LA GUERRE

Les guerres entre les Tahitiens avaient la plupart du temps pour point

de départ des contestations survenues à propos de la pêche. Quelques

discours transmis de génération en génération et déclamés aux jours de

fête vont nous le prouver.

Ne me parlez pas! Le pêcheur est aussi un guerrier. Il lutte avec la

mer, avec la vague, avec le sauvage requin, le vorace poisson qui se

tient à l’entrée de la passe. Et parce que votre rivage et le mien ne

sont pas clos, nous en sommes venus aux mains. Vous m’avez fait tort

malignement, mais quand nous nous rencontrerons face à face, ma

défaite et votre bravoure seront oubliées!

Vous êtes un homme turbulent, un homme qui a une grosse voix. Quand

vous m’accusez, je suis tranquille. Vous êtes un homme turbulent, un

homme qui a une grosse voix. Les chefs sont en autorité. Quand la

guerre sera déclarée, alors votre passe sera fermée; vous serez comme

dans une nasse, dans un fossé.

Savez-vous faire la guerre? Etes-vous un champion? Laissez-moi ma

portion dans votre pays avant que les os des mâchoires des guerriers

tombés ne soient au _Marae_ et que ne soient dites les prières du

prêtre qui sait comment on délivre son pays!

Le discours suivant est aussi une déclaration de guerre, mais d’une

forme plus obscure:

Le petit poisson noir empoisonné a une pensée à dire. Le poisson

abandonné est percé par le pieu que l’on tient dans la main. Qui

pousse le canot au large? Un vil petit poisson.

Le poisson mourant voudrait dire quelque chose et retrouver la vie

sous le banc de corail.

Il voudrait, le poisson borgne, dire quelque chose:

«Vous venez dans une pirogue d’écorce en jouant de la pagaie. Ce n’est

pas une pirogue de la mer. Vous mangez comme un glouton et vous

n’appréciez pas cette nourriture. Savez-vous comment dormir sur vos

rivages sans un oreiller?

»Je suis celui qui connaît tous ses ancêtres, tous ses parents jusqu’à

présent.

»Regarde à ma tête, toi! Elle est pleine de l’eau qui vient de mon

pays; elle est blessée d’un coup de la pierre lancée.

»Regarde à ma tête! Elle est pleine des cicatrices de la lance.

»Regarde à moi, toi! Qu’est-ce que vous attendez ici? Tu manques de

ressources! As-tu l’adresse d’un homme? Tu n’es qu’un maladroit.

»Tu as le corps d’un homme et les désirs d’une femme!»

Je reviendrai plus tard sur ces chants de guerre et sur ces récits de

batailles.

La nouvelle Cythère · 第 21 / 51 题