_Effets produits par la coulée de lave basaltique qui s'est répandue

sur le dépôt calcaire_.--Ces effets sont très remarquables. Cette

matière calcareuse est modifiée jusqu'à une profondeur d'environ un

pied sous la ligne de contact, et on peut suivre le passage, tout à

fait insensible, de petits fragments de coquilles, de corallines et de

nullipores à peine agrégés, jusqu'à une roche, où l'on ne peut trouver

aucune trace d'une origine mécanique, même au microscope. Aux points

où les modifications métamorphiques ont été les plus intenses, on

observe deux variétés de roches. La première variété est dure et

compacte, finement grenue et blanche, sillonnée par quelques lignes

parallèles formées de particules volcaniques noirâtres; cette roche

ressemble à un grès, mais un examen plus minutieux montre qu'elle est

complètement cristalline, avec des faces de clivage si parfaites qu'on

peut les mesurer facilement au goniomètre à réflexion. Si, après

les avoir mouillés, on examine, à l'aide d'une forte loupe, les

échantillons qui ont subi un métamorphisme moins complet, on

peut constater une transformation graduelle très intéressante;

quelques-unes des particules arrondies qui les constituent conservent

leur forme propre, tandis que d'autres se fusionnent insensiblement

dans la masse granulo-cristalline. Les surfaces décomposées de cette

roche revêtent une couleur rouge-brique, comme c'est souvent le cas

pour les calcaires ordinaires.

La seconde variété métamorphique est, de même, une roche dure mais

sans trace de structure cristalline. C'est une pierre calcaire

blanche, opaque et compacte, fortement mouchetée de taches,

irrégulièrement arrondies, d'une matière terreuse, ocreuse et tendre.

Cette matière terreuse présente une couleur brun-jaunâtre pâle, et

paraît être un mélange de fer et de carbonate de chaux; elle fait

effervescence avec les acides, elle est infusible mais noircit au

chalumeau et devient magnétique. La forme arrondie des petites taches

de substance terreuse, ainsi que les diverses étapes qu'on peut

constater jusqu'à leur isolement parfait, et qu'on peut suivre en

examinant une série d'échantillons, montrent clairement qu'elles ont

été formées, soit par l'attraction des particules terreuses entre

elles, soit plus vraisemblablement par une attraction réciproque des

atomes de carbonate de chaux amenant alors la ségrégation de ces

impuretés terreuses étrangères. Ce fait m'a vivement intéressé, car

j'avais observé souvent des roches quartzeuses (par exemple aux

îles Falkland, et dans les couches siluriennes inférieures des

Stiper-Stones dans le Shropshire) mouchetées, d'une manière

précisément analogue, par de petites taches d'une substance terreuse

blanchâtre (feldspath terreux?); on avait déjà toutes raisons de

croire alors que ces roches avaient été modifiées ainsi sous l'action

de la chaleur, et cette hypothèse reçoit maintenant sa confirmation.

Cette texture tachetée pourrait fournir peut-être quelques indications

pour distinguer les roches quartzeuses, qui doivent leur structure

actuelle à une action ignée, de celles formées par voie purement

aqueuse; distinction qui doit avoir fait hésiter bien des géologues

dans l'étude des régions arénacéo-quartzeuses, si j'en juge par ma

propre expérience.

En s'épanchant sur les sédiments étalés au fond de la mer, les parties

inférieures et les plus scoriacées de la lave ont empâté une grande

quantité de matière calcaire, qui forme maintenant la pâte très

cristalline et blanche comme neige, d'une brèche renfermant de petits

fragments de scories noires et brillantes. Un peu au-dessus de cette

couche, là où le calcaire est moins abondant et la lave plus compacte,

les interstices de la masse de lave sont remplis d'un grand nombre

de petites sphères, formées de spicules de calcaire spathique, qui

rayonnent autour d'un centre commun. Dans une certaine partie de

Quail-island, où les laves surincombantes n'ont pas plus de 14 pieds

d'épaisseur, le calcaire a pu cristalliser sous l'influence de la

chaleur dégagée par ces matières éruptives; on ne peut pas admettre

que cette faible couche de lave ait été plus épaisse à l'origine, et

que son épaisseur ait été réduite par une érosion postérieure, l'état

celluleux de sa surface nous le montre. J'ai déjà fait observer que

la mer où le dépôt calcaire s'est opéré devait être peu profonde;

