LE GUERRIER BLESSÉ.

Le guerrier blessé est étendu sur la plage de Faaa, près de Papeete.

Il attend la mort et il chante:

«Vent de _Hauïti_ qui souffles de la montagne, tu m’as souvent caressé

dans d’autres moments alors que j’étais joyeux et plein de force;

aujourd’hui je goûte ta douceur qui accroît ma tristesse.

»Vent de _Hauïti_, pourquoi n’as-tu pas des bras pour me soutenir et me

porter où tu avais l’habitude de me voir? Tu ne me trouveras plus

peut-être au milieu des miens.

»Vent de _Hauïti_, remplace-moi quand je ne serai plus là; souffle

doucement et sèche les larmes de mes parents désolés.

»Et toi, montagne qui m’as connu dans mon enfance, qui m’as vu grandir,

tu sais aussi que j’étais un homme de la montagne, car je t’ai défendue

avec courage.

»Petite rivière où je me suis si souvent assis et rafraîchi, après mes

courses dans la montagne, tu as été douce et bonne pour moi. Je me sens

mourir et je pense que je ne te verrai plus...

»Ia ora na!»

Je livre ce morceau aux critiques littéraires qui ont pour habitude

d’analyser la poésie, les pauvres! N’est-il pas vrai qu’il y a là

quelque chose de primitif, d’antique, de grand, et j’ajoute, pour parler

la langue du jour, quelque chose de vécu?

Il ne faudrait pas croire que le Tahitien, citoyen français comme vous

et moi mais non soumis aux obligations de la loi militaire, ait perdu

toute vertu guerrière! En dépit d’une déchéance dont il n’est pas tout à

fait l’auteur responsable, l’indigène serait encore un bon soldat; on en

a fait l’épreuve quand il s’est agi d’aller réprimer les velléités

insurrectionnelles des Marquises. Les volontaires se présentèrent en

foule à Papeete, on les arma, mais ils n’eurent pas un coup de fusil à

tirer et s’en affligèrent. Aujourd’hui, si un péril de guerre se

montrait, on les verrait accourir pour défendre la France, leur patrie.

La poésie non plus n’est pas morte. Voici une petite pièce composée par

mon ami Poroï, membre du conseil privé de la Colonie, un personnage,

s’il vous plaît!

La nouvelle Cythère · 第 7 / 51 题