siècle, est étymologiquement, historiquement et nosologiquement
vicieux. Je ne le dis pas pour conseiller une réforme que l’habitude
rendrait impraticable; l’essentiel est de s’entendre. Mais le seul
nom qui convienne est celui de _grande épidémie cholérique_; et c’est
seulement à ce titre que je lui ai donné une place dans ce livre.
Comme je suppose, sur de trop bons motifs, que le signalement du
choléra est connu, je me contenterai d’en isoler les traits principaux.
Je mets en première ligne ses deux périodes _algide_ et _réactive_, sur
lesquelles j’aurai à revenir.
Sa marche est essentiellement aiguë. Tout médecin, témoin d’une de ses
épidémies, a vu la mort survenir en quelques heures ou d’une manière
soudaine.
Le plus souvent, on observe certains prodromes qui se prolongent deux
ou trois jours, et dont l’ensemble prend le nom de _cholérine_. C’est
à M. le docteur Jules Guérin[834] qu’appartient l’honneur d’avoir fixé
l’attention des médecins sur cette période prémonitoire; et bien des
existences ont dû leur salut à cette heureuse inspiration: _principiis
obsta_! Ce qui ne veut pas dire que tout flux diarrhéique, livré à
lui-même, doive nécessairement conduire au choléra confirmé.
Le chiffre nécrologique atteste l’excessive gravité du pronostic.
On n’a cependant pas vu en général, les effroyables hécatombes des
épidémies antérieures. Notre civilisation aime à s’en faire un mérite.
Ne serait-ce pas plutôt que la contagiosité des pestes anciennes était
bien plus subtile que celle du choléra? Toujours est-il, qu’en 1832, du
mois de mars au mois d’octobre, on enregistra à Paris, 18,402 décès,
sur une population de 759,135 habitants. Le 9 avril, le maximum des
morts était monté à 814[835]. En 1849, l’épidémie sévit de nouveau
dans la capitale depuis le printemps jusqu’en automne. Sa progression
fut moins rapide, mais le maximum des recensements quotidiens s’éleva
encore à 721, et le total des victimes ne différa guère du précédent.
On en compta 19,069, sur une population portée alors au chiffre de
995,504. De 1853 à 1854, il y eut 9,096 décès sur 1,174,000 habitants.
En 1865, le nombre des atteintes a été moins grand qu’antérieurement.
Le maximum de la mortalité qui répondit au 20 octobre, ne dépassa pas
206. Depuis les premiers jours de ce mois jusqu’à la fin de novembre,
la somme des pertes a été d’environ 6,000. Le même nombre est imputable
à la prolongation de l’épidémie, en 1866.
L’anatomie pathologique a largement pris sa revanche du passé:
le cadavre des cholériques a été fouillé dans ses replis les plus
profonds. La bouche, l’œsophage, l’estomac, les intestins, le
mésentère, l’épiploon, la rate, le pancréas, le foie, la vésicule
biliaire, les reins, la vessie et ses annexes, l’appareil respiratoire,
le système nerveux cérébral ou ganglionnaire, l’appareil locomoteur,
le liquide sanguin, ont paru le siége d’altérations très-diverses dont
on n’a pu déterminer que l’inconstance. Dans un grand nombre de cas,
les observateurs les plus scrupuleux affirment n’avoir trouvé aucune
altération appréciable[836].
La muqueuse intestinale est diversement colorée, depuis la teinte rosée
jusqu’à la couleur noirâtre. On l’a trouvée ramollie, moins épaisse, ou
sensiblement épaissie dans une certaine étendue. En dépit de Broussais
et de ses fidèles, elle s’est montrée dans une infinité de cas _pâle et
exsangue_. Magendie, l’enfant terrible de la doctrine, s’avisa même de
prouver par des expériences, que certaines colorations plus marquées,
n’étaient qu’un effet purement cadavérique.
Delpech, trop pressé de généraliser le résultat de quelques nécropsies,
crut avoir trouvé la cause anatomique du choléra dans la _phlegmasie
des ganglions semi-lunaires_. Ce qui le mit sur la voie, ce fut la
constriction douloureuse accusée à l’épigastre, par le plus grand
nombre des malades. Sur cette indication, il examina attentivement le
plexus solaire; et les ganglions semi-lunaires qui concourent à le
former présentèrent une couleur rouge. Il n’en fallut pas davantage à
cet esprit ardent, pour proclamer ce fait avec toutes ses conséquences;
et c’est sur la région épigastrique qu’il prescrivit désormais
l’application des agents antifluxionnaires. Cette opinion du grand
chirurgien a rejoint depuis longtemps dans l’oubli, tant d’autres
spéculations qui ne méritaient pas un meilleur sort[837].
Le sang du sujet qui a succombé dans la période algide est épais et
visqueux. Le microscope et l’analyse ont prouvé à leur manière ce qui
était évident, c’est-à-dire, l’altération physique et chimique de cette
humeur, et on en a tiré naturellement une induction pratique. Puisque
le sang des cholériques a perdu son sérum et ses principes salins, il
faut les lui rendre par des transfusions appropriées. Qu’on nie après
cela la liaison intime de la science et de l’art! Les premiers essais
de ce genre donnèrent de bruyantes espérances. Les déceptions ne se
firent pas attendre, et Magendie annonça encore, preuves en main, qu’on
s’était trop hâté d’élever la voix.
Toutes les données que nous devons à l’anatomie pathologique ont sans
doute leur valeur; elles sont le complément naturel de l’histoire de la
maladie[838]. Mais quel est le rapport direct qui rattache les lésions
matérielles qu’on a observées à l’état morbide dont elles dérivent? La
clinique ne peut se permettre qu’une réponse évasive.
La nature du choléra reste donc inconnue. Ceux qui ne peuvent se
résigner à cet aveu, trop dur pour leur amour-propre, ont cherché à
se refaire par le ton d’assurance avec lequel ils se prétendent mieux
renseignés. Les uns ont affirmé l’existence d’une _gastro-entérite_;
d’autres ont accusé une _lésion du grand sympathique_; ceux-ci parient
pour une _lésion du prolongement rachidien_; ceux-là s’accommodent
mieux d’une _entéralgie_. Il en est qui admettent vaguement une
_modification morbide du sang_, sous l’impression d’un principe
délétère, et qui se montrent particulièrement satisfaits de cette
idée. Quelques-uns, s’arrêtant à la nature apparente du liquide
des déjections, réduisent le choléra à une _maladie des vaisseaux
lymphatiques du système digestif_, sous l’influence de laquelle
les liquides blancs qu’ils charrient, s’épancheraient dans le
tube intestinal, au lieu de se mêler au sang, conformément à leur
destination normale.
Toutes ces hypothèses et une foule d’autres, _ejusdem farinæ_,
attestent leur insuffisance par leur multiplicité même; la plupart ne
constatent que les localisations éventuelles et changeantes d’un mode
interne général, dont la cause initiale est complétement ignorée.
Le choléra est donc une affection spécifique dans toute l’étendue du
mot, et le jour pourra venir où il aura sa vaccine ou son quinquina.
En attendant la réalisation de ce rêve consolant, la thérapeutique
flotte dans une désespérante indécision. Je n’en veux pour preuve que
la remarque suivante de Broussais. D’après lui, le choléra abandonné à
lui-même est constamment mortel. Pour avoir quelques bonnes chances,
le médecin doit agir n’importe comment, et provoquer une perturbation
quelconque. Inutile de dire que la méthode curative qui s’inspire de
la doctrine physiologique, est de beaucoup la plus sûre et la plus
efficace, dans la pensée de son inventeur; mais il s’est convaincu
que les médications les plus opposées obtiennent des succès. Il va
même jusqu’à reconnaître que les malades, _excessivement stimulés_ par
l’emploi des agents appropriés, peuvent éprouver des crises salutaires
qui attestent les ressources de la nature humaine: aveu significatif et
fort inattendu sous la plume du grand réformateur[839]!
Ces notions rapides sur le choléra moderne suffisent pour le moment.
Avant de dire mon opinion sur le choléra que je veux lui comparer,
il est opportun de corriger une irrégularité du langage médical dont
ne sont pas exempts les auteurs même les plus irréprochables sous ce
rapport.
On parle beaucoup aujourd’hui du choléra _sporadique_ et du choléra
_épidémique_. Le premier représente le choléra vulgaire ou indigène; le
second est le choléra nouveau ou cosmopolite[840].
Cette formule consacre une erreur de fait qu’il m’importe de signaler.
Il n’existe pas de choléra exclusivement sporadique. Celui qu’on
qualifie ainsi a pris, à diverses époques, la forme de maladie
populaire. Qu’il soit sporadique ou épidémique, il reste, sous ces deux
états, foncièrement identique à lui-même.
Quant au choléra qu’on prétend caractériser par son épidémicité
absolue et inaliénable, on sait aujourd’hui qu’il peut surprendre
les populations par quelques attaques éparses. Les premiers faits
de ce genre ont été méconnus ou dissimulés; on refusait de croire
au véritable choléra. Il a bien fallu se rendre lorsqu’on a vu se
produire, en dehors de toute influence épidémique apparente, des
cas isolés parfaitement dessinés, dont on ne pouvait suspecter
l’importation. On a dit alors, pour ne pas rester bouche close, que
le choléra laisse après lui, partout où il a passé, un germe qui
peut rester assoupi et se réveiller, avec toutes ses propriétés,
à la première occasion propice. Cette persistance des principes
morbides, conservant leur puissance virtuelle sans la manifester,
n’a rien de contraire à la doctrine; mais que d’obscurités encore à
dissiper! Ce qui est certain, c’est que ces cas sporadiques, éclatant
à l’improviste, sans indices avant-coureurs, ne compromettent pas
sérieusement la santé publique.
Ce n’est donc point sur la base de la sporadicité et de l’épidémicité,
qu’on peut élever la question de diagnostic différentiel dont je
poursuis l’examen. Elle ne se réduit pas, comme on va le voir, à des
termes aussi simples.
Le choléra-morbus dont il va être question, remonte dans le passé
le plus lointain. On exprime un fait irrécusable en l’appelant, par
opposition avec son homonyme, choléra _ancien_.
Au XVIe siècle (1529) régna en France et dans diverses parties de
l’Europe, une grave maladie dont Mézeray fait mention sous le nom
populaire de _Trousse-galant_, qui représentait la rapidité avec
laquelle l’homme le plus robuste était enlevé. Peut-être voulait-on
aussi faire entendre que beaucoup d’individus étaient frappés au sortir
des lieux de débauche.
Il est généralement reçu que cette maladie était le choléra-morbus
vulgaire, et j’avais jusqu’à présent accepté cette assertion sur
parole. Cependant je déclare, après avoir consulté l’historien
français, qu’on serait fort embarrassé pour donner un nom à l’affection
qu’il décrit, si l’on n’avait pas d’autre renseignement.
Pendant cinq ans, une horrible famine avait désolé l’Italie et la
France, et causé une énorme mortalité. La classe indigente avait été
réduite à faire du pain de glands et de racines de fougère. Après avoir
tracé le plus sombre tableau de ce désastre, Mézeray poursuit en ces
termes:
«De cette mauvaise nourriture, s’engendra une nouvelle maladie qui
estoit si _contagieuse_ qu’elle saisissoit incontinent quiconque
approchoit de ceux qui en estoient frappez. Elle portoit avec soy une
grosse _fièvre continue_ qui faisoit mourir son homme en peu d’heures,
d’où elle fut dite _trousse-galand_. Que si quelqu’un en échappoit,
elle lui arrachoit tous les poils et les ongles, et lui laissoit une
langoureuse foiblesse, six semaines durant, avec un si grand dégoût
de toutes sortes de viandes, qu’il ne pouvoit en avaler que par
force[841].»
Si cette maladie a été véritablement le choléra-morbus nostras,
il faut, de toute nécessité, que la famine qui l’a précédé ait
profondément modifié sa physionomie ordinaire, en lui associant
peut-être une de ces maladies typhiques qui étaient en permanence
dans les cités. L’historien ne dit pas un mot des évacuations par le
haut et par le bas, qui sont le caractère pathognomonique du choléra.
Il lui attribue une contagiosité des plus actives à laquelle cette
maladie n’a jamais prétendu. La chute des poils et des ongles ne compte
pas parmi ses effets consécutifs. On n’observe pas non plus dans la
convalescence, cette longue faiblesse et ce dégoût insurmontable. Je
sais que Mézeray n’était pas médecin, et qu’il a répété, sans critique,
bien des traditions populaires; mais il est vrai aussi qu’il nous a
laissé des images plus fidèles de certaines maladies épidémiques dont
nous lui devons le souvenir historique. Et après tout, l’exactitude du
signalement est le seul moyen que nous ayons pour vérifier la nature
des entités morbides dont il parle. Quoi qu’il en soit, on ne serait
pas plus en droit de reconnaître dans ce trousse-galant, le fléau que
la destinée réservait au XIXe siècle.
Quelques médecins ont prétendu retrouver encore le trousse-galant
dans une maladie mentionnée par Zacutus Lusitanus, sous le nom de
_colicus dolor_, _pestilens_, _contagiosus_, _lethalis_[842].
L’auteur se borne à dire que cette colique qui désolait l’Europe en
1600, emportait tous les malades en quatre jours. Il la présente comme
une de ces épidémies dont la cause est inconnue, et qui portent leur
action meurtrière sur le cœur, source de la vie, et sur les fonctions
nutritives. J’avoue qu’il m’est impossible de deviner la nature de la
maladie qui se cache sous ces vagues indications[843].
La preuve qu’il ne s’agit nullement du choléra ou trousse-galant,
c’est que Zacutus a consacré à cette affection, qu’il avait eu de
nombreuses occasions d’observer, un article qui ne laisse rien à
désirer. J’y découvre même une remarque dont je puis par avance faire
mon profit. D’après lui, cette maladie souvent très-grave (_ad mortis
fauces deducit_) l’est beaucoup moins pour les personnes qui en sont
atteintes par reprises, et qui en ont, en quelque sorte, contracté
l’habitude[844]. Ce trait ne pourrait évidemment s’appliquer au
choléra de notre siècle. J’en dirai autant des effets du traitement
dont Zacutus promet le succès, pourvu qu’on ne temporise pas. Il
cite à l’appui, le fait d’une femme qu’il arracha ainsi à une mort
imminente[845].
