[17] D'après M. Seale, une gorge en forme de fissure, située près de

Stony-top, mesure 840 pieds de profondeur sur 115 pieds de largeur

seulement.

[18] Le _Nautical Magazine_ de 1835, p. 642, celui de 1838, p. 361,

et les _Comptes rendus_ d'avril 1838, font connaître une série des

phénomènes volcaniques: tremblements de terre, eaux troublées, scories

flottantes et colonnes de fumée, qui ont été observés à divers

intervalles depuis le milieu du siècle dernier, dans la région

océanique comprise entre 20 et 22° de longitude ouest, à un demi-degré

environ au sud de l'Equateur. Ces faits semblent prouver qu'une île ou

qu'un archipel est en voie de formation au milieu de l'Atlantique; le

prolongement de la ligne joignant Sainte-Hélène à l'Ascension coupe ce

foyer volcanique lentement en voie de formation.

[19] _Principles of Geology_ (5e édit.), vol. II, p. 171.

[20] J'ai donné en mars 1838 une relation détaillée de ces phénomènes,

dans une communication à la Société géologique. Pendant qu'une surface

immense était agitée et qu'une grande contrée se soulevait, les

districts immédiatement contigus à plusieurs des grands orifices des

Cordillères demeuraient tranquilles, les forces souterraines étant

probablement neutralisées par les éruptions, qui recommencèrent

alors avec une grande violence. Un événement d'une nature à peu près

identique, mais se produisant sur une échelle infiniment moins grande,

paraît avoir eu lieu, suivant Abich (_Views of Vesuvius_, pl. I et

IX), à l'intérieur du grand cratère du Vésuve, où une plate-forme

située sur un côté d'une fissure a été soulevée tout entière à la

hauteur de 20 pieds, tandis qu'une traînée de petits volcans venaient

faire éruption sur l'autre bord de cette fissure.]

[21] Suivant des informations qui m'ont été communiquées de la manière

la plus obligeante par M.E. Robert, les segments de la circonférence

de l'Islande, qui sont formés d'anciennes couches basaltiques

alternant avec du tuf, plongent vers l'intérieur de l'île, en imitant

ainsi une coupe gigantesque. M. Robert a observé que cette disposition

se présente le long de la côte sur une distance de plusieurs centaines

de milles, sauf quelques rares interruptions tout à fait locales.

Cette observation est confirmée, au moins en ce qui concerne une

partie de la circonférence, par Mackenzie, dans ses Travels (p. 377),

et pour une autre localité par des notes manuscrites qui m'ont été

complaisamment prêtées par le Dr Holland. La côte est fortement

découpée par des anses, au fond desquelles le pays est généralement

bas. M. Robert m'a communiqué que les couches qui plongent vers

l'intérieur de l'île semblent s'étendre jusqu'à cette ligne, et que

leur inclinaison correspond ordinairement à celle de la surface du

sol, depuis les hautes montagnes côtières jusqu'à la contrée basse

qui s'étend à l'extrémité des anses. Dans la coupe décrite par sir G.

Mackenzie l'inclinaison est de 12°. L'intérieur de l'île, pour autant

qu'on le connaisse, consiste principalement en produits d'éruption

récents. Peut-être l'étendue considérable de l'Islande, qui est

presque égale à celle de l'Angleterre, devrait-elle la faire exclure

de la classe d'îles que nous avons étudiées, mais je ne puis

m'empêcher de croire que, si les montagnes côtières, au lieu de

s'incliner doucement vers la région centrale plus basse, en avaient

été séparées par des failles irrégulièrement recourbées, les couches

auraient été renversées de manière à plonger vers la mer, et qu'il se

serait formé un «cratère de soulèvement» comme celui de San Thiago

ou de l'île Maurice, mais de dimensions beaucoup plus vastes. Je me

bornerai à faire observer en outre que l'existence fréquente de lacs

très étendus au pied des grands volcans, et que l'association souvent

constatée de nappes volcaniques et de dépôts d'eau douce paraissent

démontrer que les régions voisines des volcans sont prédisposées à

s'abaisser au-dessous du niveau général de la contrée environnante,

soit qu'elles aient subi un soulèvement moins considérable, soit

qu'elles se soient affaissées.

