Parlons d’autre chose.--L’agriculture manque de bras.--Le coton.--La
vanille.--Le café.--Le coprah.--Arorais.--Rapanuis.--Atioux.--La mission
Raoul.--Les Chinois.--La Caisse agricole.
L’écho des derniers récits tahitiens vibre encore à mon oreille tandis
que j’ai devant moi la Nouvelle Cythère d’aujourd’hui parée, enjolivée,
toute remplie de chansons et de danses lascives, avec les théories de
vahiné aux robes légères et flottantes, la voix rauque se mariant au son
nasillard de l’accordéon, et le rire étrange, qui sous la couronne de
datura et de tiaré, semble un appel au détraquement sinon à la folie.
Tout en rêvant, j’écoute les confidences d’un jeune officier de
vaisseau. Comme toutes les ivresses, celle du soleil et de l’amour a ses
lendemains de lassitude et d’énervement où, la tête lourde, guéri du
désir de la veille, on méprise la liqueur dont on s’est grisé et le
verre dans lequel on l’a bue. Le champagne était frelaté et les filles
étaient laides, vraiment laides. Mon interlocuteur exagère sans doute.
Je le laisse dire mais la conversation tourne tout à coup et nous voici
à parler de Tahiti et de son avenir agricole, industriel et commercial.
Nous nous enfonçons dans l’expansion coloniale et dans les placements de
bon père de famille. Nous supputons les bras qui manquent à
l’agriculture...
Tahiti n’est pas seulement dans les légendes d’autrefois et dans les
légendes d’aujourd’hui. Cette terre enchantée ne produit pas que des
fleurs. Que ne donnerait-elle pas aux hommes qui voudraient la remuer?
N’est-elle pas bonne et généreuse, prête à s’ouvrir pour ceux qui
sauront se baisser et l’étreindre? N’est-elle pas ici comme ailleurs la
mère nourricière, offrant ses tétins pleins de lait à ses fils affamés?
Ses fils n’ont pas faim. Il n’ont qu’à étendre la main pour cueillir
l’aliment de chaque jour. Ce mayoré, ce feï, cette banane sauvage que
dédaigne l’Européen avide de la chair des animaux bêlants ou mugissants,
le Tahitien s’en repaît avec joie. Il préfère son taro et sa patate
douce à nos légumes; il met bien au-dessus de tout ce feï et ce uru qui
ne lui demandent aucune peine, et voilà pourquoi l’agriculture manque de
bras, M. Joseph Prudhomme!
Vous pouvez discourir à votre aise; il s’écoulera bien du temps avant
que la notion du travail nécessaire pénètre dans le cerveau de cet homme
rassasié sans effort. A moins qu’employant des procédés anglais et
féroces vous ne portiez le fer et le feu dans les montagnes où croissent
ces arbres bienfaisants... Je vous en défie!
Ces considérations négatives, je ne les énonce que pour expliquer, je ne
dis pas justifier, la pénurie de main d’œuvre dont gémissent les colons
qui ont choisi Tahiti pour leur pays d’élection et s’accommoderaient
plus volontiers de la sujétion d’une race obéissante et laborieuse que
de l’annexion d’un peuple qui pratique l’oisiveté sans connaître la
misère.
Le sol est propre à bien des cultures. Ceux des Tahitiens qu’on a pu
décider à l’exploiter ont gagné autrefois quelque argent avec le coton.
C’était au temps de la guerre de sécession; on eut l’imprudence
d’engager les indigènes à tourner exclusivement leurs efforts de ce
côté; la paix se fit, les cours du coton s’en ressentirent et l’on eut
bien de la peine à démontrer qu’il fallait entreprendre autre chose. Il
est bon d’ajouter que Tahiti produit un coton dit longue-soie que l’on
apprécie même quand les variétés ordinaires abondent. Par malheur, rien
n’est difficile comme de conserver dans sa pureté ce coton longue-soie.