le dégagement de l'anhydride carbonique a donc été entravé par une

pression de loin inférieure à celle, équivalant à une colonne d'eau

haute de 1.708 pieds, que Sir James Hall considérait comme nécessaire

pour empêcher ce dégagement. Depuis l'époque de ses expériences on a

découvert que c'est moins la pression que la nature de l'atmosphère

ambiante qui intervient pour retenir l'acide carbonique gazeux. Ainsi,

il résulte d'expériences de M. Faraday[2] que des masses importantes

de calcaire se fondent quelquefois et cristallisent, même dans des

fours à chaux ordinaires. Suivant M. Faraday, le carbonate de chaux

peut être chauffé, pour ainsi dire, à toute température dans une

atmosphère d'acide carbonique, sans se décomposer; et Gay-Lussac a

montré que des fragments de calcaire, chauffés dans un tube à

une température insuffisante par elle-même pour provoquer leur

décomposition, dégageaient cependant l'acide carbonique dès qu'on

faisait passer au travers du tube un courant d'air ou de vapeur d'eau:

Gay-Lussac attribue ce phénomène au déplacement de l'acide carbonique

naissant. La matière calcaire, qui se trouve sous la lave, surtout

celle qui forme les aiguilles cristallines renfermées dans les

vacuoles des scories, ne peut pas avoir subi l'action du passage d'un

courant gazeux, quoiqu'elle ait été chauffée dans une atmosphère

contenant vraisemblablement une très forte proportion de vapeur d'eau.

Peut-être est-ce pour cette raison qu'elle a conservé son acide

carbonique sous cette pression relativement faible.

Les fragments de scories renfermés dans la pâte calcaire cristalline

sont d'un noir de jais, à cassure brillante comme celle de la

rétinite. Cependant leur surface est recouverte d'une couche d'une

substance translucide orange-rougeâtre, que l'on peut gratter

facilement au canif; ces fragments apparaissent alors comme s'ils

étaient recouverts d'une couche mince de matière résineuse. Les plus

petits d'entre eux présentent des parties complètement transformées

en cette substance; transformation qui semble tout à fait différente

d'une décomposition ordinaire. Nous verrons dans un autre chapitre

qu'à l'archipel des Galapagos de grandes couches de cendres

volcaniques, avec particules scoriacées, ont subi une transformation à

peu près identique.

