de
BENJAMIN FRANKLIN, imprimeur,
comme la couverture d'un vieux livre,
dont les feuillets sont arrachés,
et la dorure et le titre effacés,
gît ici, et est la pâture des vers.
Cependant, l'ouvrage même ne sera point perdu,
car il doit, comme il le croyoit, reparoître encore
une fois,
dans une nouvelle
et plus belle édition,
revue et corrigée
par
l'auteur.
* * * * *
_EXTRAIT du Testament de BENJAMIN FRANKLIN._
... Quant à mes livres, ceux que j'avois en France, et ceux que j'avois
laissés à Philadelphie étant maintenant tous rassemblés ici, et le
catalogue en étant fait, mon intention est d'en disposer de la manière
suivante.
Je lègue à la société philosophique de Philadelphie, dont j'ai l'honneur
d'être président, l'_Histoire de l'académie des sciences_, en soixante
ou soixante-dix volumes _in-4º_.--Je donne à la société philosophique
américaine qui est établie à la Nouvelle-Angleterre, et dont je suis
membre, la collection _in-folio_ des _Arts et Métiers_. L'édition
_in-4º_. du même ouvrage sera remise de ma part à la compagnie de la
bibliothèque de Philadelphie.--Je donne à mon petit-fils Benjamin
Franklin Bache, tous ceux de mes livres, à côté desquels j'ai mis son
nom dans le catalogue ci-dessus mentionné; et à mon petit-fils William
Bache, tous ceux auxquels son nom sera également ajouté. Ceux qui seront
désignés avec le nom de mon cousin Jonatham Williams, seront donnés à ce
parent.--Je lègue à mon petit-fils, William Temple Franklin, le reste de
mes livres, mes manuscrits et mes papiers.--Je donne à mon petit-fils,
Benjamin Franklin Bache, mes droits dans la compagnie de la bibliothèque
de Philadelphie, ne doutant pas qu'il ne permette à ses frères et à ses
soeurs d'en jouir comme lui.
Je suis né à Boston, dans la Nouvelle-Angleterre, et je dois mes
premières connoissances en littérature aux libres écoles de grammaire
qui y sont établies. C'est pourquoi je laisse à mes exécuteurs
testamentaires, cent livres sterlings, pour qu'elles soient remises, par
eux, ou par ceux qui les remplaceront, aux directeurs des libres écoles
de ma ville natale. J'entends que les directeurs, ou les personnes qui
auront la surintendance des libres écoles, placent cette somme à intérêt
perpétuel, afin de l'employer tous les ans à faire frapper des médailles
d'argent, qui seront distribuées aux élèves pour leur servir de
récompense et d'encouragement; et cela de la manière que les notables de
la ville de Boston jugeront convenable.
Je charge mes exécuteurs testamentaires, ou leurs successeurs, de
prélever sur les honoraires qui me sont redus, comme président de l'état
de Pensylvanie, deux mille livres sterlings, et de les compter aux
personnes, qu'un acte de la législature nommera pour les recevoir en
dépôt, afin qu'elles soient employées à rendre le Skuylkil navigable.
Tandis que j'ai été marchand de papier, imprimeur et directeur de la
poste, j'ai fait crédit à beaucoup de personnes, pour des livres, des
insertions d'avis, des ports de lettres et d'autres objets pareils.
L'assemblée de Pensylvanie m'ayant fait partir en 1757 pour aller être
son agent en Angleterre, où j'ai rempli ce poste jusqu'en 1775, et à mon
retour, étant immédiatement occupé des affaires du congrès, et envoyé en
France en 1776, où j'ai séjourné neuf ans, je n'ai pu réclamer les
sommes ci-dessus que depuis mon retour en 1785, et ce sont, en quelque
sorte, des créances surannées, quoique justes. Cependant elles se
trouvent détaillées dans mon grand livre, coté E; et je les lègue aux
administrateurs de l'hôpital de Pensylvanie, espérant que les débiteurs,
ou leurs successeurs, qui font à présent quelque difficulté d'acquitter
ces dettes, parce qu'ils les croient trop anciennes, voudront pourtant
bien en compter le montant, comme une charité, en faveur de l'excellente
institution de l'hôpital.--
Je suis persuadé que plusieurs de ces dettes seront inévitablement
perdues: mais je me flatte qu'on en recouvrera beaucoup. Il est possible
aussi que quelques-uns des débiteurs, aient à réclamer de moi le montant
d'anciens comptes. En ce cas, les administrateurs de l'hôpital voudront
bien en faire la déduction, et en payer la solde, si c'est moi qui la
dois.
Je prie mes amis Henry Hyll, John Jay, Francis Hopkinson et M. Edward
Duffield, de Bonfield dans le comté de Pensylvanie, d'être les
exécuteurs de mes dernières volontés; c'est pourquoi je les nomme dans
le présent testament.
Je désire d'être enterré, avec le moins de dépense et de cérémonie qu'il
sera possible.
À Philadelphie, le 17 juillet 1788.