L’ORIGINE DES ARIOI

Les Arioi viennent de Vaiotaha, dans l’île de Borabora. Ils descendent

d’Oro, roi de l’air et du firmament, le roi à la ceinture rouge. Oro,

roi du ciel, et Vaiéa qui vivait dans l’eau avaient tous les deux des

ceintures rouges.

Oro habitait le firmament avec ses femmes, Teurihaoaoa et ses

compagnes. La femme bien aimée d’Oro était Atea, mais un jour il lui

donna un coup de pied et elle tomba à Hahaione.

Pendant quelque temps, Oro vécut sans femme. Teurihaoaoa et ses

compagnes eurent pitié de lui parce qu’elles le voyaient sans femme,

et elles lui dirent: «Oro, nous allons chercher une femme pour toi.»

Elles partirent aussitôt. Elles étaient vêtues de feuilles de ti

(dracena) et portaient un roseau à la main, un roseau pareil à celui

dont on se sert dans le jeu appelé Apere.

Elles descendirent des cieux et abordèrent à Tahiti, la première terre

qui s’offrit à leur vue. Les hommes et les femmes étaient assemblés,

mais à Tahiti elles ne trouvèrent pas une femme qui fût digne d’Oro.

Elles partirent pour Raiatea. Tous les hommes et toutes les femmes

étaient assemblés, mais elles ne trouvèrent pas à Raiatea de femme qui

fût digne d’Oro. Toutes les femmes étaient laides; toutes avaient le

visage plissé.

Elles partirent pour Borabora où elles trouvèrent une femme très belle

pour Oro. Elle s’appelait Vairaumati, ce qui veut dire: «Mélange des

douces liqueurs.»

Vairaumati était consacrée à Oro; elle était apparue pendant que

grondait le tonnerre.

A Tahiti, Teurihaoaoa et ses compagnes n’avaient trouvé que des femmes

aux laids visages, pâles ou colorés.

A Borabora, elles trouvèrent une femme très belle, digne d’être la

femme d’Oro, dieu de la guerre. Elle s’appelait Vairaumati; elle

s’abritait sous les nattes consacrées aux dieux.

Vairaumati était couchée. On l’a fait mettre debout. Elle était venue

à la lueur des éclairs et l’on en avait peur. Elle était fort belle.

Son visage resplendissait comme le soleil au milieu du jour et comme

la mer bleue qui réfléchit les rayons du soleil.

--Que voulez-vous? leur dit-elle. Que cherchez-vous?

--Nous cherchons une épouse pour notre frère!

--Où donc est-il, votre frère?

--Il est dans le firmament.

--Est-il beau?

--Il est très beau!

--Est-ce vraiment moi que vous cherchez?

--C’est toi et c’est pour te chercher que nous sommes venues ici!

Veux-tu être la femme de notre frère?

--Dites-lui de venir!

Elles remontent dans les cieux pour annoncer à Oro qu’elles lui ont

trouvé une femme.

Quand elles arrivent, il dort. Elles le réveillent et lui disent:

--Lève-toi! Nous t’avons trouvé une femme!

--Où est-elle? demande Oro.

--Là-bas, sous nos pieds! Elle est à Vaiotaha, dans l’île de Borabora.

Oro prend son vol et s’élance dans l’espace. Il plane sur l’univers et

descend vers la terre.

Il aperçoit Vairaumati défendue par l’esprit rouge, Vane tea, et par

l’esprit blanc, Vane ura.

Il est émerveillé en la voyant.

Dès que Vairaumati aperçoit Oro, elle s’approche de lui, et ils vont

dormir ensemble...

Pendant trois nuits Oro dort avec Vairaumati, puis il se met à songer.

Il a honte parce qu’il n’a fait aucun présent à sa compagne. Elle a

apporté beaucoup de choses avec elle, mais lui, Oro, n’a rien...

Oro songe. Il faut qu’il fasse à sa femme des présents équivalents à

ceux qu’elle a apportés. Il songe et s’en retourne dans le firmament

afin de chercher un cadeau pour sa compagne.

Il trouve ses sœurs et il leur demande où sont leurs fils?

--Ils sont ici, répondent-elles.

--Apportez-les! Je veux les emporter comme un présent pour mon épouse.

Les sœurs d’Oro pleurent sur leurs enfants qu’Oro appelle à lui, qu’il

change en porc et en truie, et qu’il emporte pour sa femme.

Oro est revenu près de Vairaumati. Il dort avec elle et, pendant la

nuit, la truie devenue pleine met bas cinq petits cochons.

La truie est conduite aussitôt chez le tahua, prêtre, qui la dédie à

Oro et consacre les cinq petits cochons.

Le cinquième cochon était le Vahapu (mot dont on se sert quand le tapu

ou tabu, défense de prendre, de toucher, est enlevé).

Le quatrième cochon était celui des Araroa (voyageurs) qui vont de

place en place pour Oro.

Le troisième cochon était celui qui s’approche des femmes pour

consommer l’adultère.

Le second cochon était celui qui fut chassé dans la mer, le marsouin.

Le premier cochon fut le cochon sacré des Arioi. On l’appelait _Ia i

te mah oehoe_, le poisson errant dans les eaux profondes. Son maître

était Oro i te tea moe, le dieu Oro aux plumes rouges. C’est du dieu

aux plumes rouges que descendent les Arioi; c’est de lui seul que

descendent tous les Arioi de l’univers. Ils n’ont pas d’autre origine.