Le choléra-morbus a dû probablement le nom hybride qu’il porte en
nosologie, à son symptôme le plus saillant, c’est-à-dire au _flux
de bile_ rejetée simultanément par le haut et par le bas. Cette
étymologie était déjà discutée du temps de Cœlius Aurelianus (IIIe
siècle de J.-C.) «_Cholericam passionem aiunt aliqui nominatam a fluore
fellis per os atque ventrem effecto, veluti fellifluam passionem; nam_
χολην, _fel appellant_, ροιαν, _fluorem_[846].»
Pour d’autres, ce mot ne préjugeait pas la nature, mais la _couleur
bilieuse_ des matières évacuées.
Alexandre de Tralles (VIe siècle) accepte l’étymologie de Cœlius, tout
en pensant que le mot choléra pourrait bien dériver aussi du mot χολας,
employé par les anciens pour désigner l’intestin; et il cite à l’appui
un vers d’Homère[847].
Les médecins qui ont eu occasion d’observer ce choléra-morbus,
ont vérifié la remarque de Sydenham. «Il arrive presque aussi
constamment sur la fin de l’été et aux approches de l’automne, que
les hirondelles au commencement du printemps, et le coucou vers le
milieu de l’été[848].» Il éclate, en effet, à ce moment de l’année
où la température élevée du jour est remplacée par la fraîcheur des
nuits. Dans les régions tempérées comme la nôtre, il est généralement
sporadique. En 1669, il prit à Londres, sous les yeux de Sydenham, une
extension insolite. Voici la description fidèle qu’il en donne:
«Ce mal se fait aisément reconnaître par des vomissements énormes, et
par des déjections alvines d’humeurs corrompues, qui s’opèrent avec
beaucoup de peine et de difficultés. Il s’accompagne en outre des
symptômes suivants: violentes douleurs d’entrailles, gonflement et
tension du ventre, cardialgie, soif, pouls vite et fréquent, avec
chaleur et anxiété, assez souvent petit et inégal. A tout cela,
viennent s’adjoindre des nausées extrêmement pénibles, quelquefois des
sueurs colliquatives, des contractions des jambes et des bras, des
défaillances, le refroidissement des extrémités et autres symptômes
du même genre, qui terrifient les assistants, et emportent souvent le
malade, dans le court espace de vingt-quatre heures[849].»
Tel est sans méprise possible, notre choléra indigène, dont l’endémie
des Indes-Orientales n’est qu’une variété.
Les médecins, qui n’ont pas pris le temps de la réflexion, se sont
hâtés de le confondre avec la grande maladie épidémique qui venait
s’imposer à leur observation. Ce qui a contribué à les fourvoyer, c’est
que le fléau moderne est parti précisément des lieux où le choléra
indien proprement dit a fixé sa résidence. Avec un peu d’attention, on
aurait pressenti au moins, que l’endémie qui tient à des causes locales
et circonscrites, pouvait bien ne pas être la même que l’épidémie
voyageuse qui entreprenait sa course autour du monde.
Le seul choléra qui mérite le nom d’_asiatique_ est nettement signalé
dans les plus anciens livres sanscrits. Les médecins anglais, attachés
à la Compagnie des Indes, l’ont étudié et décrit depuis bien longtemps.
Ils nous le montrent, passant de son état endémique habituel, à la
forme accidentelle de maladie populaire, mais sans franchir ses
limites topographiques. Jacques Bontius, qui a publié au XVIIe siècle,
un traité _ex professo_ sur les maladies des pays chauds où il
pratiquait son art, parle comme il suit de cette endémie. J’ai traduit
littéralement ce chapitre, dont il est bon de peser les termes[850].
«Le choléra est une maladie dans laquelle _une matière bilieuse
surchargeant l’estomac et les intestins_ est rejetée simultanément par
la bouche et l’anus, d’une manière continue et en grande abondance.
Cette affection est très-aiguë et réclame un prompt remède. Sa
principale cause, _à part l’humidité et la chaleur de l’air_, est dans
_l’abus des fruits_. Outre qu’ils se gâtent promptement, ils abondent
_en sucs aqueux dont l’action trouble les fonctions de l’estomac et
provoque la formation de cette bile ærugineuse_. On pourrait croire,
non sans raison, que cette excrétion devient utile, en éliminant des
matières de mauvaise nature; mais leur évacuation est si excessive,
qu’elle épuise en peu de temps les esprits vitaux, et porte une
profonde atteinte au cœur, source de la chaleur et de la vie. D’où il
résulte que beaucoup de malades sont enlevés très-rapidement. La mort
survient souvent en vingt-quatre heures ou même moins. Entre autres
exemples, je puis citer celui de Cornélius Van Royen, économe de
l’hôpital des malades, qui tout à coup, en pleine santé, fut pris du
choléra vers six heures du soir, et expira misérablement avant minuit,
_n’ayant pas cessé d’évacuer par le haut et par le bas, avec d’atroces
douleurs d’entrailles et des mouvements convulsifs_. La violence et
la rapidité de la maladie déjouèrent tous les moyens. _Si cependant
cet état grave se prolonge au delà d’un jour, il y a grand espoir de
guérison._ Parmi les autres symptômes, je noterai la petitesse du
pouls, la gêne de la respiration, le refroidissement périphérique.
Les malades accusent une grande chaleur intérieure et une soif
ardente. L’insomnie est opiniâtre, l’agitation incessante; et si elle
s’accompagne d’une sueur froide et fétide, c’est un signe certain des
approches de la mort.
»Le premier soin du médecin doit être de calmer la surexcitation
humorale qui produit ces évacuations désordonnées. On y parvient à
l’aide de médicaments astringents et toniques...»
Bontius énumère ici quelques remèdes indigènes empiriquement employés à
Java, et appropriés en effet, au traitement de tous les flux abondants.
Mais il associe à ces prescriptions rationnelles, des agents dotés
de vertus imaginaires, tels que la _pierre de bézoard_, la _corne de
rhinocéros_, les _pierres précieuses préparées_, etc.
«Si ces moyens échouent, dit-il ensuite, il faut prescrire sans retard
l’_extrait de safran_[851], soit pour provoquer le sommeil, devenu bien
nécessaire dans un pareil état de prostration, soit pour atténuer la
surexcitation humorale et donner à la nature la force de vaincre son
ennemi. Les cholériques expirent presque toujours dans les convulsions.»
Après avoir lu cette description du choléra endémique des
Indes-Orientales, tel que l’ont vu de leur temps les médecins anglais,
on ne peut s’empêcher d’y reconnaître, sauf les nuances imputables à
certaines influences locales, le choléra observé par Hippocrate[852],
Paul d’Égine[853], Celse[854], Arétée[855], Cœlius Aurelianus[856],
Alexandre de Tralles[857], etc., etc.
Parmi les modernes, Baillou l’a parfaitement dépeint en quelques mots:
«_Cholera morbus est cum sursum deorsum magno impetu bilis fertur, ut
magna brevi tempore spirituum fiat evacuatio et dolores acerbissimi
sint; hinc mors_[858].»
J’ai dit qu’on observe cette maladie pendant la saison où les journées
chaudes et humides sont suivies de nuits humides et froides. Quand
ces alternatives se prolongent avec un certain degré d’intensité, la
constitution médicale qui se dessine, multiplie peu à peu les cas
individuels, et il en résulte bientôt une petite épidémie. Tel fut le
choléra-morbus observé à Nîmes par Lazare Rivière, pendant l’été de
1564. Malouin le vit régner à Paris, dans le mois de juillet 1751. La
ville de Lyon en souffrit pendant l’été de 1822. Nous en recueillons
annuellement des cas plus ou moins nombreux, sur notre littoral
méditerranéen, et toujours à l’époque d’élection fixée par Sydenham.
Cette maladie peut prendre un haut degré de gravité qui impose une
grande circonspection au diagnostic. Le _cholera infantilis_, si
funeste au jeune âge, était fréquent dans notre pathologie locale,
bien longtemps avant l’apparition du choléra moderne. Depuis cette
époque, on a souvent pris, à tort, ces cas de choléra nostras, pour des
attaques de la grande épidémie.
Les auteurs qui ont étudié la topographie médicale de l’Inde, y ont
constaté l’accentuation plus marquée des conditions spéciales qui
favorisent chez nous le développement du choléra. La gravité relative
de cette endémie s’explique par les mœurs et le régime des populations
indigènes, conjointement soumises à l’action de la chaleur et de
l’humidité, entrecoupée de brusques variations atmosphériques. Ces
causes, dont l’ensemble forme le caractère propre de la climatologie
de ces régions, ont un puissant auxiliaire dans l’intoxication
effluvienne des rizières et des marais.
Dans certaines circonstances, les symptômes principaux du
choléra-morbus, et notamment les déjections bilieuses, manifestent
un acte médicateur que les hommes du métier, d’accord avec les gens
du monde, considèrent comme un _bénéfice de nature_. En dehors de
ces cas qu’il faut savoir apprécier, le choléra ancien, asiatique ou
européen, serait toujours très-grave si on l’abandonnait à lui-même;
mais un traitement très-simple dissipe promptement cet effrayant
appareil de symptômes. C’est, qu’on me passe l’expression familière,
un feu de paille qu’il est facile d’éteindre. Requin souhaite comme
une bonne fortune aux débutants dans la carrière, d’être appelés pour
cette maladie qui est le triomphe de l’art, malgré ses apparences si
menaçantes[859].
Des données que j’ai réunies sur la pathogénie du choléra nostras, la
prophylaxie déduit des indications précises. Éviter les transitions
brusques de température pendant la saison d’élection; user d’un
régime sobre, suffisamment substantiel; s’abstenir des boissons
froides ou glacées, quand on est en sueur; avoir la précaution de
se couvrir la peau d’un vêtement de flanelle, pour amortir les
impressions extérieures; se tenir en garde contre toutes les causes
d’affaiblissement: tels sont les préceptes dont l’observance est la
garantie la plus sûre, pendant le règne de certaines constitutions
catastatiques.
M. le professeur Moreau, de Paris, communiqua, il y a quelques années,
à l’Académie impériale de médecine, un vieux quatrain, qu’il avait lu
dans un auteur du XVIIe siècle, et qui résumait les prescriptions
essentielles pour se préserver du choléra-morbus:
«Tiens tes pattes en chaud;
»Tiens vides tes boyaux;
»Ne vois pas Marguerite;
»Du choléra tu seras quitte[860].»
Cet échantillon de poésie populaire qui dérida un moment la grave
assemblée, renferme, comme on le voit, les conseils les plus
sages. Cela veut dire, en humble prose, qu’on doit éviter tout
refroidissement, surveiller son régime et se garder de tout excès
énervant. Mais ce n’est pas par ce côté que ces vers m’intéressent.
Il faut savoir qu’ils furent cités, pendant une séance où s’agitait
l’inépuisable question de la grande épidémie cholérique. M. Moreau
oublia un moment que la Compagnie, dont il était un des membres les
plus distingués, avait été fondée, dans l’origine, pour étudier tout
ce qui se rapporte aux épidémies, à leur histoire comparée dans leur
succession à travers les siècles, etc.[861]. Il se laissa entraîner
à dire que ce quatrain avait été fait du temps de la peste noire,
«qui n’était probablement autre que le choléra.» Cette proposition,
qui offensait également l’histoire et la nosologie, fut lancée sans
réflexion. M. Moreau était trop instruit, pour confondre, après examen,
deux époques si distantes et deux maladies aussi disparates.
Le traducteur de _Lucrèce_, M. de Pongerville, se demande si le
choléra, qui débutait alors, «envahissait nos climats pour la première
fois, ou bien, s’il fallait reconnaître dans ses effets, l’épidémie
qui désola l’Europe, au XIVe siècle, sous le nom de peste noire[862].»
Cet anachronisme, excusable sous la plume d’un membre de l’Académie
française, est plus difficile à disculper quand il vient d’un
professeur faisant partie de l’Académie de médecine.
Du reste, l’exemple avait été donné par Broussais, que ses préjugés
doctrinaux avaient brouillé avec les recherches d’érudition. «Cette
épidémie, dit-il en parlant du choléra, avait sans doute paru à
plusieurs autres époques. Il est probable que c’est cette peste
noire, qui, d’après Villani, parcourut presque tout le monde au XIVe
siècle, et enleva les deux tiers des hommes. Cette peste noire offre
effectivement les plus grands rapports avec le choléra asiatique[863].»
Le lecteur qui a bien voulu suivre la description que j’ai donnée de la
célèbre peste, sait à quoi s’en tenir sur ces prétendues similitudes.
Toujours est-il, que le moment choisi par M. Moreau pour sa lecture,
n’est pas une circonstance indifférente. Il est évident, qu’en
s’occupant du choléra régnant, on croyait avoir affaire à une reprise
du trousse-galant du XVIe siècle, opinion qu’on ne peut soutenir, quand
on a bien pesé les termes du parallèle qui va suivre.
Je placerai d’abord sous les yeux de mon lecteur, à titre de pièce
justificative, l’extrait d’une dissertation présentée le 4 janvier
1823, à la Faculté de Strasbourg, par M. le docteur Gravier, chargé en
chef du service médical à Pondichéry[864]. Ce document, qui est à mes
yeux du plus grand prix pour la question que j’étudie, avait déjà été
cité par Fodéré, l’année de sa publication, c’est-à-dire à une époque
où l’Europe ne songeait pas au choléra, et où l’auteur des _Leçons
sur les épidémies_ ne prévoyait aucune application prochaine de ces
renseignements[865].
En 1832, Broussais essaya d’en tirer parti, quand il s’évertua à
appliquer sa doctrine au choléra. M. Gravier, qui était un de ses
fervents disciples, avait pris ses conseils avant de livrer sa thèse à
l’argumentation de ses juges. Broussais était donc son collaborateur;
et il est curieux de voir, neuf ans après, par quelles subtilités il
prétend rallier les faits racontés par M. Gravier, aux principes dont
il défend l’infaillibilité[866].