CHAPITRE V

ARCHIPEL DES GALAPAGOS

Ile Chatham.--Cratères formés d'une espèce particulière de

tuf.--Petits cratères basaltiques avec cavités à leur base.--Ile

Albemarle, laves liquides, leur composition.--Cratères de tuf,

inclinaison de leurs couches divergentes externes, et structure de

leurs couches convergentes internes.--Ile James, segment d'un petit

cratère basaltique; fluidité et composition de ses coulées de lave et

des fragments qu'il rejette.--Remarques finales sur les cratères de

tuf et sur l'état délabré de leurs flancs méridionaux.--Composition

minéralogique des roches de l'archipel.--Soulèvement de la

contrée.--Direction des fissures d'éruption.

Cet archipel est situé sous l'Equateur, à la distance de 500 à 600

milles de la côte occidentale de l'Amérique du Sud. Il consiste en

cinq îles principales et en plusieurs petites îles; leur ensemble est

égal en surface[1] mais non en étendue de pays, à la Sicile jointe aux

îles Ioniennes. Elles sont toutes volcaniques; on a vu des cratères en

éruption sur deux d'entre elles, et dans plusieurs des autres îles il

y a des coulées de lave qui paraissent récentes. Les îles les plus

grandes sont formées principalement de roches compactes et elles

s'élèvent à une altitude variant de 1.000 à 4.000 pieds, en présentant

un profil peu accidenté. Parfois, elles sont surmontées d'un orifice

principal, mais ce fait n'est pas général. La dimension des

cratères varie, de simples orifices à d'immenses chaudières dont

la circonférence mesure plusieurs milles; ces cratères sont

extraordinairement nombreux, à tel point que, si on les comptait, on

en trouverait, je crois, plus de deux mille; ils sont formés soit de

scories et de laves, soit d'un tuf coloré en brun, et ces derniers

cratères sont remarquables à divers égards. Le groupe entier a été

levé par les officiers du Beagle. J'ai visité moi-même quatre des

principales îles et j'ai reçu des échantillons provenant de toutes les

autres. Je ne décrirai sous la mention des différentes îles que celle

qui me paraît digne d'attention.

[Illustration: Fig 11.--Carte de l'archipel des Galapagos.]

ILE CHATHAM.--_Cratères formés de tuf d'une espèce particulière_.

--Vers l'extrémité orientale de l'île on rencontre deux cratères

formés de deux espèces différentes de tuf; l'une d'elles est friable

comme des cendres faiblement consolidées; l'autre est compacte, et d'une

nature différente de tout ce dont j'ai jamais lu la description. Aux

endroits où cette dernière substance est le mieux caractérisée, elle est

de couleur brun-jaunâtre, translucide, et elle offre un éclat plus ou

moins résineux; elle est cassante, à cassure anguleuse, rude et très

irrégulière; parfois pourtant légèrement grenue, et même vaguement

cristalline; elle est facilement rayée par un couteau; certains points

cependant sont assez durs pour rayer le verre; elle se fond avec

facilité en un verre de couleur vert-noirâtre. La masse renferme de

nombreux cristaux brisés d'olivine et d'augite, et de petites particules

de scories noires et brunes; elle est souvent traversée par des veines

minces d'une matière calcareuse. Elle affecte généralement une structure

noduleuse ou concrétionnée. Un échantillon isolé de cette substance

serait pris certainement pour une variété spéciale de résinite à teinte

pâle; mais, quand on l'observe en masses, sa stratification et les

nombreuses couches de fragments de basalte anguleux et arrondis

démontrent à l'évidence, au premier coup d'oeil, qu'elle a été formée

sous les eaux. L'examen d'une série de spécimens montre que cette

substance résiniforme est le produit d'une transformation chimique subie

par de petites particules de roches scoriacées à teintes pâles et

foncées; et cette transformation peut être suivie distinctement, dans

ses différentes phases, autour des bords d'une seule et même particule.

