employa, pour en découvrir la cause, sa contre-police et ses limiers des
affaires étrangères. D'abord il n'eut que des informations vagues; mais
il put juger bientôt que sa négociation avait été traversée par d'autres
agens dont il ignorait la mission. Ses soupçons se portèrent d'abord sur
M. de Talleyrand; mais, à son retour, ayant reçu de nouvelles pièces et
s'étant fait faire un rapport circonstancié, il reconnut que M. Ouvrard
avait dirigé des ouvertures faites à son insçu au marquis de Wellesley;
et comme on savait M. Ouvrard en rapport avec moi, on en inféra que je
lui avais donné des instructions. Le 2 juin, étant à Saint-Cloud,
l'empereur me demanda, en plein conseil, ce que M. Ouvrard était allé
faire en Angleterre. «Connaître de ma part, lui dis-je, les dispositions
du nouveau ministère, relativement à la paix, d'après les vues que j'ai
eu l'honneur de soumettre à Votre Majesté, avant son mariage.--Ainsi,
reprend l'empereur, vous faites la guerre et la paix sans ma
participation.» Il sortit et donna l'ordre à Savary d'aller arrêter M.
Ouvrard et de le conduire à Vincennes. En même temps, je reçus la
défense de communiquer avec le prisonnier. Le lendemain, le
porte-feuille de la police fut donné à Savary. Pour cette fois, c'était
une véritable disgrâce.
J'eusse fait, sans doute, une prédiction trop pressante, en rappelant
les paroles du prophète: «Dans quarante jours, Ninive sera détruite»;
mais j'aurais pu prédire, sans me tromper, que dans moins de quatre ans
l'Empire de Napoléon n'existerait plus.
FIN DE LA PREMIÈRE PARTIE.