L’auteur de la thèse décrit l’épidémie de choléra qu’il observa dans
l’Inde, en 1817, et qui y enleva plus de 600,000 personnes. C’est
précisément celle qui donna le signal de l’entrée en campagne du grand
fléau. Les médecins qui pratiquaient alors dans cette région, furent
complétement désorientés, à la vue d’une maladie qui ne portait plus
les traits de l’endémie traditionnelle. Ils furent surtout frappés de
ne plus trouver dans l’estomac et les intestins, les matières bilieuses
et âcres qu’ils avaient constatées jusque-là, _sans exception_, pendant
la vie, ou après la mort. M. Wise, médecin anglais du Bengale, fut le
premier à décrire la maladie nouvelle. M. Corbyn, médecin de la même
résidence, l’étudia après lui, et chercha à prouver que _ce ne pouvait
être le choléra-morbus de Sydenham_[867]. On peut dire que le corps
médical fut unanime pour refuser à la maladie son nom habituel. On n’y
vit qu’un _choléra spasmodique_, dont l’indication urgente prescrivait
de _relever par tous les moyens possibles, les puissances vitales_,
que les douleurs et les convulsions avaient rapidement anéanties. En
conséquence, le Conseil de santé de Madras fit publier une instruction,
qui commençait par ces mots, que je recommande:
«_La pratique, dans cette maladie, doit être absolument contraire à
celle suivie dans le choléra-morbus_, le but principal devant être de
ranimer les pouvoirs vitaux languissants, de rétablir la circulation,
d’empêcher l’état violent spasmodique, de rétablir l’action de
l’estomac et des intestins[868].»
Suivent les prescriptions appropriées:
«Frictionnez l’épigastre avec l’esprit de térébenthine, des
vésicatoires liquides et des esprits camphrés..... Prenez trente
grammes de laudanum dans une très-petite quantité d’esprit de menthe;
faites ensuite un opiat avec quinze grains de protochlorate de mercure.
Vous pouvez répéter les mêmes doses jusqu’à quatre fois.
»Si les symptômes s’exaspèrent, un bain chaud avec un dixième d’arack
et un large vésicatoire sur le thorax, sont indispensables.
»Si le malade est tellement affaibli, que le pouls ne soit plus
sensible au poignet, il est à propos, pour tenter de rétablir les
pouvoirs vitaux, de donner des liqueurs fortes avec du laudanum, de
l’éther, du calomelas et du chili en poudre fine[869].»
Telle fut la méthode officiellement recommandée par l’autorité
médicale. Les médecins anglais l’adoptèrent d’un commun accord, et les
_mestres_ ou médecins indiens, n’eurent rien de mieux à faire que de
suivre leur exemple.
Il ne faut pas perdre de vue que M. le docteur Gravier était imbu
des principes de la doctrine physiologique. «Il n’y a pas d’exemple,
dit-il, qu’un malade abandonné à lui-même ait guéri; mais il y a eu
beaucoup de terminaisons favorables _malgré l’influence perturbatrice
d’un traitement stimulant_[870].» Moins esclave de ses préjugés
médicaux, l’auteur n’eût pas hésité à reconnaître que les succès des
stimulants justifiaient leur emploi. Mais comme il fallait expliquer
leur efficacité irrécusable, sans faire infidélité au maître, il
l’attribue à la révulsion, c’est-à-dire, au déplacement de l’irritation
morbide provoqué par l’irritation médicamenteuse. On se rappelle que
Broussais avait imaginé cet accommodement fantastique, quand il voyait
ses prétendues phlegmasies gastro-intestinales céder aux excitants; ce
qui était un véritable non-sens dans sa doctrine, puisque l’identité
constante du mode irritant en est le dogme capital. Prétendre donc
qu’une irritation en détruit une autre en s’y ajoutant, c’est proclamer
cet étrange résultat arithmétique, qu’une addition aboutit à une
soustraction. N’était-il pas plus logique d’admettre que la nouvelle
maladie qui venait d’éclater aux Indes, n’était pas foncièrement
inflammatoire, puisqu’elle était heureusement combattue par la méthode
stimulante?
La page que je viens de détacher de la thèse de M. Gravier nous fait
assister, en quelque sorte, à la surprise des médecins anglais devant
une maladie inconnue. Au premier coup d’œil, ils s’assurent qu’elle
n’est point la vieille endémie cholérique; et ils lui opposent un
traitement nouveau, dont les cordiaux et les excitants font la base.
L’indication capitale commande de ranimer les forces qui s’éteignent;
les moyens propres à suspendre les évacuations ne viennent qu’en
sous-ordre. Les médecins de la station, premiers témoins de l’épidémie
qui allait envahir le monde, étaient d’autant mieux placés pour la
distinguer de l’endémie séculaire de l’Inde, qu’ils avaient sous leurs
yeux les deux termes de comparaison. Cette opinion si juste a été
perdue de vue quand le choléra s’est éloigné de son premier théâtre.
Les médecins européens, trompés par les apparences, crurent à un
vaste débordement du choléra-morbus, jusque-là confiné dans le delta
du Gange. On garda l’ancien nom, sans prendre le temps de vérifier
l’identité, et cette confusion a poussé de si profondes racines qu’en
protestant contre elle dans l’intérêt de la vérité, on a l’air de se
pourvoir en cassation contre un verdict rendu sans appel. Il faut
cependant être juste envers tout le monde et signaler d’heureuses
exceptions.
M. le professeur Fuster a parfaitement exposé et résolu cette question
nosologique. Le lecteur me saura gré de lui indiquer le beau chapitre
qui renferme cette argumentation décisive[871].
Le langage de Requin ne saurait être plus explicite:
«Le choléra pestilentiel, choléra épidémique proprement dit... doit
être regardé... comme une maladie essentiellement, radicalement
distincte du choléra vulgaire. Quoique sous des apparences
symptomatiques fort semblable à celui-ci, il a assurément une tout
autre nature. Comment méconnaître cela, rien qu’en considérant le
degré incomparablement plus élevé de la léthalité, rien qu’en méditant
sur le fait même de l’épidémie? Il y a là quelque cause morbifique
extraordinaire, θειον τι d’Hippocrate, je ne sais quel empoisonnement
occulte et miasmatique[872].»
Et ailleurs: «Il y a une distinction profonde, une distinction
radicale entre le choléra vulgaire et le choléra pestilentiel. Il
faut reconnaître en celui-ci une spécificité véritablement hors ligne,
en un mot, ce que je proposais dernièrement d’appeler une spécificité
pathogénique de premier ordre[873]... Dans l’Indostan même, le choléra
vu et décrit par Bontius, il y a de cela près de deux siècles,
n’était pas encore le choléra pestilentiel; ce n’était qu’un choléra
sporadique, le choléra d’Hippocrate et de Sydenham. Il apparaissait
là de temps immémorial sans doute, comme partout ailleurs; peut-être
seulement plus commun que partout ailleurs[874].»
Il est impossible de mieux dire, et d’exprimer d’un ton plus affirmatif
l’énergie d’une conviction; mais il faut reconnaître que le corps
médical de Paris s’est en général montré peu favorable à cette
interprétation.
M. le professeur Grisolle déclare «qu’il ne veut pas discuter si le
choléra est une affection nouvelle ou bien si elle remonte à une
haute antiquité,» et jusqu’à preuve contraire, il considère la grande
épidémie de ce siècle, comme une extension accidentelle de l’endémie
indienne décrite par les auteurs qui ont tracé la topographie médicale
de sa circonscription originelle. Il prend dans son sens littéral la
qualification d’_asiatique_ qui l’a accompagnée dans son voyage[875].
M. le professeur Andral est parfaitement édifié sur les différences
symptomatiques des deux choléras; mais ces différences ne lui suffisent
pas, pour en reconnaître deux espèces. Il préfère admettre, comme moyen
terme, deux variétés de la même maladie[876].
J’espère établir solidement l’opinion contraire sur l’ensemble des
données pathologiques qui se rapportent aux deux faits que je vais
comparer.
La simultanéité des vomissements et des déjections alvines est un
trait qui leur est commun, et rend parfaitement compte d’une série de
symptômes congénères.
Les crampes douloureuses des membres, l’extinction de la voix,
l’enfoncement des globes oculaires, l’amaigrissement rapide de la face,
la petitesse du pouls, la suppression de la sécrétion urinaire, sont
autant de phénomènes étrangers à la nature de l’affection initiale,
et qui tiennent uniquement à l’état convulsif des voies digestives
et à l’abondance des matières rejetées par l’estomac et l’intestin.
En médecine pratique, c’est un fait d’observation générale que la
surexcitation des premières voies provoquant des évacuations répétées
et excessives, donne naissance aux divers troubles morbides que je
viens d’énumérer. La même cause les reproduit dans les maladies
les plus disparates. On les retrouve dans l’empoisonnement par les
substances âcres, qui a pu passer pour un vrai choléra, jusqu’au moment
où la découverte de la cause toxique a redressé la méprise. Certaines
indigestions graves peuvent aussi présenter la même forme. Enfin, ce
groupe de phénomènes caractérise quelques attaques névropathiques,
notamment celles qui dépendent de l’hystérie. Cet appareil de
symptômes n’a donc, au point de vue de la pathognomonie, qu’une valeur
très-secondaire.
Ce qui constitue le caractère individuel et distinctif du choléra
moderne, c’est sa division en _deux périodes_ bien tranchées.
Voici le signalement de la première période ou période _algide_:
résolution des forces, abolition du pouls, froid visqueux cadavérique,
couleur cyanique ou bleuâtre de la face et des membres, arrêt presque
complet de la circulation générale, conversion du sang en une bouillie
noire et épaisse.
Tous ces phénomènes apparaissent dès les premières heures de
l’invasion, et trahissent l’énergie antivitale de l’impression qui
a étreint l’organisme. Les mouvements musculaires conservent toute
leur liberté. L’intelligence reste intacte; le malade assiste à son
agonie. Les traits décomposés, la face livide, l’œil terne et flétri,
la peau glacée et ridée comme celle des batraciens, la voix rauque,
d’un timbre fêlé caractéristique, l’anxiété inexprimable manifestée
par l’attitude générale du patient: telle est l’image monstrueuse
d’un cholérique pendant la période algide. Cet aspect annonce une
maladie extraordinaire, et Magendie a parfaitement rendu l’impression
générale des témoins de cet émouvant tableau, en disant qu’il présente
quelque chose de _diabolique_. Rien de semblable ne s’observe dans le
choléra-morbus ancien.
J’en dirai tout autant de la seconde période qui a reçu le nom de
période _réactive_ ou _æstueuse_, et qui est aussi l’attribut exclusif
du choléra moderne.
Lorsque le médecin appelé à traiter un choléra-morbus vulgaire, est
parvenu à suspendre les vomissements et les selles, la guérison est
complète dès ce moment. La physionomie se recompose à vue d’œil; le
pouls se relève; les crampes disparaissent; les forces opprimées se
réveillent, et le malade, tout à l’heure en proie aux symptômes les
plus alarmants, est déjà sur pied, conservant à peine un reste de
fatigue, après l’assaut qu’il vient de subir.
Il en est bien autrement du choléra nouveau. Lors même que l’issue doit
être heureuse, elle se fait bien plus attendre. Si le sujet a franchi
la période algide, la réaction qui la remplace apporte avec elle
d’autres périls, et n’atténue en rien la gravité du pronostic. Tant
qu’elle dure, on doit toujours craindre le retour constamment mortel
de l’algidité. Quelquefois cette réaction se présente avec un caractère
encourageant de régularité. Souvent elle est entrecoupée de bons et de
mauvais signes, véritable conflit entre la vie et la mort. Dans les cas
trop fréquents où elle mérite le nom de _typhoïde_, elle s’accompagne
de délire, d’agitation, en un mot, de tous les symptômes de la fièvre
ataxo-adynamique la plus grave. Des fluxions congestives menacent les
viscères des grandes cavités, et quand elles s’y portent avec violence,
la terminaison est infailliblement funeste.
Si le malade est sorti vivant de cette épreuve, l’ébranlement qu’il
a reçu a laissé une profonde empreinte. La convalescence est lente,
chanceuse. Le réservoir des forces radicales a été épuisé; il faut,
pour les restaurer, du temps et des soins assidus. Que de personnes qui
ne peuvent se rétablir complétement et restent valétudinaires!
Les phénomènes secondaires que nous allons comparer, gardent le reflet
de ces différences fondamentales.
Les gens les plus étrangers à la médecine savent que les déjections
du choléra moderne sont constituées en général, par un _liquide
blanchâtre, à odeur fade, semblable à une décoction de riz, dans
laquelle nagent quelques flocons albumineux_.
MM. les docteurs Haspel et Mortoin, témoins de l’épidémie cholérique
qui éclata à Toulon en 1849, eurent l’idée de traiter par la potasse
et la chaux, la matière des déjections rizacées. Ils en dégagèrent une
sorte d’arome ou principe odorant particulier, qu’ils n’étaient pas
éloignés de considérer comme le germe reproducteur du choléra. Je cite
en passant ce fait qui laissait pressentir la contagiosité, aujourd’hui
certaine, de ces évacuations[877].
Dans le choléra-morbus vulgaire de l’Inde ou de l’Europe, les
matières rejetées offrent une tout autre apparence. Elles sont
_odorantes_, _bilieuses_, _jaunes_ ou _verdâtres_ et _mêlées de sang_.
Leur expulsion est préparée et provoquée par de violentes douleurs
abdominales. Dans le choléra nouveau les liquides excrétés sont
rendus avec de légères tranchées, ou même sans aucune douleur, et ils
jaillissent sans efforts. On dirait une cavité trop pleine qui se vide
d’elle-même par regorgement.
Dans ce choléra, la face est _noire_ ou _bleue_, le ventre _souple_ et
_indolent_, le pouls _imperceptible_, la peau _glacée_.