D'après la situation voisine de la côte, de presque tous les cratères

composés de cette espèce de tuf ou de pépérine, et d'après leur état

délabré, il est probable qu'ils ont tous été formés sous la mer. En

envisageant cette circonstance et le fait remarquable de l'absence de

grands lits de cendres dans tout l'archipel, je considère comme fort

probable que le tuf a été formé presque en totalité par la trituration

des laves basaltiques grises dans les cratères immergés. On peut se

demander si l'eau fortement échauffée contenue dans l'intérieur de ces

cratères a produit cette singulière altération des particules scoriacées

et leur a donné leur cassure translucide et résineuse; ou si la chaux

qui s'y trouve associée a joué un rôle dans cette transformation. Je

pose ces questions parce que j'ai observé à San Thiago, dans l'archipel

du Cap Vert, que, lorsqu'un grand torrent de lave s'est écoulé vers la

mer en passant sur des roches calcaires, sa surface externe, qui

ressemble ailleurs à de la résinite, est transformée en une substance

résiniforme exactement semblable aux spécimens les plus caractéristiques

du tuf de l'archipel des Galapagos, probablement par suite de son

contact avec le carbonate de chaux[2].

Pour en revenir aux deux cratères, l'un d'entre eux se trouve à une

lieue de la côte, et la plaine qui l'en sépare est constituée par un

tuf calcaire d'origine probablement sous-marine. Ce cratère consiste

en un cercle de collines, dont quelques-unes sont entièrement séparées

des autres, mais dont toutes les couches plongent très régulièrement

vers l'extérieur, sous un angle de 30 à 40°. Les bancs inférieurs sont

formés, sur une épaisseur de plusieurs centaines de pieds, par la

roche à aspect résineux décrite plus haut, avec fragments de lave

empâtés. Les bancs supérieurs, qui ont 30 à 40 pieds d'épaisseur,

sont composés d'un tuf ou peperino[3] à grain fin, rude au toucher,

friable, coloré en brun et disposé en couches minces. Une masse

centrale sans stratification, qui doit avoir occupé autrefois la

cavité du cratère, mais qui n'est reliée aujourd'hui qu'à un petit

nombre des collines de la circonférence, consiste en tuf de caractère

intermédiaire entre les tufs à cassure résiniforme et à cassure

terreuse. Cette masse renferme une matière calcaire blanche répandue

en petites plages. Le second cratère (haut de 520 pieds) doit avoir

formé un îlot séparé jusqu'au moment de l'éjaculation d'une grande

coulée de lave récente; dans une belle coupe, due à l'action de

la mer, on voit une grande masse de basalte en forme d'entonnoir,

entourée de tous côtés de parois abruptes formées par des tufs qui

présentent quelquefois une cassure terreuse ou semi-résineuse. Le tuf

est traversé par plusieurs larges dikes verticaux à parois unies et

parallèles que j'ai considérés comme étant du basalte, jusqu'à ce

que j'en eusse détaché des fragments. Ces dikes sont formés de tuf

semblable à celui des couches environnantes, mais plus compacte et

à cassure plus unie; nous devons en conclure qu'il s'est formé des

fissures, et qu'elles se sont remplies de vase ou de tuf plus fins

provenant du cratère, avant que sa cavité interne fût occupée, comme

aujourd'hui, par un lac solidifié de basalte. D'autres fissures se

sont formées plus tard parallèlement à ces singuliers dikes, et elles

sont simplement comblées par des débris incohérents. La transformation

des particules scoriacées normales en cette substance à cassure

semi-résineuse pouvait se suivre avec une grande netteté dans

certaines parties du tuf compact qui constitue ces dikes.

[Illustration: Fig. 12.--Kicker Rock.--Hauteur: 400 pieds.]

