALLEMANDES.
_D'après la «Belgique illustrée»._
[Illustration: NICOLAS II, EMPEREUR DE RUSSIE GEORGE V, ROI D'ANGLETERRE
ALBERT, ROI DES BELGES NOS FRÈRES D'ARMES.]
[Illustration: LA FORMIDABLE FLOTTE BRITANNIQUE]
Les 24 dreadnoughts, les 35 pre-dreadnoughts, les 18 croiseurs cuirassés
et les 100 autres navires, qui furent rassemblés à Spithead, le 18
juillet, pour une revue navale sans précédent, et qui sont maintenant
mobilisés pour protéger les côtes de la Grande-Bretagne et de la France,
et poursuivre les escadres allemandes.
Le 18 juillet dernier était réunie, dans les eaux de Spithead, la plus
belle flotte, la plus formidable que jamais ait portée la mer le roi
George passait en revue l'armée navale britannique.
Elle présentait ses 24 dreadnoughts les plus modernes, les 35 bateaux,
un peu plus anciens, que les Anglais appellent les pre-dreadnoughts, ses
18 croiseurs cuirassés, et plus de cent autres bâtiments divers,
éclaireurs, contre-torpilleurs, sur douze lignes, devant lesquelles
glissa, majestueux--véritable traversée!--le yacht royal, salué par des
hurrahs répétés. Qui eût pu prévoir alors que cette revue triomphale
était comme la revue suprême, avant la bataille?
Cette flotte admirable était donc, nous l'avons dit, toute prête au
moment où se compliqua soudain le situation politique: on n'eût qu'à la
laisser mobilisée. Aujourd'hui, elle fait bonne garde en avant de nos
côtes, dans le Pas de Calais, dans la mer du Nord, bien au delà, sans
doute, des côtes d'Ecosse et d'Irlande. Même elle s'est renforcée de 14
autres grands navires, ce qui porte le nombre de ses grosses unités à
38, dont la «bordée», le poids de projectiles lancé par l'ensemble des
pièces, représente 118 tonnes et demie. A cette force constituant les
1re et 2e _home fleets_, l'Allemagne peut opposer sa flotte de haute
mer, composée de 21 cuirassés dont la bordée est de 59 tonnes,--soit la
moitié, à peine. Voilà pour les forces de première ligne. Que si l'on
pousse plus loin la comparaison, et si l'on envisage l'entrée en compte
des croiseurs de combat et croiseurs légers, contre-torpilleurs et
sous-marins, l'avantage de l'Angleterre s'accroît encore. C'est ainsi
qu'elle oppose 25 croiseurs à 12 allemands, 166 contre-torpilleurs à 72
et 52 sous-marins à 24 allemands.