Dans les autres choléras, la face est _pâle_, le ventre
_très-sensible_, le pouls _faible_, mais toujours _appréciable_, la
chaleur _âcre_ et _mordicante_.
Au point de vue de la symptomatologie posthume, les différences ne sont
pas moins saillantes des deux parts.
La mobilité des altérations organiques trouvées sur les victimes de la
grande épidémie, contraste avec la constance des lésions laissées sur
le cadavre par le choléra asiatique ou européen.
Dans la plupart des cas, en effet, l’estomac et le tube digestif sont
contractés et parsemés de traces de phlogose plus ou moins prononcées.
Le foie et les conduits biliaires participent aux mêmes désordres. La
bile dont l’hypersécrétion était si marquée, pendant la vie, teint en
vert la surface gastro-intestinale et distend fortement la vésicule du
fiel. Il n’est pas rare de découvrir çà et là, dans le foie ou sur la
muqueuse de l’estomac et de l’intestin grêle, de véritables eschares
gangréneuses.
Rapprochons maintenant les deux maladies au point de vue de leurs
causes, nous verrons surgir les mêmes divergences.
Je les résume en deux mots: notre ignorance est absolue sur l’étiologie
du choléra moderne. Nous possédons au contraire des notions
très-précises sur les conditions qui provoquent ou favorisent le
développement du choléra ancien. Quelle que soit la partie du globe où
on l’observe, c’est la chaleur de l’atmosphère entrecoupée matin et
soir, par les brises fraîches de la mer ou des grands fleuves, qui en
est la cause évidente. Dans notre région pathologique, nous vérifions,
chaque année, l’observation de Sydenham sur la préférence significative
de cette maladie pour les mois d’août et de septembre.
Arétée fixe aussi la même époque de l’année: «_Id genus_, dit-il,
_maximè æstate grassari consuevit; secundò per autumnum; minus vere;
hyberno tempore minimè_[878].»
On a vu que Bontius, énumérant les causes provocatrices de l’endémie
indienne, fait une grande part à l’action de certains aliments et
surtout des fruits qui n’ont point atteint leur maturité. Cette
observation se reproduit annuellement parmi nous. Certains fruits dont
l’usage est très-répandu sont vulgairement réputés très-malfaisants.
Les abricots et les melons jouissent à cet égard d’un fort mauvais
renom qui n’est pas tout à fait immérité. Le peuple lui-même, toujours
prêt à enfreindre la défense, recommande de s’en abstenir aux époques
où la multiplicité des vomissements, des diarrhées, des dysenteries,
semble annoncer les approches d’une épidémie cholérique. Vienne un cas
de choléra, ancien ou moderne, on se rassure en l’attribuant à un écart
gastronomique. L’attaque a toujours été précédée d’un repas imaginaire
qui a fait cruellement expier à la victime sa passion pour le melon.
Il va sans dire que le public qui n’est pas au courant de nos disputes
nosologiques, confond les deux choléras dans la proscription
d’une alimentation insalubre. Mais l’expérience prouve qu’il y a
une distinction à faire, et que l’abus des fruits verts et des
mets indigestes, est une des causes le plus directement actives du
choléra-morbus vulgaire, quand les prédispositions lui viennent en aide.
Plus on y réfléchit, et plus on s’assure qu’en dépit du préjugé
populaire, les antécédents ordinaires du choléra nostras ne sont point
ceux du choléra épidémique de ce siècle. Quand on a voulu annoncer la
venue de celui-ci, prédire sa marche, ou l’expliquer après coup, on
n’a eu que des démentis ou des mécomptes. Je fais mes réserves pour la
propagation contagieuse, sans absoudre les fausses inductions qu’on n’a
pas toujours su éviter.
On ne peut suspecter la préférence de la grande épidémie pour les pays
chauds et la période estivale. Elle s’est établie à Moscou au cœur de
l’hiver. Quand on la suit attentivement dans sa course, on voit qu’elle
dissémine indifféremment ses étapes, sans distinction de climat, de
saison, d’exposition, de circonstances topographiques. Elle a porté ses
coups en même temps sur le monde entier. Les relevés comparés du nombre
des atteintes et des morts, n’ont pas donné partout le même chiffre;
mais on doit être convaincu, après de longs débats, que l’observation
rigoureuse ne peut expliquer ces divergences par des conditions locales
déterminables. Ici encore la science est obligée de se rejeter sur les
_caprices_ du fléau.
Dans l’origine, la proximité de la mer ou des grands cours d’eau, parut
exercer une sorte d’attraction sur la maladie nouvelle. L’expérience a
bientôt fait justice de cette hypothèse.
Dans une foule de cas, cette condition réputée si puissante, n’a exercé
aucune influence sensible. On peut se passer de tout autre preuve,
quand on a vu l’imperturbable immunité de la ville de Lyon, située
précisément au confluent de deux grands fleuves, plongée une partie de
l’année dans d’épais brouillards, et renfermant notoirement, dans ses
murs, des éléments d’insalubrité très-menaçants.
Le pronostic des deux choléras est un de leurs traits différentiels les
plus frappants.
Livrés à la nature, ils sont incontestablement très-graves, et le vieux
nom de trousse-galant leur convient également; mais il faut distinguer.
Le traitement du choléra moderne est d’une impuissance proverbiale, et
les variations de l’art n’ont abouti qu’à l’anarchie la plus absolue.
J’abuserais de la patience de mon lecteur, si je renouvelais ici mes
doléances. On a compté, sauf erreur, plus de cinquante méthodes pleines
de promesses, tour à tour démenties à l’épreuve. Tout a été essayé
parce que tout avait échoué.
Plus heureuse contre le choléra vulgaire, la thérapeutique possède
l’arme qui assure sa victoire: c’est l’_opium_. Nul remède, on peut le
dire, ne mérite mieux cette qualification d’héroïque dont l’expérience
clinique n’est pas prodigue. Administré par la bouche, par le
rectum, par la voie endermique et sous toutes les formes, il remplit
directement l’indication fondamentale. Il va droit à l’affection; et
s’il ne rentre pas dans les instruments de la méthode spécifique, c’est
qu’on peut se rendre compte, par l’analyse, du mode d’action qu’il
exerce.
L’usage de l’opium contre le choléra-morbus, était expressément
recommandé par les anciens. Cœlius Aurelianus, qui prescrivait les
astringents _intus et extra_, conformément aux principes de la secte
méthodique dont il était le fervent adepte, nous apprend que les
praticiens de son temps employaient conjointement le _suc de pavot
blanc_, la _jusquiame_ et l’_opium_ en bols et en pilules[879].
Sydenham qui vantait les effets de l’anodyn avec tant de conviction,
avait le tort de temporiser, au début, en administrant les délayants.
Ses préjugés humoristes lui interdisaient d’arrêter trop tôt le
vomissement. L’expérience a surabondamment démontré qu’il faut se hâter
de donner le narcotique, sans quoi les symptômes empirent rapidement et
deviennent irrémédiables.
Joseph Quarin dont l’exemple ne manque pas d’autorité, avait compris
les dangers de la lenteur de Sydenham, contre une maladie aussi aiguë
dans sa marche. Il avait renoncé à l’emploi préalable des délayants,
et se félicitait hautement des succès nombreux qu’il avait obtenus, en
prescrivant, dès sa première visite, les préparations d’opium, à dose
rapprochée[880].
Pierre Frank, si haut placé en médecine pratique, après avoir jugé les
diverses médications vulgairement appliquées au choléra-morbus, met
au-dessus de tout, l’opium qu’il déclare, en pareil cas, un _remède
divin_. Quoi-qu’il soit d’avis de ne pas supprimer trop brusquement
les évacuations, il fait très-justement remarquer que le médecin qui
est mandé, n’arrive qu’un certain temps après l’invasion, et qu’en
conséquence l’emploi de l’opium ne doit point être différé[881].
Lind, si familier avec les maladies des pays chauds, n’avait pas
renoncé encore aux anciens errements, et commençait le traitement du
choléra-morbus en ordonnant une tisane délayante; mais, immédiatement
après quelques vomissements et quelques selles, il faisait prendre le
narcotique, combiné avec la potion de Rivière. Si la teinture
thébaïque qu’il préférait, était rejetée, il prescrivait cinq
centigrammes d’opium en pilules. Dans le cas où le remède était
encore vomi, il l’injectait dans le rectum en doublant la dose. Il
assure avoir été quelquefois obligé de mettre dans les lavements
jusqu’à quinze grammes de teinture thébaïque. Il appliquait aussi sur
l’épigastre, des topiques dont l’opium faisait partie[882].
Fodéré suivait, depuis trente-cinq ans de pratique, la méthode
de Quarin, et n’avait eu qu’à s’en louer. Vers la fin du siècle
dernier, il avait observé, dans les environs de Nice, une épidémie
de choléra-morbus qui enleva beaucoup de malades, tant qu’ils furent
traités par les délayants, les laxatifs et les clystères. Il n’y eut
plus de décès, lorsqu’on suivit le conseil qu’il donna de recourir sans
retard à l’opium. Dans le canton des Martigues, où le choléra-morbus
est commun, Fodéré avait eu aussi de nombreuses occasions de vérifier
les heureux effets de ce mode de traitement[883].
Sydenham était trop médecin pour ne pas modifier sa méthode habituelle
quand l’indication était urgente. Je lui emprunte le récit d’un
fait de sa pratique particulière, qui peut servir de modèle pour
l’administration des narcotiques dans les cas très graves de choléra
nostras:
«Vers la fin de l’été (1676), le choléra-morbus était épidémique; et
comme la chaleur extraordinaire de la saison augmentait sa violence, il
était accompagné de convulsions si terribles et si prolongées, que je
n’en avais jamais vu auparavant de semblables. Elles n’attaquaient pas
seulement le ventre, comme c’est l’ordinaire dans cette maladie, mais
encore tous les muscles du corps et principalement ceux des bras et des
jambes, en sorte que pour se soulager, le malade se jetait quelquefois
hors du lit et prenait toutes les positions. Quoique le traitement
de ce choléra-morbus ne réclamât que la méthode généralement usitée,
on était obligé de donner les narcotiques à dose plus élevée et plus
souvent réitérée que d’habitude. En voici un exemple:
»Je fus appelé pour voir un homme attaqué des symptômes atroces que je
viens de décrire. Ce malade était exténué et semblait prêt à rendre
l’âme; il avait un vomissement affreux, des convulsions horribles avec
une sueur froide, et son pouls était à peine perceptible. Je lui donnai
vingt-cinq gouttes du laudanum liquide dont j’ai autrefois indiqué
la préparation, dans une cuillerée d’eau spiritueuse de cannelle,
craignant qu’une plus grande quantité de véhicule ne fît vomir le
remède; ce qui arrive souvent dans cette maladie, par suite des efforts
incessants des patients. Après quoi, je restai une demi-heure auprès de
son lit; et voyant que la dose que j’avais administrée ne suffisait pas
encore pour arrêter le vomissement et apaiser les convulsions, je fus
obligé de répéter plusieurs fois le remède et d’en augmenter toujours
la dose, en ayant soin de laisser assez d’intervalle entre chaque
prise, pour voir ce que je pouvais attendre de la précédente, avant
d’en donner une nouvelle.
»Par ce moyen, je parvins à calmer complétement les cruels symptômes
dont il s’agit. Mais comme ils étaient prêts à revenir au moindre
mouvement que faisait le malade, je lui ordonnai très-expressément
de garder le repos le plus absolu, pendant quelques jours. En même
temps, il devait prendre, par intervalles, le médicament susdit, mais
à moindre dose, et en continuer l’usage, même après sa guérison, pour
éviter une rechute: ce qui réussit à souhait[884].»
Le traitement dont on vient de voir l’heureuse issue entre les mains de
Sydenham, ressemble-t-il à celui du choléra moderne? L’opium sous forme
de laudanum liquide en a eu tout le mérite, et son action est si sûre,
en pareil cas, que l’habile praticien se contente de proportionner
la dose du remède, à l’intensité et à la résistance des symptômes.
Est-il aujourd’hui, après tant d’épreuves démonstratives, un médecin
qui se croirait maître d’une attaque de choléra pestilentiel, après
avoir prescrit de fortes doses de cette préparation d’opium ou de
toute autre? Je sais bien que la médication anodyne a gardé sa place
dans la cure symptomatique de la terrible maladie. On en préjugeait
l’efficacité probable, d’après ses succès reconnus contre la maladie du
même nom. On se souvient que Velpeau s’en servait contre la diarrhée
prémonitoire; mais sa confiance n’allait pas au delà, et l’Académie des
sciences fut visiblement scandalisée et peut-être un peu émue, lorsque
l’éminent chirurgien fit, devant elle, l’aveu sincère de son profond
découragement. La vérité est, que l’opium ne peut revendiquer aucun
avantage contre le choléra confirmé. S’il a paru atténuer quelques
épiphénomènes, il n’a jamais ralenti sa marche fatale.
Dans le choléra nostras, l’opium répond par ses effets, aux prévisions
de l’analyse pathologique; il remplit à la fois deux indications
majeures. Il modère et suspend les évacuations par une appropriation
spéciale; il tempère en même temps l’éréthisme nerveux général et
local, qui est un des éléments dominants de la maladie.
Quel est le praticien qui, ayant vu guérir (je n’ose pas dire, ayant
guéri) un malade frappé par le choléra moderne, prétendrait en faire
honneur à l’action isolée d’un remède, à moins qu’il ne fût infatué de
quelque panacée dont il serait décidé, bon gré mal gré, à proclamer
l’infaillibilité curative? Quel contraste entre nos hésitations, nos
embarras, nos craintes, notre méfiance, notre désespoir quand nous
sommes en présence de l’inflexible maladie, et l’assurance calme et
confiante de Sydenham, attaquant de front le choléra de son temps!
Les anciens ne se laissaient pas émouvoir non plus par la gravité des
symptômes; ils comptaient sur les ressources de l’art. Encore une
preuve que leur choléra n’était pas de même nature que celui de notre
siècle.