Pour peu que dans une plantation limitrophe croisse une graine plus
vulgaire, c’en est fait. La brise a bientôt confondu les plants et rien
ne peut s’opposer à la contamination. A ce sujet, la chambre
d’agriculture a proposé simplement de détruire toutes les plantations
existantes et de recommencer partout sur nouveaux frais, en employant à
l’exclusion de toutes autres les graines de coton longue-soie que l’on
peut aisément se procurer aux Fidji.
On s’est mis à la vanille dans certains districts. A Papara, près de
cent hectares sont couverts de vanillières en plein rapport. Si elle ne
peut pas encore rivaliser avec la vanille de la Réunion, celle de Tahiti
n’est point sans valeur pour cela. Mieux cultivée et surtout mieux
préparée elle pourrait enrichir le pays. Ici, l’on se heurte à la
difficulté d’enseigner aux indigènes certains procédés, certaines
méthodes dont les complications les déroutent. Faute d’oiseaux qui se
chargeraient de ce délicat ouvrage, on doit marier artificiellement, à
la main, les fleurs bi-sexuelles de la vanille. Il s’en suit que, pour
ne rien perdre, on féconde toutes les fleurs, et le trop grand nombre de
gousses s’oppose à leur développement aussi bien qu’à l’amélioration des
produits. Ce sont des mains féminines qu’on emploie. Le matin, on voit
s’enfoncer dans les vanillières pleines d’ombre et de mystère des
troupes de jeunes filles et de femmes, les marieuses, qui s’en vont de
leur pas lent et noble, jasant et riant, au travail.
Il y a peu de chose à dire du café sinon qu’on en récolte d’excellent
mais en petite quantité. Les créoles des Antilles assurent bien que le
café de Tahiti ne vaut pas celui de la Martinique: en sont-ils sûrs et
sont-ils bons juges dans une question où leur amour-propre est engagé?
Je ne le crois pas. Ce que je sais, c’est que Tahiti pourrait produire
assez de café pour sa consommation intérieure et qu’il ne faudrait pour
atteindre ce résultat qu’un peu de bonne volonté de la part des
indigènes.
La grande ressource agricole est le cocotier. A quoi ne sert pas la noix
de coco? A peine mûre, elle donne une boisson rafraîchissante,
astringente, dont les vertus médicinales sont innombrables et qui tout
spécialement guérit le scorbut. L’amande sert de nourriture aux gens et
aux bêtes quand elle est fraîche; fermentée, on en fait une sauce
acidulée pour accompagner le poisson cru. Quant à l’huile, elle est la
base du monoï, le célèbre parfum tahitien. On expédie en Europe, sous le
nom de _coprah_, l’amande de coco dépouillée de son écorce fibreuse.--A
Marseille et à Manchester, elle donne l’huile employée dans les
savonneries. La même amande râpée est utilisée dans la pâtisserie, en
Amérique, et en France, où on la substitue au fruit de l’amandier
fleuri. Les gâteaux où il entre du coco doivent être mangés tout chauds.
Avis à la clientèle enfantine.
Voilà une source de richesse! Oui, mais faute de moyens de transport on
ne peut amener les cocos à Papeete qu’en payant plus qu’ils ne valent.
Et il n’est pas rare de trouver sur une plantation des milliers de noix
abandonnées, germant au soleil. Il faudrait pour bien faire organiser
autour de l’île un service de petits bateaux qui prendraient les
produits des districts pour les apporter au chef-lieu. Un homme
intelligent, membre du conseil privé, a eu l’idée d’établir un chemin de
fer, un porteur Decauville. On lui a ri au nez; on l’a appelé
«monopoleur» et on l’a accusé de vouloir voler la colonie. En attendant,
les Tahitiens se bornent à regarder pousser l’herbe et ils ont au moins
cette excuse que s’ils venaient à cultiver un produit quelconque il ne
leur serait pas possible de s’en défaire.