A quelques milles de ces deux cratères s'élève le rocher ou îlot de

Kicker, remarquable par sa forme singulière. Il n'est pas stratifié et

il est composé de tuf compact possédant en certains points la cassure

résineuse. Cette masse amorphe, ainsi que la masse semblable dont

nous avons parlé à propos du cratère décrit plus haut, remplissait

probablement autrefois la cavité centrale d'un cratère et ses flancs

ou ses parois inclinées ont sans doute été complètement enlevés plus

tard par la mer qui l'entoure et à l'action de laquelle il se trouve

exposé aujourd'hui.

_Petits cratères basaltiques_.--A l'extrémité orientale de l'île

Chatham s'étend une zone ondulée dépourvue de végétation et

remarquable par le nombre, par l'accumulation sur une surface

restreinte et par la forme de petits cratères basaltiques dont elle

est en quelque sorte criblée. Ces cratères consistent en une simple

accumulation conique de scories luisantes, noires et rouges,

partiellement cimentées, ou plus rarement, en un cercle formé de ces

mêmes scories. Leur diamètre varie de 30 à 150 yards, et ils

s'élèvent d'environ 50 à 100 pieds au-dessus du niveau de la plaine

environnante. Du haut d'une petite éminence je comptai soixante de ces

cratères; ils étaient tous éloignés les uns des autres d'un tiers

de mille au plus, et plusieurs d'entre eux étaient beaucoup plus

rapprochés. Je mesurai la distance entre deux très petits cratères, et

je trouvai qu'elle n'était que de 30 yards, du bord du sommet de l'un

au bord du sommet de l'autre. On constate qu'un certain nombre de

ces cratères ont émis de petites coulées de lave basaltique noire

contenant de l'olivine et beaucoup de feldspath vitreux. Les surfaces

des coulées les plus récentes sont excessivement tourmentées et

coupées de grandes fissures; les coulées plus anciennes sont

simplement un peu moins rugueuses; ces coulées se confondent et

s'enchevêtrent d'une manière inextricable. Pourtant l'état de

croissance des arbres qui se sont établis sur les coulées indique

souvent, d'une manière très nette, l'âge relatif de celles-ci. Sans ce

dernier caractère on n'aurait su distinguer les coulées les unes des

autres que dans un petit nombre de cas, et, par conséquent, cette

grande plaine ondulée aurait pu être considérée erronément (ainsi que

plusieurs plaines l'ont été sans doute) comme formée par un seul grand

déluge de lave et non par une multitude de petites coulées émises par

un grand nombre de petits orifices.

En plusieurs endroits de cette région, et principalement à la base des

petits cratères, s'ouvrent des puits circulaires à parois verticales,

profonds de 20 à 40 pieds. J'ai rencontré trois de ces puits à la base

d'un petit cratère. Ils ont été probablement formés par l'écroulement

de la voûte de petites cavernes[4]. On voit en d'autres points des

monticules mamelonnés, ressemblant à de grandes bulles de lave, et

dont les sommets sont fissurés par des crevasses irrégulières très

profondes, comme on le constate quand on cherche à y pénétrer; ces

monticules n'ont pas émis de lave. On rencontre aussi d'autres

monticules mamelonnés, d'une forme très régulière, constitués par des

laves stratifiées et portant à leur sommet une cavité circulaire

à parois escarpées, formée, je pense, par une masse gazeuse qui a

d'abord cintré les couches en leur donnant la forme d'un monticule en

ampoule et a déterminé ensuite l'explosion du sommet. Les monticules

de ces divers genres, les puits et les nombreux petits cratères

scoriacés nous montrent tous que cette plaine a été pour ainsi dire

pénétrée comme un crible par le passage des vapeurs échauffées. Les

monticules les plus réguliers ne peuvent s'être soulevés que lorsque

la lave était à l'état pâteux[5].