Alexandre de Tralles sait bien que si la maladie débute avec violence,
elle compromet la vie: «_acutissima si oboritur, subito periculum
inducit_;» mais il a foi au traitement qu’il prescrit. En suivant
ces conseils, dit-il, on doit guérir sûrement: «_eo pacto, choleræ
curatione non frustraberis_[885].» Un médecin consciencieux (_eris
magnus Apollo_) oserait-il promettre en ces termes, l’heureuse solution
d’une attaque de choléra?
Je trouve enfin dans Baillou, une observation qui peut, à un autre
point de vue, confirmer la distinction nosologique dont je rassemble
les preuves.
Il s’agit d’un haut personnage qui avait essuyé _plusieurs atteintes
de choléra-morbus_ dont Baillou avait été lui-même témoin, ainsi
que quelques confrères. Ces crises étaient si violentes que sa vie
paraissait ne tenir qu’à un fil (c’est l’expression de l’auteur).
Sa face était hippocratique, ses traits décomposés, ses yeux caves.
Baillou rédige pour lui une consultation, dans laquelle il se borne à
indiquer quelques moyens prophylactiques contre le retour menaçant
de ces accidents. N’est-il pas évident qu’un choléra qui récidive,
à plusieurs reprises, chez le même sujet, avec des caractères aussi
alarmants et sans devenir mortel, ne peut être qu’un choléra vulgaire,
essentiellement différent du choléra de ce siècle[886]?
En dernière analyse, la distinction radicale de ces deux espèces
morbides est un fait irrécusable, en conformité complète avec les
principes élémentaires des classifications nosologiques. Que leur
rapprochement ait vérifié des analogies frappantes, c’est ce qui n’est
pas contestable. Il faut bien que les médecins qui les ont confondues,
aient eu au moins de leur côté, le prétexte des apparences. Mais
quand on se pique de distinguer les objets surtout par leur nature,
on doit élever, entre le choléra des temps hippocratiques et celui
de notre époque, une barrière inamovible. Ce n’est point ici une de
ces spéculations théoriques que renverse l’hypothèse du lendemain;
c’est le dernier mot de l’observation pathologique consultée sans
esprit de système. J’ai fondé ma démonstration sur la différence des
causes appréciables de ces maladies, de leurs prodromes, de leurs
principaux symptômes, de leur marche, de leur mode de propagation, de
leur léthalité, de leur traitement, de leurs lésions posthumes, de
leurs suites. Pour la nosologie, la conclusion est forcée. Quelques
similitudes se perdent au milieu de tant de divergences. Comme l’a dit
Montaigne, «la ressemblance ne fait pas tant un, que la différence fait
aultre.»
Mais si le choléra du présent n’est pas le même que celui des siècles
passés, quelle est donc cette maladie?
J’ai déjà confessé mon ignorance, et je demande la permission d’en
éviter un nouvel aveu. Le seul dédommagement qui me reste, c’est que
personne n’est, sur ce point, plus avancé que moi; et comme je n’ai pas
d’hypothèse à défendre, je suis bien à l’aise pour dire toute ma pensée.
J’entends quelques confrères qui se récrient, et m’accusent peut-être,
Dieu sait avec quelle justice, de prendre mon horizon personnel pour
les bornes de la science. Je demande à m’expliquer.
On ne peut avoir l’idée de mesurer le progrès accompli, à la multitude
de travaux sur le choléra, qui ont inondé notre littérature médicale.
Si je redisais que ce luxe apparent dissimule une déplorable indigence,
je ne serais que l’écho de l’opinion générale.
Nul doute que depuis l’apparition de la maladie nouvelle, la pathologie
n’ait eu le temps de la mieux connaître. L’observation et l’expérience
se sont prêté leurs lumières, et l’_histoire naturelle_ du fléau s’est
rapidement enrichie. Nous avons appris tout ce qu’il nous importait de
savoir sur sa symptomatologie, et nous le démêlons sans peine, sous ses
formes les plus insolites. L’anatomie pathologique n’a gardé d’autre
secret que celui d’une lésion caractéristique et constante, jusqu’à ce
jour insaisissable. La contagion, si vivement disputée, est devenue
un fait imprescriptible, dont la pratique s’est avidement emparée.
La prophylaxie doit de salutaires inspirations à la découverte de la
période prémonitoire, etc., etc.
Loin de moi la pensée de rabaisser le prix de ces conquêtes! Mais le
grand problème posé au monde médical, est-il sorti de ses ténèbres? La
nature intime de l’entité morbide, n’est-elle pas restée impénétrable?
L’analyse peut-elle se flatter d’atteindre séparément ses éléments
constitutifs, dans l’ordre de leur prédominance? Possédons-nous, après
tant de vaines assurances, un spécifique capable de la combattre en
bloc? En un mot (et c’est là qu’il faut toujours en venir) guérit-on
mieux aujourd’hui le choléra confirmé, qu’aux premiers jours de son
règne? Je m’en rapporte aux praticiens sérieux qui ne cherchent que la
vérité clinique, et qui se méfient, à bon escient, du sophisme: _post
hoc ergo propter hoc_, père de tant d’illusions, conseiller de tant de
fautes.
J’aime à reconnaître que l’hygiène, secondée par les vastes
assainissements qu’elle dirige, donne déjà plus que des promesses. Si
les dernières épidémies ont paru, à certains égards, moins cruelles, je
n’hésite pas à lui en laisser tout l’honneur. Quant à la thérapeutique,
elle n’a aucun motif de s’enorgueillir, en comparant sincèrement ses
états de services, dans les diverses campagnes qu’elle a entreprises
contre l’indomptable maladie. On sait que l’Académie des sciences
dispose, depuis quelques années, d’un prix de cent mille francs destiné
à l’auteur d’un remède efficace contre le choléra. Les prétendants
affluent; mais l’heureux lauréat se fait toujours attendre. Le hasard,
qui est le véritable inventeur des spécifiques, réserve peut-être
cette surprise à l’humanité. Espérons que la disparition de la maladie
devancera la grande découverte; cette solution serait encore la plus
sûre.
Parvenu au terme de ma tâche, je m’aperçois que le chapitre qu’on vient
de lire, me dispense de formuler une conclusion générale.
Le choléra est, dans l’ordre chronologique, le dernier représentant
des grands fléaux dont j’ai tracé la sinistre biographie. C’est une
affection nouvelle, ubiquitaire, originale, implacable. Il échappe par
tous ses côtés, aux lois de la pathologie commune, ou, pour mieux dire,
nous n’avons pu saisir le lien secret qui l’y rattache. L’actualité
donne un intérêt exceptionnel à son étude. Il est né sous nos yeux, et
nous l’avons suivi depuis lors dans sa course vagabonde à travers tous
les peuples de la terre. Il constitue une pièce de conviction unique,
qui certifie et légalise, si je puis parler ainsi, tous les documents
que j’ai exhumés des siècles antérieurs. Je tiens surtout à faire
remarquer, que son avénement a été la réhabilitation la plus manifeste
de la sage circonspection d’Hippocrate. La science actuelle qui a fait
tant de conquêtes sur le passé, s’incline encore devant un mystère qui
excède la mesure de ses pouvoirs. Aujourd’hui comme autrefois, les
hypothèses se sont succédé sans relâche. Aucune, quoi qu’on en dise,
n’a même entrevu la vérité. Pendant la peste d’Athènes, Thucydide fut
frappé de la surprise et de l’embarras des médecins en présence d’un
mal inconnu. Si cet homme illustre revenait au monde, il retrouverait
le même étonnement et la même indécision devant cette peste nouvelle.
Après plus de deux mille ans, le problème des grandes épidémies n’a
point encore été effleuré. Le modeste aveu d’Hippocrate était une
prévision du génie.
Une question d’avenir s’offre à l’esprit et je dois dire ce que j’en
pense.
Le choléra finira-t-il par se naturaliser en Europe, et comptera-t-il
désormais parmi les endémies indigènes?
Cette prédiction menaçante n’est pas, il faut bien en convenir,
absolument dépourvue de fondement. On y est amené malgré soi, quand
on observe, depuis un demi-siècle, les allées et venues du fléau,
ses retours inopinés que rien n’annonce et que rien n’explique,
ses invasions si prolongées dans certaines localités, donnant lieu
à des foyers secondaires d’une assez longue durée. La conférence
internationale de Constantinople s’en est aussi préoccupée: «N’y a-t-il
pas lieu de craindre, dit-elle, que le choléra ne vienne à s’acclimater
dans nos pays?» La réponse a été unanime: «La Commission, sans rejeter
la possibilité du fait, le regarde comme problématique[887].» Cette
opinion est sagement exprimée; mais sa forme dubitative fournit matière
à réflexion.
Pendant treize cents ans, à dater de sa mémorable irruption du VIe
siècle, la peste inguinale a élu domicile dans nos cités.
La fréquence de ses attaques éparses, leur périodicité attestée par
les contemporains, semblent incompatibles avec l’importation constante
de ses germes exotiques. Il est même une opinion très-répandue qui n’a
peut-être contre elle que son exagération; c’est que les villes d’une
autre époque, livrées sans défense à toutes les influences délétères,
constituaient des foyers permanents de peste. La dévorante maladie s’y
formait de toutes pièces, après une sorte d’incubation plus ou moins
prolongée. N’est-ce pas ainsi que les anticontagionnistes endurcis
persistent à expliquer l’explosion de l’épidémie de Marseille, en 1720?
Je n’invoque ici qu’une analogie. Avant d’admettre décidément que le
choléra a acquis son droit de cité parmi nous, j’aurais besoin d’être
éclairé sur le sens encore débattu de certaines observations. Mais
il n’en est pas moins vrai, que cette éventualité, considérée, par
quelques médecins très-compétents, comme un fait accompli, n’est pas en
désaccord avec les précédents. J’ajoute qu’elle se concilie fort bien
avec l’idée que je me suis faite des grandes épidémies en général, et
de l’épidémie cholérique en particulier.
Éloignons les tristes pressentiments, pour entrevoir une perspective
plus rassurante.
Si l’on en juge par la dernière épidémie dont nous sommes à peine
délivrés, on est tenté de croire que le choléra prélude à sa
disparition par une atténuation graduelle de ses ravages. Il a frappé
moins de victimes, et la préservation inespérée de plusieurs contrées
qu’il menaçait de près, accuse une propagation moins active. La
proportion plus rare des cas foudroyants a été aussi remarquée. En
somme, on croit avoir constaté une amélioration sensible. On m’opposera
sans doute quelques invasions locales qui nous ont reportés aux plus
mauvais jours. Certaines statistiques ont vérifié aussi la persistance
du nombre habituel des décès, eu égard au chiffre total des atteintes.
Le fait général d’une sorte de décroissance n’en subsiste pas moins,
et on peut l’accepter, à condition de n’en point exagérer la valeur
actuelle.
La progression sera-t-elle continue, ou doit-elle rétrograder? Le
temps seul peut nous l’apprendre. Nous savons par expérience qu’il est
prudent, en matière d’épidémies, de ne pas anticiper sur ses décisions.
Mais sans oublier la réserve commandée par l’observation, on peut
exprimer une conjecture, que justifient d’avance les antécédents
inscrits aux annales des grands fléaux populaires.
Nous savons que leur règne, quelle qu’en soit la longue durée, n’est
que temporaire. Le moment venu, ils rentrent dans l’ombre d’où ils
étaient sortis à l’improviste, et la cause de leur éclipse définitive
est aussi insaisissable que celle de leur apparition première. Rien
n’indique que le choléra doive échapper à la loi commune.
Le jour viendra donc, et puisse-t-il être prochain, où la grande
épidémie nouvelle, dont le XIXe siècle était fatalement prédestiné à
faire l’épreuve, abandonnera la scène médicale, et se retirera dans le
groupe historique des maladies éteintes.
NOTES:
[820] Voyez pour plus de détails, Briquet, _Rapport sur les
épidémies du choléra-morbus, qui ont régné de 1817 à 1850_
(_Mémoires de l’Académie de médecine._ Paris, 1867-68, tome
XXVIII, p. 55).--Fauvel, _le Choléra, origine, endémicité,
transmissibilité, etc. Exposé des travaux de la conférence
sanitaire de Constantinople_. Paris, 1868, in-8, avec une carte.
[821] Magendie, _Leçons sur le Choléra-morbus_. Paris, 1832.
[822] Delpech, _Étude du choléra-morbus en Angleterre et en
Écosse pendant 1832_. Paris, 1832.
[823] Marchal, _Lettres et propositions sur le choléra_. 1866, 4e
lettre.
[824] Leroy, _Mém. sur les fièvres aiguës_.
[825] Marchal, _Ouv. cit._, p. 455, XXVII.
[826] Marchal, _Ouv. cit._, p. 64.
[827] Malebranche, XIe _Entretien sur la métaphysique_.
[828] Max. Simon, _De la préservation du choléra épidémique et
d’une hygiène spéciale, applicable au traitement de la maladie
réalisée_. Paris, 1865.
[829] Fonssagrives, _Bulletin général de thérapeutique_, t. LXX,
p. 35. 1866.
[830] Ch. Anglada, _Traité de la Contagion_, t. II, ch. 3, p.
99-150.
[831] Voy. A. Fauvel, _le Choléra, étiologie et prophylaxie...
exposé des travaux de la conférence sanitaire internationale de
Constantinople....._ Paris, 1868.
[832] Joannis Varandæi _Opera omnia, Patholog. universalis_ pars
II, cap. XIV, p. CXXXIX. Lugduni MDCLVIII.
[833] Bally, _Études sur la choladrée lymphatique_. Paris, 1833.
[834] Jules Guérin, _Bull. de l’Académie de médecine_. Paris,
1865-66, tome XXXI, p. 11.
[835] _Rapport sur la marche et les effets du choléra-morbus dans
Paris._ Année 1832. Paris, MDCCCXXXIV.
[836] Double, _Rapp. sur le choléra-morbus épid._, p. 147.
MDCCCXXXI.