J’en reviens aux bras qui manquent à l’agriculture, un lieu commun qu’on
ne saurait négliger. On y a pourvu en recrutant aux îles Gilbert des
travailleurs plus ou moins bénévoles. Un beau jour, une goëlette est
partie pour ces lointains pays d’où elle a ramené deux ou trois cents
individus à l’aspect sauvage et dont le type rappelait plutôt celui des
papous que celui des maoris: nez épaté, grosses lèvres, cheveux crépus,
créatures mal bâties mais robustes. Les planteurs se sont jetés sur ces
outils vivants dont l’importation a coûté soixante mille francs à la
colonie et qui n’ont d’ailleurs rendu que peu de services. Pour mon
compte, je n’ai jamais vu travailler les aroraï, c’est le nom des
indigènes des îles Gilbert. Chaque fois que j’en ai rencontré une
troupe, elle escortait deux gaillards qui portaient sur leurs épaules
voûtées un gigantesque cerf-volant de toile affectant la forme d’un
poisson. Lancé habilement, ce jouet montait dans l’espace avec la
légèreté d’un ballon Godard. Le plaisant de l’affaire est que nos
vertueux amis des Anglais se sont inquiétés de savoir comment ces
immigrants étaient traités. La philanthropie britannique a de ces
contradictions: elle extermine les Océaniens dans les colonies à
parlement aussi bien que dans les colonies de la couronne, mais elle ne
peut supporter l’idée que ces pauvres gens travaillent librement dans
une colonie française même pourvue d’un Conseil général. Je dois dire
qu’une lettre d’allure diplomatique du Gouverneur des Fidji, à ce
propos, a reçu du Gouverneur de Tahiti la réponse qu’elle méritait.
En résumé la fameuse question des «bras» reste toujours posée. Est-il
donc impossible au Tahitien de travailler le sol? Assurément non, s’il
en éprouvait le besoin. J’ai vu, dans le district de Mahaena, un
indigène qui piochait avec ardeur la terre de ses pères et paraissait y
mettre un peu de cette passion âpre de nos paysans. A l’appui de ce que
j’avance, on peut citer les Rapanui.--Les Rapanui sont des indigènes de
l’île de Pâques convertis au catholicisme et amenés à Tahiti par Tepano,
l’évêque archéologue d’Axieri. On leur a cédé une vallée près de Papeete
et ils ont fait des merveilles, cultivant le coton, le maïs, la patate
douce, le melon, et tirant de leur travail des gains élevés. Il y a
encore, toujours près de Papeete, une colonie d’Atioux. Les Atioux
viennent de Watiu ou Atiu, l’une des îles principales de l’archipel
Cook, voisin des îles de la Société. Eh bien! les Atioux travaillent
assidûment. On les emploie surtout au débarquement des navires et l’on
n’a qu’à se louer d’eux. Les Rapanui sont catholiques; les Atioux
protestants. Les premiers sont gouvernés (c’est le mot juste) par un
catéchiste qui exerce sur eux une autorité presque absolue. Les seconds
ont deux chefs et un _orometua_, pasteur, dont le pouvoir est grand. Ce
système de triumvirat est imaginé, paraît-il, pour obvier aux conflits
qui sont l’écueil de tous les gouvernements. Ces Atioux sont fort
intelligents.
Le coton, la vanille, le café et le coprah ne sont pas les seuls
produits que puisse donner le sol de Tahiti. La colonie a eu la bonne
fortune de voir arriver, en juin 1887, un pharmacien principal de la
Marine, qui, envoyé en mission par M. de La Porte, le sous-secrétaire
d’État aux Colonies, apportait dans l’île douze à quinze cents plantes
nouvelles. M. Raoul a été accueilli avec un empressement bien naturel.
On a mis à sa disposition un bel enclos et la douzaine de malfaiteurs et
d’ivrognes que contenait la prison de Papeete. Avec ces «bras» il a
remué la terre, planté, ensemencé, arrosé. La plupart des plantes sont
de celles dont l’industrie peut tirer le plus grand parti. Ce sont des
arbres à caoutchouc, des essences résineuses, des plantes à parfum. Puis
viennent les vignes, les eucalyptus, les jacquiers, l’arbre du voyageur
qui donne de l’eau, l’arbre à la vache qui donne du lait, les pommes de
terre, des variétés de vanille de la Réunion, de quoi enrichir le pays,
en un mot, une fois que l’on aura trouvé la solution du problème des
«bras.»
