LA SÉANCE DU 4 AOUT A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS.

_La séance qu'a tenue, mardi dernier, la Chambre des députés, réunie en

même temps que le Sénat pour recevoir connaissance, par la voie du

message du président de la République et de l'exposé du président du

Conseil, des événements qui nous avaient acculés à la guerre, et pour

voter les mesures que nécessitait le commencement des hostilités,--cette

séance a offert un spectacle inoubliable. D'abord, un impressionnant

silence: les pères conscrits de Rome, en des circonstances analogues, ne

montrèrent pas plus de sereine dignité. Tous les coeurs battant à

l'unisson d'un ardent amour pour la patrie, affermis par une pleine

confiance dans ses destinées. Puis à la fin du sobre et clair discours

de M. René Viviani, une immense acclamation s'exhalant de toutes les

bouches, des bravos, des vivats, des bras levés, dans un serment

solennel de défendre jusqu'au bout et par tous les nobles moyens la

sainte cause de la patrie, de la civilisation du progrès... «Nous sommes

sans reproche, avait proclamé le président du Conseil: Nous serons sans

peur.» D'une seule âme la Chambre s'associait à cette forte parole._

[Illustration: LES TROUPES DE COUVERTURE DE LA FRANCE ET DE

L'ALLEMAGNE.--Emplacements des différents corps, batteries, sections

d'aviation, etc. jusqu'à la veille des hostilités.--Ce sont d'autres

corps d'armée allemands, les VIIe et IXe (et peut-être les IVe et Xe)

qui opèrent à travers le Luxembourg et la Belgique.]

[Illustration: Hôtel de Ville.]

[Illustration: Vue générale de Visé, sur la Meuse.]

[Illustration: Vieilles maisons.]

LA JOLIE PETITE VILLE BELGE DE VISÉ, AU NORD DE LIÉGE, QUI A ÉTÉ OCCUPÉE

ET BRÛLÉE PAR LES TROUPES ALLEMANDES.

_D'après la «Belgique illustrée»._

[Illustration: NICOLAS II, EMPEREUR DE RUSSIE GEORGE V, ROI D'ANGLETERRE

ALBERT, ROI DES BELGES NOS FRÈRES D'ARMES.]

[Illustration: LA FORMIDABLE FLOTTE BRITANNIQUE]

Les 24 dreadnoughts, les 35 pre-dreadnoughts, les 18 croiseurs cuirassés

et les 100 autres navires, qui furent rassemblés à Spithead, le 18

juillet, pour une revue navale sans précédent, et qui sont maintenant

mobilisés pour protéger les côtes de la Grande-Bretagne et de la France,

et poursuivre les escadres allemandes.

Le 18 juillet dernier était réunie, dans les eaux de Spithead, la plus

belle flotte, la plus formidable que jamais ait portée la mer le roi

George passait en revue l'armée navale britannique.

Elle présentait ses 24 dreadnoughts les plus modernes, les 35 bateaux,

un peu plus anciens, que les Anglais appellent les pre-dreadnoughts, ses

18 croiseurs cuirassés, et plus de cent autres bâtiments divers,

éclaireurs, contre-torpilleurs, sur douze lignes, devant lesquelles

glissa, majestueux--véritable traversée!--le yacht royal, salué par des

hurrahs répétés. Qui eût pu prévoir alors que cette revue triomphale

était comme la revue suprême, avant la bataille?

Cette flotte admirable était donc, nous l'avons dit, toute prête au

moment où se compliqua soudain le situation politique: on n'eût qu'à la

laisser mobilisée. Aujourd'hui, elle fait bonne garde en avant de nos

côtes, dans le Pas de Calais, dans la mer du Nord, bien au delà, sans

doute, des côtes d'Ecosse et d'Irlande. Même elle s'est renforcée de 14

autres grands navires, ce qui porte le nombre de ses grosses unités à

38, dont la «bordée», le poids de projectiles lancé par l'ensemble des

pièces, représente 118 tonnes et demie. A cette force constituant les

1re et 2e _home fleets_, l'Allemagne peut opposer sa flotte de haute

mer, composée de 21 cuirassés dont la bordée est de 59 tonnes,--soit la

moitié, à peine. Voilà pour les forces de première ligne. Que si l'on

pousse plus loin la comparaison, et si l'on envisage l'entrée en compte

des croiseurs de combat et croiseurs légers, contre-torpilleurs et

sous-marins, l'avantage de l'Angleterre s'accroît encore. C'est ainsi

qu'elle oppose 25 croiseurs à 12 allemands, 166 contre-torpilleurs à 72

et 52 sous-marins à 24 allemands.

L'Illustration, No. 3728, 8 Août 1914 · 第 9 / 17 题