[837] Voici, à ce propos, ce que dit Broussais, donnant les
résultats d’un certain nombre de nécroscopies rédigées sous ses
yeux: «Ayant examiné douze ou quinze fois le plexus solaire, et
ne l’ayant trouvé que deux fois un peu injecté, et une seule
fois un peu ramolli, sans que ces lésions se rapportassent à des
symptômes spéciaux, j’ai cessé cette recherche, qui, continuée
par d’autres, n’a pas donné des résultats différents.» (_Le
choléra-morbus épid._, etc., p. 97. 1832.)
[838] Voyez Griesinger, _Traité des maladies infectieuses_, trad.
par G. Lemattre. Paris, 1868.
[839] Broussais, _le Choléra-morbus épidémique_, etc., p. 50
(_passim_).
[840] _Dict. de médecine_, 12e édition, par Littré et Robin, art.
CHOLÉRA.
[841] Mézeray, _Hist. de France_, t. II, p. 966.
[842] Voy. le _Compendium de méd._, au mot _choléra_.
[843] Zacutus Lusitanus, _Praxeos med. admir._, lib. II, obs.
XXIII. Lugduni, 1643.
[844] Zacuti Lusitani _Operum tomus secundus_, p. 622, _numerus_
VII, _De cholera_.
[845] Zacutus, Ibid., _Praxeos med. admir._, lib. II, observ.
XVI. _Choleræ sævissimæ curatio._
[846] Cœlius Aurelianus, _De morbis acutis et chronicis_, lib.
III, cap. XIX.
[847] _Medicæ artis principes_, t. I, p. 236.--Alexandri
Tralliani _De arte med._, lib. secundus, cap. XIII, _de cholera_.
[848] Thomæ Sydenham _Opera medica_, t. I, sect. quarta, cap. II.
[849] Sydenham, _Op. cit._, t. I, sect. IV, cap. II.
[850] Bontii _de medicina Indorum_, lib. IV, _de cholera_, cap.
VI, p. 136. Lugduni Batavorum. 1642.
[851] La préparation officinale que Bontius prescrit sous le nom
d’_extrait de safran_ (_extractum croci_) a pour base l’_opium_
(_opium electissimum_). L’auteur en donne la formule à la page
131.
[852] Hippocrate, edit. Foës, _de morbis vulgaribus_, lib.
VII, sect. VII, p. 1106.--_Choleræ origo et causa._--_De
affectionibus_ lib., sect. V, p. 587.--_Choleræ curatio._
Francofurti. MDXCVI.
[853] Pauli Æginetæ _de re medica_, cap. XXXIX, _de cholera_, in
_medicæ artis principes_ (t. I, p. 458. MDLXVIII).
[854] Celsi _de medicina_, lib. IV, cap. XI.
[855] Aretæi Cappadocis medici _de causis et signis acutorum
morborum_, cap. V, _de cholera_, in _med. art. principes_, t. I,
p. 11.
[856] Cœlii Aureliani _de morbis acutis et chronicis_, lib. III,
cap. XIX, p. 253, _de cholericis_.
[857] Alexandri Tralliani _De arte medica_, lib. secundus, cap.
XIV, _de cholera_, in _med. art. princip._, t. I, p. 236.
[858] Ballonii _opera omnia med._, t. II, consilium LV, p. 252.
[859] Requin, _Pathol. méd._, t. II, p. 568.
[860] Moreau, _Gaz. méd. de Paris_, t. IV, 3e _série_, p. 213.
[861] _Ordonnance du roi. Arrêtés et règlement pour l’Acad. roy.
de médecine. Art. 2._ 1820.
[862] Lucrèce, _De la nature des choses_. Trad. par Pongerville,
_Note 43 du livre sixième_. 1845.
[863] Broussais, _le Choléra-morbus épidémique_, p. 2. 1832.
[864] Victor Gravier (de Marseille), _Dissertation sur le
choléra-morbus de l’Inde, 30e vol. de la collect. des Thèses de
Strasbourg_. Première partie. 1823.
[865] Fodéré, _Leç. sur les épidémies_, t. II, p. 394. 1823.
[866] Broussais, _le Choléra-morbus épidémique_, etc. 1832
(_passim_).
[867] Gravier, _Thèse citée_, p. 8.
[868] Gravier, _Th. cit._, p. 16.
[869] Gravier, _Th. cit._, p. 17.
[870] Gravier, _Th. cit._, p. 19.
[871] Fuster, _des Maladies de la France_, etc., _Appendice_, p.
276. 1840.
[872] Requin, _Path. médicale_, t. II, p. 565.
[873] Requin, _de la spécificité dans les maladies_, Thèse de
concours. Art. V, prop. I. 1851.
[874] Requin, _Pathol. méd._, t. III, p. 495-496.
[875] Grisolle, _Traité de pathol. interne_, t. I, p. 708. 1852.
[876] Andral, _Cours de pathologie interne_, rédigé par Am.
Latour, t. I, p. 120. 1836.
[877] Cette observation est extraite d’un mémoire manuscrit
présenté par les auteurs que j’ai nommés, à la section médicale
de l’Académie des sciences et lettres de Montpellier.
[878] Aretæi Cappadocis medici _de causis et signis acutorum
morborum_, cap. V.
[879] Cœlius Aurelianus, _De morbis acutis et chronicis_, lib.
III, cap. XIX.
[880] Josephi Quarin _animadversiones practicæ in diversos
morbos_, cap. X, p. 205. Viennæ, 1786.
[881] P. Frank, _Traité de médecine pratique_, t. III, p. 469.
1820. Trad.
[882] Lind, _Essai sur les maladies des Européens dans les pays
chauds_, trad. par Thion de la Chaume. T. II, p. 48. Paris, 1785.
Voyez Dutroulau, _Traité des maladies des Européens dans les pays
chauds_, 2e édition. Paris, 1868.
[883] Fodéré, _Leçons sur les épidémies_, t. II, p. 426.
[884] Thomæ Sydenham _Opera med._ T. I, p. 184. _Epistola_
Roberto Brady.
[885] Alexandri Tralliani _de arte med._, lib. secundus, cap.
XIIII, _de cholera_.
[886] Ballonii _Op. omnia medica_, t. III, consilium LXV.
[887] Voy. Fauvel, _Ouv. cité_, p. 134.
ERRATA
Page 88, note 95, _au lieu de_: Thucydide, _lisez_: de Pongerville.
Page 125, ligne 8, _au lieu de_: manière irritante, _lisez_: matière
irritante.
Ibid., ligne 19, _au lieu de_: érésipèle, _lisez_: érysipèle.
Page 340, note 455, ligne 1re, _au lieu de_: præfocante puero,
_lisez_: pueros.
Page 474, note 637, _au lieu de_: p. 11, _lisez_: p. XI.
Page 503, note 679, ligne 1re, _au lieu de_: de abitis,
_lisez_: de abditis.
Page 508, ligne 24, _au lieu de_: séparaton, _lisez_: séparation.
Page 576, ligne 31, _au lieu de_: hanc amen ipsam, _lisez_:
hanc tamen ipsam.
FIN
TABLE DES MATIÈRES
DÉDICACE. V
PRÉFACE. VII
INTRODUCTION. 1
CHAPITRE Ier.--De la grande épidémie du Ve siècle avant
l’ère chrétienne (peste d’Athènes). 51
---- II.--De la grande épidémie du IIe siècle de l’ère
chrétienne (peste Antonine). 113
---- III.--De la grande épidémie du IIIe siècle après
Jésus-Christ (peste sous Gallus). 140
---- IV.--De la grande épidémie du VIe siècle (peste
inguinale). 158
---- V.--Des épidémies de fièvres éruptives nouvelles
apparues au VIe siècle de l’ère chrétienne. 215
SECTION Ire.--De la variole considérée comme
maladie nouvelle. 218
---- II.--De la rougeole considérée comme
maladie nouvelle. 278
---- III.--De la scarlatine considérée comme
maladie nouvelle. 304
---- VI.--De la grande épidémie gangréneuse du moyen
âge (mal des ardents, feu Saint-Antoine). 351
---- VII.--De la grande épidémie du XIVe siècle (peste
noire). 395
---- VIII.--De la grande épidémie du XVe siècle (suette
anglaise). 449
---- IX.--De la grande épidémie syphilitique du
XVe siècle. 535
---- X.--De la grande épidémie cholérique du
XIXe siècle. 591
FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES
IMPRIMERIE L. TOINON ET Ce, A SAINT-GERMAIN.
J.-B. BAILLIÈRE ET FILS,
LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MÉDECINE,
Rue Hautefeuille, 19, à Paris.
=LONDRES=, | =MADRID=, | =NEW-YORK=,
HIPPOLYTE BAILLIÈRE. | C. BAILLY-BAILLIÈRE. | BAILLIÈRE BROTHERS.
Leipzig, E. Jung-Treuttel, Querstrasse, 10.
=Janvier 1869.=
ŒUVRES COMPLÈTES
D’HIPPOCRATE
TRADUCTION NOUVELLE AVEC LE TEXTE EN REGARD
COLLATIONNÉ SUR LES MANUSCRITS ET TOUTES LES ÉDITIONS
=ACCOMPAGNÉE D’UNE INTRODUCTION=
de Commentaires médicaux, de Variantes et de Notes philologiques
SUIVIE
D’UNE TABLE GÉNÉRALE DES MATIÈRES
=PAR É. LITTRÉ=
Membre de l’Institut (Académie des inscriptions et
belles-lettres), de l’Académie impériale de médecine, de la
Société de biologie de Paris, et de la Société d’histoire
naturelle de Halle.
=OUVRAGE COMPLET=, 10 forts volumes in-8º.--100 fr.
En publiant cet ouvrage, M. LITTRÉ a eu pour but de mettre les œuvres
hippocratiques complétement à la portée des médecins de notre temps;
il a voulu qu’elles pussent être lues et comprises comme un livre
contemporain. Deux difficultés principales s’y opposaient: la première
gisait dans des théories antiques qui, depuis longtemps, ont cessé
d’être familières aux esprits, et dont l’intelligence est nécessaire
pour l’interprétation d’une foule de passages; la seconde était dans
l’emploi d’une ancienne langue médicale où les mots ont quelquefois
une acception mal déterminée, et quelquefois aussi une acception
trompeuse, attendu qu’ils ont changé de signification en passant dans
le langage moderne. Pour remédier à ces difficultés, en tête de chaque
traité, M. Littré a exposé dans un _Argument_ ce qui est nécessaire à
l’intelligence de ce traité; puis il a précisé, autant que la nature
des choses le permettait, le langage antique, et, à cet effet, il a
souvent essayé un diagnostic rétrospectif qui n’est pas entouré de
moindres obscurités que le diagnostic au lit du malade. Ceci dit, nous
croyons que la meilleure et la plus simple manière de faire connaître
un ouvrage est d’exposer ce qu’il contient.
Le _tome Ier_ est consacré presque entièrement à une _Introduction_
(pages 1-478). Là sont traitées les questions préliminaires dont la
solution importe à l’intelligence des livres hippocratiques. Le volume
est terminé par le traité _De_ l’_Ancienne médecine_, ouvrage important
de philosophie scientifique, et où la collation des manuscrits a
permis de combler une lacune considérable et de rétablir une mention
d’Empédocle.
Le _tome II_ renferme le traité _Des Airs, des Eaux et des Lieux_, le
_Pronostic_, le livre _Du Régime des maladies aiguës_, et le premier
livre _Des Épidémies_. La polémique d’Hippocrate contre les médecins
de Cnide est trop importante pour n’être pas appréciée: l’école de
Cos note surtout les symptômes généraux, l’école de Cnide surtout
les symptômes particuliers; la première a pour doctrine une sorte de
physiologie pathologique, la seconde est essentiellement descriptive.
Voilà pour le système d’Hippocrate; voici pour un point considérable
de sa médecine, la Pyrétologie. Les pays chauds sont affectés
endémiquement de fièvres intermittentes, rémittentes et continues,
marquées d’un caractère à peu près étranger aux régions tempérées non
marécageuses. M. Littré a montré, dans un _Argument_, que les fièvres
décrites par Hippocrate y devaient être rapportées. Cette remarque a
jeté un jour tout nouveau sur la pyrétologie du vieux médecin grec,
et donne un élément de plus à l’étude des maladies suivant leur
distribution géographique.
Dans le _tome III_ sont le troisième livre des _Épidémies_, le traité
_Des Plaies de tête_, le livre _De l’Officine du médecin_ et celui _Des
Fractures_, un des traités les plus importants, le moins connu, qui par
une révision des textes et une savante interprétation, en fait un livre
que tous les chirurgiens doivent consulter. M. Littré, recherchant
si Hippocrate avait connu la peste à bubons, a établi, à l’aide de
textes irréfragables, que cette maladie, regardée jusqu’à présent
comme récente, comparativement et comme datant du VIe siècle de l’ère
chrétienne, devait être reportée plus haut et qu’elle avait sévi d’une
manière épidémique dans le premier siècle au moins de cette ère et sans
doute beaucoup plus tôt.
Le _tome IV_ comprend le traité _Des Articulations_, le _Mochlique_,
les _Aphorismes_, le _Serment_ et la _Loi_. De nombreuses corrections
dans le texte ont rendu très-facile à lire le grand et important traité
_Des Articulations_. M. Littré a terminé le volume par des _Remarques
rétrospectives_; là, il classe les livres qu’il regarde comme étant
d’Hippocrate lui-même, suivant les objets qui y sont traités; là,
enfin, sont appréciées les connaissances physiologiques d’Hippocrate,
sa doctrine de la crase et la tentative de physiologie pathologique
qu’il a faite dans le _Pronostic_.
Dans le _tome V_ se trouvent les IIe, IVe, Ve, VIe et VIIe livres _Des
Épidémies_, le traité _Des Humeurs_, le premier livre du _Prorrhétique_
et les _Prénotions de Cos_. Ces cinq livres _Des Épidémies_ donnent
lieu à des études sur la pratique, la clientèle et le mode de
travailler des médecins hippocratiques: ils donnent lieu aussi à un
essai sur le caractère de plusieurs des grandes épidémies qui ont
affligé l’antiquité.