On m’a présenté au chargé de mission. J’ai vu un petit homme vif,
nerveux, inspiré, ayant le feu sacré de la botanique, cette jolie
science qui définit la fleur «partie de la plante où s’effectue la
fécondation» et dont le vocabulaire hérissé de grec et de latin semble
imaginé pour déprécier le règne végétal.
Il fallait voir les soins de mère de M. Raoul pour celles de ses plantes
auxquelles un voyage de six mois avait plus ou moins nui, et comme il
parlait de ses malades et de ses convalescentes! Il fallait aussi
l’entendre énoncer les conséquences proches ou lointaines de
l’introduction de tous ces trésors à Tahiti, aux Marquises, aux Tuamotu,
aux Gambier, à Rapa! Aux plantes décédées en route ou mortes en
arrivant, il donnait une larme si ce n’est une oraison funèbre.
L’agriculture va recevoir une impulsion salutaire.
Dans quelques années, les produits de Tahiti seront décuplés,
l’industrie ranimée, le commerce accru...
Et des «bras»?
On fit jadis une tentative d’exploitation digne de ce nom. Dans un vaste
domaine de quinze cents hectares, on entreprit simultanément la culture
du coton et de la canne à sucre. A cette époque déjà il y avait pénurie
de travailleurs. On en fit venir de la Chine et quinze cents Célestes
furent employés sur la plantation d’Atimaono où l’on y vit bientôt
jusqu’à deux mille personnes. Il se dépensa là quelques millions de
francs. On construisit une somptueuse habitation à laquelle on avait
accès par un escalier monumental dont il ne reste plus aujourd’hui que
des ruines. J’ai vu dans la grand’salle deux pankas où un Chinois a
dessiné et peint, dans le goût bizarre de son pays, M. Steward et le
comte de La Roncière, alors gouverneur. M. Steward, anglais, était à la
tête de la plantation. C’était un homme fastueux qui ambitionnait de
gagner et de dépenser beaucoup d’argent, et n’a pas mauvais air sous la
défroque de mandarin dont l’a affublé l’auteur de son portrait. Il
s’était fait dans ce pays si lointain une vie de luxe et de plaisirs,
donnant pour pendant à l’habitation dont je viens de parler une villa
perchée sur la cime d’une montagne où l’on ne pouvait parvenir que par
un sentier de chèvre. Longtemps il fut soutenu par des banquiers de
Londres à qui l’on prêtait l’idée de former plus tard une société par
actions pour l’exploitation de la plantation d’Atimaono. Puis, un jour,
l’argent cessa d’affluer. On s’était rendu compte que les résultats
obtenus ne répondaient pas aux sacrifices accomplis et que les frais
généraux dépassaient ce que permet une ordinaire sagesse.
M. Steward était un obstiné. Le concours financier que lui refusaient
ses compatriotes, il le chercha dans la colonie même, dans la colonie où
le taux de l’intérêt s’élève à douze, à quinze, à dix-huit pour cent. Il
devait s’ensuivre de graves mécomptes. Un jour, un incendie dont on ne
put jamais découvrir l’auteur détruisit une grande partie de
l’exploitation, celle où se cultivait la canne à sucre. La dissension se
mit entre le planteur et ses collaborateurs les plus immédiats. La
faillite était au bout. Elle mit fin un jour à l’entreprise agricole la
plus sérieuse qu’on ait vue à Tahiti. Atimaono fut vendu. La caisse
agricole, dont je dirai un mot tout à l’heure, acquit le domaine qu’elle
céda par la suite à un groupe de colons qui s’y livrent présentement et
non sans bénéfices à l’élève du bétail.