ILE ALBEMARLE.--Cette île porte cinq grands cratères à sommet

plat, qui offrent entre eux et avec le cratère de l'île voisine de

Narborough une ressemblance remarquable de forme et de hauteur. Le

cratère méridional a 4.700 pieds de hauteur, deux autres ont 3.720

pieds, un troisième 50 pieds de plus que ce dernier, les autres

semblent avoir à peu près la même hauteur. Trois d'entre eux sont

situés sur une même ligne et sont allongés dans une direction presque

identique. On a trouvé par des mesures trigonométriques que le cratère

du nord, qui n'est pas le plus grand de tous, n'a pas moins de 3

milles 1/8 de diamètre extérieur. Des déluges de lave noire, débordant

la crête de ces grandes et larges chaudières et s'échappant de petits

orifices voisins de leur sommet, ont coulé le long de leurs flancs

dénudés.

_Fluidité de différentes laves_.--Près de Tagus ou Banks-Cove j'ai

étudié une de ces grandes coulées de lave, fort intéressante par

les preuves qu'elle nous offre du haut degré de fluidité qu'elle a

possédée, et qui est particulièrement remarquable quand on envisage la

composition de la coulée. Sur la côte cette coulée a plusieurs

milles de largeur. Elle est constituée par une base noire, compacte,

facilement fusible en un globule noir, présentant des vacuoles

anguleuses assez clairsemées, et criblée de grands cristaux brisés

d'albite[6] vitreuse dont le diamètre varie de un à cinq dixièmes

de pouce. Quoique cette lave semble, à première vue; éminemment

porphyrique, elle ne peut être considérée comme telle, car il est

évident que les cristaux ont été enveloppés, arrondis et pénétrés par

la lave, comme des fragments de roche étrangère dans un dike de trapp.

C'est ce qu'on voyait très clairement dans certains spécimens d'une

lave analogue provenant de l'île Abingdon, avec la seule différence

que ses vacuoles étaient sphériques et plus nombreuses. L'albite

de ces laves se trouve dans les mêmes conditions que la leucite du

Vésuve, et que l'olivine décrite par Von Buch[7], et qui fait saillie

sous forme de grands globules dans le basalte de Lanzarote. Outre

l'albite, cette lave contient des grains épars d'un minéral vert, sans

clivage distinct, et qui ressemble beaucoup à l'olivine[8]; mais,

comme il se fond facilement en un verre vert, il appartient

probablement à la famille de l'augite: cependant, à l'île James une

lave analogue contenait de l'olivine type. Je me suis procuré des

échantillons provenant de la surface, et d'autres prélevés à 4 pieds

de profondeur, mais ils n'offraient entre eux aucune différence. On

pouvait constater avec évidence le haut degré de fluidité de cette

lave par sa surface unie et doucement inclinée, par la subdivision du

courant principal en petits ruisseaux, que de faibles inégalités du

sol avaient suffi à produire, et surtout par la manière dont ses

extrémités s'atténuaient et se réduisaient presque à rien en des

points fort éloignés de sa source et où elle devait avoir subi un

certain degré de refroidissement. Le bord actuel de la coulée consiste

en fragments incohérents, dont la dimension dépasse rarement celle

d'une tête d'homme. Le contraste est fort remarquable entre ce bord et

les murs escarpés, hauts de plus de 20 pieds, qui limitent un grand

nombre des coulées basaltiques de l'Ascension. On a cru généralement

que les laves où abondent de grands cristaux et qui renferment des

vacuoles anguleuses[9] ont présenté peu de fluidité, mais nous voyons

qu'il en a été tout autrement à l'île Albemarle. Le degré de fluidité

des laves ne semble pas correspondre à une différence _apparente_ dans

leur composition; à l'île Chatham certaines coulées qui contiennent

beaucoup d'albite vitreuse et de l'olivine sont si rugueuses qu'on

pourrai les comparer à de hautes vagues congelées, tandis que la

grande coulée de l'île Albemarle est presque aussi unie qu'un lac ridé

par la brise. A l'île James une lave basaltique noire où abondent de

petits grains d'olivine offre un degré intermédiaire de rugosité; sa

surface est brillante, et les fragments détachés ressemblent d'une

manière fort singulière à des plis de draperies, à des câbles et à des

morceaux d'écorces d'arbres[10].