Le _tome VI_ renferme un grand nombre de traités relatifs à des
objets différents: le traité _De l’Art_, destiné à combattre ceux qui
prétendent que la médecine n’existe pas; _De la Nature de l’homme_;
_Du Régime salutaire_, qui donne des préceptes hygiéniques; _Des
Vents_, qui attribue toutes les maladies à une cause unique (le vent ou
_pneuma_); _De l’Usage des liquides_; le livre premier _Des Maladies_,
ouvrage dont le but est de donner au médecin des idées générales sur
les nécessités pathologiques qui font qu’une maladie a telle ou telle
issue, et sur les conditions que le médecin doit remplir pour exercer
habilement; les livres _Des Affections_; _Des Lieux dans l’homme_,
qui renferme une proposition dont l’homœopathie s’est emparée; _De la
Maladie sacrée_, remarquable surtout par deux points de doctrine: le
premier, c’est que toutes les maladies sont de cause naturelle; le
second, c’est que toute fonction intellectuelle et morale appartient
au cerveau; _Des Plaies_; _Des Hémorrhoïdes et des Fistules_, traités
où il est parlé du spéculum de l’anus et de la membrane tapissant les
trajets fistuleux; enfin le grand traité _Du Régime et des Songes_.
_Tome VII._ Des Maladies, livres II, III (162 pages).--Des Affections
internes (140 pages).--De la nature de la Femme (50 pages).--Du Fœtus à
sept, huit et neuf mois, de la Génération, de la nature de l’Enfant (80
pages).--Des Maladies, livre IV (70 pages), etc.
_Tome VIII._ Maladies des Femmes, des Femmes stériles, des Jeunes
Filles, de la Superfétation, de l’Anatomie, de la Dentition, des
Glandes, des Chairs, des Semaines, etc.
TOME IX. Prorrhétique.--Du Cœur.--De l’Aliment.--De la Vision.--De la
nature des Os.--Du Médecin.--De la Bienséance.--Préceptes.--Des Crises,
Jours critiques, Décrets, Harangues, Lettres et Discours.--Appendice.
_Tome X et dernier._ Dernières remarques.--Table générale alphabétique,
travail considérable de 400 pages, complément indispensable dans une
collection qui comprend, comme les Œuvres d’Hippocrate, 70 traités sur
des sujets variés.
Les Œuvres complètes d’Hippocrate forment dix forts volumes in-8
de 700 pages chacun. Prix de chaque volume 10 fr.
Il a été tiré quelques exemplaires sur grand papier jésus vélin.
Prix de chaque volume 20 fr.
_On peut encore souscrire en retirant un volume à la fois._
=Envoi FRANCO, par la poste, contre un Mandat.=
=HISTOIRE DE LA MÉDECINE GRECQUE DEPUIS ESCULAPE=, jusqu’à
Hippocrate exclusivement, par le docteur M. S. HOUDART. Paris,
1856, in-8 de 320 pages (6 fr.). 3 fr.
=ÉTUDES HISTORIQUES ET CRITIQUES= sur la vie et la doctrine
d’Hippocrate et sur l’état de la médecine avant lui, par le
docteur HOUDART, membre correspondant de l’Académie de médecine;
2e _édition augmentée_. Paris, 1840, in-8. 4 fr. 50
MOSCHIONIS. =DE MULIERUM PASSIONIBUS.= Libri græce et latine
edente, F. DEWETZ. Viennæ, 1793, in-8. 3 fr.
ALBUCASIS. =DE CHIRURGIA=, arabice et latine cura J. CHANNING,
Oxonii. 1778, 2 vol. in-4 avec figures. 50 fr.
=LA CHIRURGIE D’ALBUCASIS=, traduite par le docteur Lucien
LECLERC, médecin major, précédée d’une introduction. Paris, 1861,
in-8, 342 pages avec pl. 6 fr.
=LA MÉDECINE DU PROPHÈTE=, traduit de l’arabe par PERRON, ancien
directeur de l’école de médecine du Caire, directeur du collége
français arabe à Alger, etc. 1860. In-8 de 228 pages. 4 fr.
=LA MÉDECINE A TRAVERS LES SIÈCLES.= Histoire et philosophie,
par J. M. GUARDIA, docteur en médecine et docteur ès lettres,
bibliothécaire adjoint de l’Académie de médecine. 1 vol. in-8 de
800 pages. 10 fr.
_Table des matières_: HISTOIRE. La tradition médicale. La médecine
grecque avant Hippocrate. La légende hippocratique. Classification
des écrits hippocratiques. Documents pour servir à l’histoire de
l’art.--PHILOSOPHIE. Questions de philosophie médicale. Nos philosophes
naturalistes. Sciences anthropologiques. Buffon. La philosophie
positive et ses représentants. La métaphysique médicale. Asclépiade,
fondateur du méthodisme. Esquisse des progrès de la physiologie
cérébrale. De l’enseignement de l’anatomie générale. La méthode
expérimentale et la physiologie. Les vivisections à l’Académie de
médecine. Les misères des animaux. Abus de la méthode expérimentale.
Philosophie sociale.
ŒUVRES
ANATOMIQUES, PHYSIOLOGIQUES ET MÉDICALES
DE GALIEN
Traduites sur les textes imprimés et manuscrits
ACCOMPAGNÉES DE SOMMAIRES, DE NOTES, DE PLANCHES, ETC.
=Par le Dr Ch. DAREMBERG=
Bibliothécaire de la bibliothèque Mazarine,
Bibliothécaire honoraire de l’Académie de médecine, etc.
Déjà M. Littré a fait revivre Hippocrate: le prenant pour guide,
M. Daremberg a fait revivre Galien, le plus illustre médecin de
l’antiquité après Hippocrate.
Galien était un grand anatomiste; il suffit, pour s’en convaincre,
de suivre ses descriptions sur la nature dans le livre _De l’Utilité
des parties_;--c’était un habile physiologiste, ses ingénieuses
expériences sur les systèmes nerveux et sanguins en sont un irrécusable
témoignage;--c’était un pathologiste éminent, son beau traité _Des
Lieux affectés_ ne laisse aucun doute à cet égard.
Le traité de l’_Utilité des parties du corps_, dont on ne paraît
pas avoir compris le vrai caractère, se résume dans cette sentence
d’Aristote: _Que la nature ne fait rien en vain_. Aussi Galien, loin
d’y traiter les questions de physiologie proprement dite, ne s’y occupe
qu’à découvrir et à démontrer que les parties ne pouvaient être mieux
disposées qu’elles ne le sont, et qu’elles sont parfaitement adaptées
aux fonctions qu’elles ont à remplir.--Une conception hardie, et
jusqu’à un certain point nouvelle, de la parfaite harmonie entre les
diverses parties du corps, est une des qualités qui distinguent cet
ouvrage.
Dans le _Traité des Lieux affectés_, Galien a devancé l’école moderne,
en démontrant, par la théorie et par les faits, combien il importe
d’abord à la connaissance des maladies, puis à la thérapeutique, de
savoir exactement le siége du mal, en d’autres termes, d’arriver au
diagnostic local. Cet admirable ouvrage, l’un des plus beaux titres de
gloire de Galien, est pour la première fois traduit en français, il
figure tout entier dans le second volume.
Les traités _Des Facultés naturelles_, _Du Mouvement des muscles_, _Des
Sectes, aux étudiants_, _De la meilleure Secte à Thrasybule_, nous
présentent une idée à peu près complète de la physiologie théorique et
expérimentale de Galien.
Le traité _De la Méthode Thérapeutique à Glaucon_ donnera une idée
de la manière dont il concevait et exposait les généralités sur la
médecine.
Les _Œuvres de Galien_ forment 2 forts volumes grand in-8 de 700 pages.
Prix de chaque, 10 francs.
=Envoi FRANCO, par la poste, contre un Mandat.=
ŒUVRES
D’ORIBASE
TEXTE GREC, EN GRANDE PARTIE INÉDIT
COLLATIONNÉ SUR LES MANUSCRITS
Traduit pour la première fois en français, avec une Introduction,
des Notes, des Tables et des Planches,
PAR LES DOCTEURS
=BUSSEMAKER ET DAREMBERG.=
6 forts vol. in-8, gr. papier, imprimé à l’Imprimerie impériale.
=Les tomes I à IV, chacun de 750 pages, sont en vente.--Prix du
vol.: 12 fr.=
Les amis des lettres et de la médecine ancienne applaudiront à la
publication des Œuvres complètes d’Oribase; c’est pour la première fois
qu’elles ont été réunies avec de notables augmentations.--Une partie
seulement de la _Collection médicale_, véritable _encyclopédie_ de la
médecine ancienne, avait été publiée en grec. Le _Synopsis_ en neuf
livres, et le traité _Ad Eunapium_ en quatre livres, n’ont jamais été
publiés qu’en latin.
Pour entreprendre un travail de cette importance, il fallait les
longues études, les laborieuses recherches et le dévouement de
MM. Daremberg et Bussemaker; il fallait, de plus, les heureuses
circonstances où s’est trouvé M. Daremberg, qui a été chargé par le
ministre de l’instruction publique de quatre missions littéraires dans
les principales bibliothèques d’Allemagne, de Belgique, d’Angleterre et
d’Italie, pour y recueillir de nombreux matériaux.
On sait qu’un des grands mérites des Œuvres d’Oribase est d’être
formées d’extraits textuels de médecins et de chirurgiens anciens, dont
plusieurs nous seraient à peu près inconnus, si ces précieux fragments
n’avaient été sauvés par le médecin et l’ami de l’empereur Julien.
Les livres Chirurgicaux d’Oribase ont un intérêt tout particulier:
cependant ils sont peu connus: cela tient à ce que les uns ne sont
publiés qu’en grec, et que pour les autres la traduction latine est
souvent aussi difficile à entendre que le texte.
Les livres publiés par Cocchi et par le cardinal Ang. Mai ont été revus
sur les manuscrits de Florence et du Vatican par MM. Bussemaker et
Daremberg.
Les fragments retrouvés par M. Bussemaker, trois livres de la
_Collection médicale_ entièrement inconnus et découverts par Dietz et
par M. Daremberg, ajoutent un nouveau prix aux œuvres d’Oribase.
Les quatre volumes publiés comprennent:
Tome Ier. Plan de la collection des médecins grecs.--Les rapports
de l’Académie des inscriptions et belles-lettres et de l’Académie
impériale de médecine.--Collection médicale, livres comprenant
les aliments, les boissons, les exercices (avec des notes sur la
Gymnastique chez les anciens).
Tome IIe. Collection médicale, livres comprenant les émissions
sanguines, les évacuations; de l’air et des localités; des médicaments
externes; des bains; médication topique; médicaments simples,
médicaments composés (avec des notes importantes).
Tome IIIe. Physiologie et Pathologie générales, physiologie de
la Génération; hygiène, pathologie et symptomatologie générales;
Splanchnologie; Nomenclature, os, muscles, nerfs, vaisseaux; Tumeurs
contre nature (abcès, sinus, vésicules, fistules, gangrène, etc.,
du sphacèle, de l’érysipèle, des squirrhes, de l’herpès, de la
phagédéenne, de l’œdème, des furoncles, etc.).
Tome IVe. Comprenant: des Tumeurs enkystées; des contractures de la
langue; des varices, des scrofules, de l’emphysème, de l’anévrysme,
du traitement de l’éléphantiasis, des dépôts, des fractures, des
luxations, du déplacement des os du pied, des lacs, des bandages et des
machines, du plinthium de Nilée, du glossocome de Nymphadore, machine
de l’artisan, du ban d’Hippocrate, de l’hypospadias, de la hernie, des
ulcères, etc.
ENVOI FRANCO CONTRE UN MANDAT SUR LA POSTE
=PUBLICATIONS DE J.-B. BAILLIÈRE et FILS.=
=HISTOIRE GÉNÉRALE DES SCIENCES MÉDICALES.= Résumé du cours
fait au Collége de France par M. Ch. DAREMBERG, chargé du cours
d’histoire de la médecine au Collége de France, membre de
l’Académie de médecine. Paris, 1869, 1 vol. in-8 de 750 pages.
=RECHERCHES SUR L’ÉTAT DE LA MÉDECINE DURANT LA PÉRIODE
PRIMITIVE= de l’histoire des Indous, par le docteur Ch.
DAREMBERG, professeur chargé du cours d’histoire de la médecine
au Collége de France, bibliothécaire de la Bibliothèque Mazarine.
Paris, 1867, in-8 de 24 pages. 1 fr. 25
=NOTICES ET EXTRAITS DES MANUSCRITS MÉDICAUX GRECS, LATINS ET
FRANÇAIS=, des principales bibliothèques d’Europe, 1re partie,
BIBLIOTHÈQUES D’ANGLETERRE, par le docteur Ch. DAREMBERG. Paris,
1853, in-8. 7 fr.
=GLOSULÆ QUATUOR MAGISTRORUM SUPER CHIRURGIAM ROGERII ET
ROLANDI=, publiées pour la première fois par le docteur Ch.
DAREMBERG. _Napoli_, 1854, in-8 de LXIV--228 pages. 4 fr. 50
=DE SECRETIS MULIERUM=, De chirurgia, de modo medendi, libri
septem. Poema medicum; nunc primum ad fidem codicis Mazarinæi,
edidit C. DAREMBERG. _Napoli_, 1854, in-8 de 178 pages. 3 fr. 50
=HISTOIRE DE LA MÉDECINE= depuis son origine jusqu’au XIXe
siècle, Paris, 1846, 2 vol. in-8.--LETTRES PHILOSOPHIQUES ET
HISTORIQUES SUR LA MÉDECINE AU XIXe SIÈCLE, par le docteur
P.-V. RENOUARD. Troisième édition, corrigée et considérablement
augmentée. Paris, 1861. In-8 de 240 pages. 15 fr. 50
--Séparément, _Lettres philosophiques et historiques_. 3e
édition. 1861, in-8. 3 fr. 50
Ces lettres traitent: I. La médecine jugée par les médecins.--II.