Oro veut laisser son cochon à Opoa, à Havaiï ou à Raiatea, mais il ne

trouve pas un endroit pour le poser; il est obligé de le porter dans

ses bras.

Oro rencontre Mahi. Il lui dit: «Mon ami Mahi, voici une chose

excellente, un cochon. Va-t-en à Tahiti, et trouve une place où nous

pourrons le mettre!»

Ici, la légende se bifurque. Oro n’y joue plus qu’un rôle secondaire: le

héros est désormais Mahi, qui vient s’établir à Tahiti avec le cochon

sacré.

Mahi part aussitôt. Il vient à Tahiti dont tous les habitants sont

rassemblés devant le Marae. Haato était alors le premier prêtre d’Oro.

Il priait devant le peuple.

Personne ne dit à Mahi de venir manger. Il a faim et doit se contenter

de nono upu. Personne ne lui dit: «Viens dans ma maison!» Il cherche

un ami à Tahiti, mais il ne peut en trouver un seul. Il s’en retourne

à Opoa. Opoa, c’était le grand marae de Raiatea.

Trois fois Mahi vient à Tahiti et trois fois il s’en retourne à

Raiatea. La troisième fois, il rencontre enfin un ami à Tahiti. Il va

jusqu’à Afaahiti (un district de l’Est) et rencontre Taurua, Étoile du

Matin, une jeune fille dont le père s’appelle Hua Tua. Elle était

teinte du jus de mati, qui est rouge.

Taurua dit à Mahi: «D’où viens-tu?» Il répond: «Je suis sans un ami.

Je vais ici et là.» Étoile du Matin lui dit alors: «Entre dans la

maison! Je vais appeler mon père Hua Tua.»

Elle appelle son père qui vient pleurer auprès de Mahi quand il

apprend qu’il est sans ami. Le vieillard dit à son hôte: «Salut à toi,

Mahi. Je suis heureux que tu sois venu dans ma maison!»

Hua Tua fait apporter des cochons. Il les donne à Mahi en lui

souhaitant la bienvenue et les consacre en prononçant le nom d’Oro, le

dieu à la flèche cachée.

Un cochon reste qui erre devant la maison. Il reçoit le nom d’une

ronce qui se trouve à Taravao. C’était le cochon que Mahi avait

apporté, qu’il avait dédié à Oro et laissé en liberté.

Mahi dit à Hua Tua: «Épargne ce cochon! Je désire le placer sur ma

pirogue Hotu. Dès qu’elle sera prête à être lancée, je reviendrai à

Tahiti sur cette pirogue.»

Hua Tua fait préparer des provisions pour Mahi. Il y avait des

cochons, des étoffes, des vivres de toutes sortes.

Mahi s’écrie: «Qu’est-ce que cela? J’ai fait un heureux voyage! J’ai

trouvé un ami à Tahiti! Il m’a donné ces cochons cuits pour moi!»

Puis il partage l’un des cochons. Il envoie une épaule à Taura Atua

(Endroit où le Dieu s’arrête) qui habite à Moorea; une autre épaule à

Mataa (Œil luisant), qui habite Papara. Cette seconde épaule fut

apportée aux rois de Papeuriri en échange des plumes rouges destinées

aux dieux. Une cuisse fut envoyée à Maro Ura (Ceinture rouge), qui

habite Hitia, et l’autre cuisse à Atea, qui habite Raiatea.

Maintenant qu’il a trouvé un ami à Tahiti, Mahi retourne à Raiatea où

il plante, dans l’îlot Motutorea, des «aute» pour donner à manger à

ses cochons et où il fait préparer des rouleaux d’étoffe d’écorce pour

Hua Tua.

Cependant Mahi songe que son ami est pauvre, un homme d’un rang

inférieur. Il voudrait trouver un ami d’une classe plus élevée, et il

attend l’arrivée de Tamatoa, le roi de Raiatea.

Tamatoa arrive. Mahi lui dit: «Tamatoa, je t’apporte toutes ces

choses: une pirogue double, un cochon, un chapeau magnifique, un

rouleau d’étoffe, des plumes rouges et noires, des perles brillantes.»

--Que veux-tu de moi? demande Tamatoa. Pourquoi me donnes-tu toutes

ces choses?»

--Je désire porter ton nom, Tamatoa, répond Mahi, et que tu portes le

mien! Tamatoa sera mon nom, Mahi sera ton nom!

Tamatoa accepte de grand cœur mais à la condition qu’ils iront

s’établir tous les deux à Opoa. Ils partent.

A Opoa, Tamatoa prend le vané, l’étoffe dont l’idole Oro est

enveloppée, et il en couvre Mahi à qui il demande de faire connaître

son désir.

Mahi désire que le grand cadeau qu’il prépare en ce moment puisse

parvenir en sûreté jusqu’aux cuisses de son ami Hua Tua à Afaahiti, à

qui il a beaucoup de choses à donner.

Tamatoa réunit beaucoup de choses:

Une pirogue qui porte le nom de Hotu (Comme un grain qui pousse).

Une prière qui enseigne à tuer son ennemi.

Une corde d’écorce de noix de coco pour attacher des pirogues

ensemble.

Une corde d’écorce de noix de coco pour atteindre le ciel.

Une trompe qui résonne en toute saison.

Une noix de coco pour servir de bouteille.

Un chapeau, l’ombre du dieu Tii, idole sculptée, celle qu’on appelle

le soutien de la maison.

Une étoffe faite de feuilles séchées depuis longtemps.

La nouvelle Cythère · 第 23 / 51 题