Que devinrent les Chinois? Ils désertèrent les travaux des champs que la
dureté d’un commandeur aujourd’hui conseiller général avait contribué à
leur rendre odieux et s’adonnèrent au commerce. On connaît le génie de
la race, la persévérance dans l’effort, l’économie dans les moyens
d’action, la sobriété, la modération dans le gain tempérée par
l’honnêteté suspecte des relations. La concurrence des Célestes effraya
le commerce français à qui il était indifférent sans doute d’avoir pour
rival le commerce anglais, américain ou allemand, mais qui ne pouvait
supporter l’idée d’avoir à lutter contre le commerce chinois. Les
autorités de Tahiti, afin de complaire à ces vues plus intéressées
qu’intelligentes, prirent des mesures pour renvoyer sur les bords du
fleuve Jaune ces malencontreux travailleurs devenus si mal à propos de
trop habiles négociants. Puis ce furent des impôts spéciaux qui vinrent
frapper les récalcitrants et, ainsi, pour de longues années encore, on
fut assuré de payer toutes choses hors de prix à Tahiti. A cette heure,
il reste tout au plus deux cent cinquante à trois cents Chinois dans la
colonie où ils vivent à leur mode, se surveillant les uns les autres,
associés les uns aux autres, pratiquant le bouddhisme dans une pagode
qui ressemble plus à une faré, à une case quelconque qu’à un temple, et
célébrant, à grand renfort de feux de bengale et de pétards, le
commencement de l’année selon le calendrier chinois. Leurs mœurs
particulières s’affirment encore dans les fumeries d’opium où, couchés
sur des lits de camp, ils viennent rêver dans l’hébètement d’un
demi-sommeil à des félicités qui leur font oublier les misères de la vie
présente. Bien que les lois de la colonie ne permettent de donner de
l’opium qu’aux seuls Chinois, on trouve dans les fumeries quelques
femmes indigènes plutôt laides que jolies, plutôt vieilles que jeunes;
ce sont des vahiné de Chinois qui insensiblement ont pris la funeste
habitude de l’opium.
Un colon m’entretenait un jour de l’obsédante question des bras. «Et les
Chinois?» lui dis-je. «Ne pensez-vous pas que l’introduction de deux à
trois mille Chinois pourrait transformer l’agriculture à
Tahiti?»--«Certainement,» me répondit-il. «Mais je plains
l’administration qui prendra l’initiative de cette mesure. Il est des
préjugés plus forts que l’intérêt.»
Je me suis convaincu depuis de l’exactitude de cette observation. La
Caisse agricole, l’unique établissement de crédit que possède Tahiti, a
souvent mis à son ordre du jour le problème de l’immigration. Le nom
abhorré des Chinois n’a jamais été prononcé dans ses délibérations sans
provoquer des rumeurs. Et cependant les hommes qui sont placés à la tête
de l’établissement comptent parmi les plus intelligents et les plus
dévoués au bien public.
La Caisse agricole est une très utile institution. Elle rétrocède aux
colons nouveaux des terres propres à toutes les cultures et leur fait,
en même temps, des avances d’argent dans le but de faciliter leurs
premiers efforts. C’est encore par son entremise que les cotons de
Tahiti arrivent sur le marché français. Elle prête sur connaissement,
c’est-à-dire sur le vu du papier qui atteste que les produits sont
exportés. Les opérations peu heureuses d’immigration faites jusqu’ici
l’ont été avec le concours de la Caisse agricole qui pourrait jouer un
rôle plus grand encore que par le passé si jamais les habitants de
Tahiti sortaient de l’état de torpeur où ils sont plongés.
Il n’y a pas que les bras qui manquent. Je suppose la colonie peuplée
d’agriculteurs, couverte d’usines, remplie de comptoirs; Tahiti reste
encore à six mois de Marseille et de Bordeaux pour les échanges; à deux
mois de partout pour la correspondance.
«La France, disent les mécontents, traite ce pays comme une mère peut
parfois traiter un enfant qu’elle n’aurait pas désiré.»
Il y a de l’exagération dans ce propos amer.