Est-il, en médecine, un moyen de discerner le vrai du faux, le
certain de l’hypothèse?--III. Des causes qui engagèrent les
médecins à quitter la voie primitive de l’observation pure.--IV. La
physiologie pathologique peut-elle être, oui ou non, en totalité ou en
partie, le fondement direct et immédiat de la thérapeutique?--V. De
l’éclectisme en médecine.--VI. De l’homœopathie.--VII. Des méthodes
thérapeutiques.--VIII. Réponse à quelques objections concernant la
doctrine empiri-methodique.--IX. Du rang que la médecine doit occuper
dans un système général des connaissances humaines, et du degré de
certitude qu’elle peut atteindre.--X. Les doctrines médicales devant
l’Académie impériale de médecine.--XI. Les doctrines médicales devant
les Facultés de médecine de France.
=HISTOIRE DES SCIENCES NATURELLES AU MOYEN AGE=, ou Albert le
Grand et son époque considérés comme point de départ de l’école
expérimentale, par F.-A. POUCHET, directeur du Muséum d’histoire
naturelle de Rouen. Paris, 1853. 1 beau vol. in-8. 9 fr.
_Table des matières_: Introduction.--École scandinave.--École
franco-gothique.--École bizantine.--École arabe.--ÉCOLE EXPÉRIMENTALE:
Albert le Grand, St-Thomas d’Aquin, Roger Bacon, Alfred le Philosophe,
Raymond de Lulle, Duns Scott, Trithème, Bazile Valentin, Nicolas
Flamel, Vincent de Beauvais, Abélard, Barthélemy, Bruneto Latini,
Richard de Furnival, Agricola, Platearius, Simon de Cordo, Leoniceno,
J. de Dondis, P. Sanctinus, Leonard de Vinci, Arnaud de Villeneuve, P.
d’Abano, Lanfranc, Guy de Chauliac, J. de Vigo, Mundinus, Béranger de
Carpi, Achillini, Marco Polo, etc.
=L’ÉCOLE DE SALERNE.= Traduction en vers français, par CH.
MEAUX SAINT-MARC, avec le texte latin en regard (1870 vers),
précédée d’une introduction par M. le docteur Ch. DAREMBERG.--=DE
LA SOBRIÉTÉ=, conseils pour vivre longtemps, par L. CORNARO,
traduction nouvelle. Paris, 1861, 1 joli vol. in-18 jésus de
LXXII-344, avec 5 vignettes. 3 fr. 50
=LETTRES DE GUI PATIN.= Nouvelle édition augmentée de lettres
inédites, précédée d’une notice biographique, accompagnée
de remarques scientifiques, historiques, philosophiques et
littéraires, par RÉVEILLÉ-PARISE, membre de l’Académie impériale
de médecine. Paris, 1846, 3 vol. in-8, avec le _portrait_ et le
fac-simile de GUI PATIN. 21 fr.
Les lettres de Gui Patin sont de ces livres qui ne vieillissent jamais,
et quand on les a lues, on en conçoit aussitôt la raison. Ces lettres
sont en effet l’expression la plus pittoresque, la plus vraie, la plus
énergique, non-seulement de l’époque où elles ont été écrites, mais
du cœur humain, des sentiments et des passions qui l’agitent.--Tout à
la fois savantes, érudites, spirituelles, profondes, enjouées, elles
parlent de tout: mouvements des sciences, hommes et choses, passions
sociales et individuelles, révolutions politiques, etc. C’est donc un
livre qui s’adresse aux savants, aux médecins, aux érudits, aux gens de
lettres, aux moralistes, etc.
CELSI (A.-C.) DE RE MEDICA LIBRI OCTO, editio nova, curantibus P.
FOUQUIER, in Facultate Parisiensi professore, et F.-S. RATIER, D.
M. Parisiis, 1823, in-18. 2 fr.
LA MÉDECINE ET LES MÉDECINS, philosophie, doctrines,
institutions, critiques, mœurs et biographies médicales, par
Louis Peisse. Paris, 1857. 2 vol. in-18 jésus. 7 fr.
Cet ouvrage comprend: Esprit, marche et développement des sciences
médicales.--Découvertes et découvreurs.--Sciences exactes et sciences
non exactes.--Vulgarisation de la médecine.--La méthode numérique.--Le
microscope et les microscopistes.--Méthodologie et doctrines.--Comme
on pense et ce qu’on fait en médecine à Montpellier.--L’encyclopédisme
et le spécialisme en médecine.--Mission sociale de la médecine et
du médecin.--Philosophie des sciences naturelles.--La philosophie
et les philosophes par-devant les médecins.--L’aliénation mentale
et les aliénistes.--Phrénologie: bonnes et mauvaises têtes,
grands hommes et grands scélérats.--De l’esprit des bêtes.--Le
feuilleton.--L’Académie de médecine.--L’éloquence et l’art à l’Académie
de médecine.--Charlatanisme et charlatans.--Influence du théâtre sur la
santé.--Médecins poëtes.--Biographie.
=ÉTUDES SUR LE TRAITÉ DE MÉDECINE D’ABOUJAFAR AH’MAD=, intitulé:
_Zad Al-Mocafir_, «La provision du voyageur», par G. Dugat,
membre de la Société asiatique. Paris, 1853, in-8 de 64 pages (2
fr. 50). 1 fr.
=STORIA DELLA MEDICINA IN ITALIA=, dell dott. Salvator RENZI,
medico napolitano. _Napoli_, 1845 à 1848. 5 forts vol. in-8. 40 fr.
=FLOS MEDICINÆ=, scholæ salertina, seconde édition entièrement
refondue, comprenant les travaux inédits de Baudry de Balzac,
et les vers nouvellement recueillis par Ch. Daremberg, et S. de
Renzi, publié par les soins du docteur S. DE RENZI. Naples, 1859,
in-8 de LXVIII-128 pages. 4 fr.
=STORIA DOCUMENTA DELLA SCUOLA MEDICA DI SALERNO=, seconda
edizione. _Napoli_, 1857, in-8 de 608-CLXXXIV pages. 12 fr.
=MAGISTRI SALERNI.= Tabulæ et Compendium, extraits des manuscrits
de la Bibliothèque impériale de Paris, enrichis de notes et de
notices bibliographiques et historiques de Baudry de Balzac.
Naples, 1859, in-8 de 68 pages. 2 fr. 50
=HISTOIRE DES FEMMES-MÉDECINS= depuis l’antiquité jusqu’à nos
jours, par H. SCOUTETTEN, docteur et professeur en médecine,
officier de la Légion d’honneur, etc. Paris, 1868, in-18 de 24
pages. 75 c.
=LE CHARLATANISME ET LES CHARLATANS EN MÉDECINE=, étude
psychologique, par le docteur VERDO. Paris, 1867, 1 vol. in-12 de
48 pages. 1 fr.
=ŒUVRES COMPLÈTES D’AMBROISE PARÉ=, revues et collationnées sur
toutes les éditions, avec les variantes; _ornées de 217 figures_
et du portrait de l’auteur, accompagnées de notes historiques et
critiques, et précédées d’une introduction sur l’origine et les
progrès de la chirurgie en Occident du VIe au XVIe siècle, et
sur la vie et les ouvrages d’Ambroise Paré, par J.-F. MALGAIGNE,
chirurgien de l’hôpital de la Charité, professeur à la Faculté
de médecine de Paris. Paris, 1840, 3 vol. grand in-8 à deux
colonnes. 36 fr.
=ÉLOGES LUS DANS LES SÉANCES PUBLIQUES DE L’ACADÉMIE ROYALE
DE CHIRURGIE DE 1750 A 1792=, par A. LOUIS, recueillis et
publiés pour la première fois, au nom de l’Académie impériale
de médecine, et d’après les manuscrits originaux, avec une
Introduction, des notes et des éclaircissements, par FRÉD. DUBOIS
(d’Amiens), secrétaire perpétuel de l’Académie impériale de
médecine. Paris, 1859, 1 vol. in-8 de 548 pages. 7 fr. 50
Cet ouvrage contient: Introduction historique par _M. Dubois_, 76
pages; Éloges de J.-L. Petit, Bassuel, Malaval, Verdier, Rœderer,
Molinelli, Bertrandi, Foubert, Lecat, Ledran, Pibrac, Benomont, Morand,
Van Swieten, Quesnay, Haller, Flurent, Willius, Lamartinière, Houstet,
de la Faye, Bordenave, David, Faure, Caqué, Faguer, Camper, Hevin,
Pipelet, et l’éloge de Louis, par Sue.
Embrassant tout un demi-siècle et renfermant, outre les détails
historiques et biographiques, des appréciations et des jugements
sur les faits, cette collection forme une véritable histoire de la
chirurgie française au XVIIIe siècle.
=HISTOIRE DES MEMBRES DE L’ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE=, ou
Recueil des éloges lus dans les séances publiques, par E.
Pariset, secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine, etc.,
_édition complète_, publiée sous les auspices de l’Académie,
précédée de l’éloge de Pariset, par F. DUBOIS (d’Amiens),
secrétaire perpétuel de l’Académie de médecine. Paris, 1850,
2 beaux vol. in-12. 7 fr.
Cet ouvrage comprend: Discours d’ouverture de l’Académie royale de
médecine.--Éloge de Corvisart,--Cadet de Gassicourt,--Berthollet,
--Pinel,--Beauchêne,--Bourru,--Percy,--Vauquelin,--G. Cuvier,--Portal,
--Chaussier,--Dupuytren,--Scarpa,--Desgenettes,--Laennec,--Tessier,
--Husard,--Marc,--Lodibert,--Bourdois de la Motte,--Esquirol,
--Chevreul,--Larrey,--Lerminier,--A. Dubois,--Alibert,--Geoffroy
Saint-Hilaire,--A. Paré,--Broussais,--Bichat, etc.
=CODE MÉDICAL=, ou Recueil des Lois, Décrets et Règlements sur
l’étude, l’enseignement et l’exercice de la médecine civile et
militaire en France, par AMÉDÉE AMETTE, secrétaire de la Faculté
de médecine de Paris. _Troisième édition_, revue et augmentée.
Paris, 1859, 1 vol. in-12 de 560 pages. 4 fr.
Ouvrage traitant des droits et des devoirs des médecins. Il s’adresse à
tous ceux qui étudient, enseignent ou exercent la médecine, et renferme
dans un ordre méthodique toutes les dispositions législatives et
réglementaires qui les concernent.
=TRAITÉ DE LA CONTAGION=, pour servir à l’histoire des maladies
contagieuses et des épidémies, par Ch. ANGLADA, professeur à la
Faculté de médecine de Montpellier. Paris, 1853, 2 vol. in-8. 12
fr.
=DOCUMENTS INÉDITS SUR LA GRANDE PESTE DE 1348.= (Consultation
de la Faculté de Paris.--Consultation d’un praticien de
Montpellier.--Description de G. de Machault), par le docteur
Joseph MICHON. Paris, 1860, in-8. 2 fr. 50
=ÉTUDE PRATIQUE, RÉTROSPECTIVE ET COMPARÉE, SUR LE TRAITEMENT DES
ÉPIDÉMIES= au XVIIIe siècle. Appréciation des travaux et éloge de
Lepecq de la Cloture, médecin épidémiographe de la Normandie, par
le docteur Max SIMON. Paris, 1853, in-8 de 348 pages. 5 fr.
ENVOI FRANCO CONTRE MANDAT SUR LA POSTE.
Paris.--Imp. de E. MARTINET, rue Mignon, 2.
* * * * *
Corrections.
Dédicace: «VILL» remplacé par «VILLE» (LA FACULTÉ DES SCIENCES DE
LA MÊME VILLE).
Page 16: «ne ne» remplacé par «ne» (à ne pas se séparer de l’homme).
Page 54, note 54: «Θουκγδιδου» remplacé par «Θουκυδιδου»
(Θουκυδιδου περι του πελοπουνησιακος).
Page 61: «préfé-férence» remplacé par «préférence» (elle frappa,
de préférence).
Page 68: «persuadé» remplacé par «persuadés» (se sont persuadés
que la maladie).
Page 82: «Tive» remplacé par «Tite» (Tite-Live rapporte).
Page 85, note 88: «Anarcharsis» remplacé par «Anacharsis»
(Barthélemy, _Voy. du jeune Anacharsis_).
Page 107: «dyssenterie» remplacé par «dysenterie» (Puis
survenaient la dysenterie ).
Page 113: «aiusi» remplacé par «ainsi» (Il devançait ainsi de
vingt-trois siècles).
Page 119: «choniqueur» remplacé par «chroniqueur» (le chroniqueur
ne nous apprend rien).
Page 154, note 187: «a» remplacé par «la» (souvent la suite d’une
pustule maligne).
Page 189: «s’étaient» remplacé par «étaient» (tous ceux qui s’y
étaient exposés).
Page 215: «SE» remplacé par «DE» (DES ÉPIDÉMIES DE FIÈVRES
ÉRUPTIVES NOUVELLES).
Page 223, note 269: «Hanh» remplacé par «Hahn» (Joanne Gothofredo
Hahn, phil. et med.).
Page 293: «Rhasès» remplacé par «Rhazès» (les auteurs latins
venus après Rhazès ).
Page 377, note 518: «in mittellater» remplacé par «des
Mittelalters» (Fuchs, _Das heilige Feuer des Mittelalters_).
Page 397: «Giovanno» remplacé par «Giovanni» (Giovanni Villani
adopte l’opinion de Zaële).
Page 420: «on» remplacé par «ou» (qui peut seule affaiblir ou
neutraliser l’action).
Page 433: «Schadœus» remplacé par «Schadæus» (D’après Oséas
Schadæus ).
Page 453, note 608: «eigth» remplacé par «eighth» (_The life and
reign of king Henry the eighth_).
Page 538: «Rosembaum» remplacé par «Rosenbaum» (les tableaux
peints sur nature par M. Rosenbaum).
Page 546, note 748: «vairola» remplacé par «variola» (_De variola
magna_).
Page 630: «circusation» remplacé par «circulation» (arrêt presque
complet de la circulation générale).
Catalogue page 7: «SCOULA» remplacé par «SCUOLA» (STORIA
DOCUMENTA DELLA SCUOLA MEDICA).