_Cratères de tuf._--A un mille environ au sud de Banks Cove on

rencontre un beau cratère elliptique, profond de 500 pieds à peu près,

et de 3/4 de mille de diamètre. Son fond est occupé par un lac d'eau

salée, d'où s'élèvent quelques petites éminences cratériformes de tuf.

Les couches inférieures sont un tuf compact présentant les caractères

d'un dépôt formé sous l'eau, tandis que sur la circonférence entière

les couches supérieures consistent en un tuf rude au toucher, friable,

et dont le poids spécifique est peu élevé, mais qui contient souvent

des fragments de roches disposés en couches. Ce tuf supérieur renferme

de nombreuses sphères pisolitiques ayant à peu près la grandeur de

petites balles, et qui ne diffèrent de la matière environnante que par

une dureté un peu plus grande et un grain un peu plus fin. Les couches

plongent très régulièrement dans toutes les directions, sous des

angles variant de 25 à 30° d'après mes mesures. La surface externe du

cratère offre une pente presque identique; elle est formée de côtes

légèrement convexes, comme celle de la coquille d'un pecten ou d'un

pétoncle, qui vont en s'élargissant de l'orifice du cratère jusqu'à

sa base. Ces côtes ont, en général, de 8 à 20 pieds de large, mais

parfois leur largeur atteint 40 pieds; elles ressemblent à d'anciennes

voûtes fortement surbaissées, et dont le revêtement de plâtre

s'écaille et tombe par plaques; elles sont séparées les unes des

autres par des ravins que l'action érosive de l'eau a creusés. A leur

extrémité supérieure, qui est fort étroite, près de la bouche du

cratère ces côtes consistent souvent en véritables couloirs creux, un

peu plus petits mais semblables à ceux qui se forment souvent par le

refroidissement de la croûte d'un torrent de lave dont les parties

internes se sont écoulées au dehors; structure dont j'ai rencontré

plusieurs exemples à l'île Chatham. Il n'est pas douteux que ces

côtes creuses ou ces voûtes se soient formées d'une manière analogue,

c'est-à-dire par la consolidation, le durcissement d'une croûte

superficielle sur des torrents de boue qui se sont écoulés de la

partie supérieure du cratère. J'ai vu dans une autre partie du même

cratère des rigoles concaves ouvertes, larges de 1 à 2 pieds, qui

paraissent formées par le durcissement de la face inférieure d'un

torrent de boue, au lieu de la surface supérieure comme dans le

premier cas. D'après ces faits, je pense que le tuf a certainement

coulé à l'état de boue[11]. Cette boue peut avoir été formée soit dans

l'intérieur du cratère, soit par des cendres déposées sur la partie

supérieure de ses flancs et entraînées ensuite par des torrents de

pluie. Ce dernier mode de formation paraît le plus vraisemblable pour

la plupart des cas; cependant à l'île James certaines couches du tuf

de la variété friable s'étendent si uniformément sur une surface

inégale, qu'il semble probable qu'elles ont été formées par la chute

d'abondantes pluies de cendres.

Dans l'intérieur du même cratère, des strates de tuf grossier, formées

principalement de fragments de lave, viennent butter contre les parois

internes, comme un talus qui s'est consolidé. Elles s'élèvent à

la hauteur de 100 à 150 pieds au-dessus de la surface du lac salé

intérieur; elles plongent vers le centre du cratère et sont inclinées

sous des angles variant de 30 à 36°. Elles paraissent avoir été

formées sous les eaux, probablement à l'époque où la mer occupait la

cavité du cratère. J'ai constaté avec surprise que l'épaisseur de

couches qui offrent une inclinaison aussi forte n'augmentait pas

vers leur extrémité inférieure, au moins sur toute la partie de leur

longueur que j'ai pu suivre.

Observations Géologiques sur les Îles Volcaniques Explorées par l'Expédition du "Beagle" Et Notes sur la Géologie de l'Australie et du Cap de Bonne-Espérance · 第 11 / 18 段