_Extension et horizontalité du dépôt calcaire_.--La limite supérieure

du dépôt calcaire, si nettement marquée à cause de la couleur blanche

de cette roche, et si voisine de l'horizontale, court le long de la

côte sur une distance de plusieurs milles, à l'altitude de 60 pieds

environ au-dessus du niveau de la mer. La nappe de basalte qui la

recouvre présente une épaisseur moyenne de 80 pieds. A l'ouest de

Porto-Praya, au-delà de Red Hill, la couche blanche avec le basalte

qui la surmonte, sont recouverts par des coulées plus récentes. J'ai

pu la suivre de l'oeil, au nord de Signal-Post Hill, s'étendant au

loin sur une distance de plusieurs milles, le long des falaises de la

côte. Mes observations ont porté sur une étendue d'environ 7 milles

le long de la côte, mais la régularité de cette couche me porterait

à croire qu'elle s'étend beaucoup plus loin. Dans des ravins

perpendiculaires à la côte, on la voit plonger doucement vers la mer,

probablement suivant l'inclinaison qu'elle présentait lors de

son dépôt sur les anciens rivages de l'île. Je n'ai trouvé dans

l'intérieur de l'île qu'une seule coupe où cette couche fût visible,

à la hauteur de quelques centaines de pieds, c'est à la base de la

colline marquée A; elle y repose, comme d'habitude, sur la roche

augitique compacte associée avec de la wacke, et elle y est recouverte

par la grande nappe de lave basaltique récente. En certains points

cependant cette couche blanche ne conserve pas son horizontalité; à

Quail-island sa surface supérieure ne s'élève qu'à 40 pieds au-dessus

du niveau de la mer; ici également la nappe de lave qui la recouvre

n'a que 12 à 15 pieds d'épaisseur; d'autre part, au nord-est du port

de Porto-Praya, la couche calcaire ainsi que la roche sur laquelle

elle repose atteignent une hauteur supérieure au niveau moyen. Je

crois que dans ces deux cas la différence de niveau ne provient pas

d'un exhaussement inégal, mais de l'irrégularité primitive du fond

de la mer. Ce fait peut être démontré à Quail-island, car le dépôt

calcaire y offre en un certain point une épaisseur de beaucoup

supérieure à la moyenne, alors qu'en d'autres points cette roche ne

se montre pas; dans ce dernier cas les laves basaltiques récentes

reposent directement sur les laves plus anciennes.

[Illustration: FIG. 2.--Signal-Post Hill;--A. Roches volcaniques

anciennes;--B. Dépôt calcareux;--C. Lave basaltique supérieure.]

Sous Signal-Post Hill la couche blanche plonge dans la mer d'une

manière bien intéressante. Cette colline est conique, haute de 450

pieds, et offre encore quelques traces de structure cratériforme;

elle est constituée en majeure partie de matières éruptives émises

postérieurement au soulèvement de la grande plaine basaltique, mais

en partie aussi de laves très anciennes, probablement de formation

sous-marine. La plaine environnante et le flanc oriental de la colline

ont été découpés par l'érosion en falaises escarpées surplombant la

mer. La couche calcaire blanche est visible dans ces ravinements à la

hauteur de 70 pieds environ au-dessus du rivage, et s'étend au nord

et au sud de la colline, sur une longueur de plusieurs milles, en

dessinant une ligne qui paraît parfaitement horizontale; mais,

au-dessous de la colline, elle plonge dans la mer et disparaît sur une

longueur d'environ un quart de mille. Le plongement est graduel du

côté du sud, et plus brusque du côté du nord, comme le montre la

figure. Ni la couche calcaire ni la lave basaltique surincombante

(pour autant qu'on puisse distinguer cette dernière des coulées plus

récentes) n'augmentent d'épaisseur à mesure qu'elles plongent; j'en

conclus que ces couches n'ont pas été originairement accumulées

dans une dépression dont le centre serait devenu plus tard un point

d'éruption, mais qu'elles ont été dérangées et ployées postérieurement

à leur dépôt. Nous pouvons supposer, ou bien que Signal-Post Hill,

après son soulèvement, s'est abaissé avec la région environnante, ou

bien qu'il n'a jamais été soulevé à la même hauteur qu'elle. Cette

dernière hypothèse me paraît la plus vraisemblable, car, durant le

soulèvement lent et uniforme de cette partie de l'île, l'énergie

souterraine, affaiblie par des éruptions répétées de matières

volcaniques émises au-dessous de ce point, devait nécessairement

conserver moins de puissance pour le soulever. Un fait analogue semble

s'être produit près de Red Hill, car, en remontant les coulées de lave

qui affleurent, des environs de Porto-Praya vers l'intérieur de l'île,

j'ai été amené à supposer que la pente de la région a été légèrement

modifiée depuis que la lave y a coulé, soit qu'il y ait eu un léger

affaissement près de Red Hill, soit que cette partie de la plaine

ait été portée à une hauteur moins considérable que le reste de la

contrée, lors du soulèvement général.

_Lave basaltique qui surmonte le dépôt calcaire_.--Cette lave, d'un

gris pâle, est fusible en un émail noir; sa cassure est terreuse et

concrétionnée, elle contient de petits grains d'olivine. Les parties

centrales de la masse sont compactes, ou parsemées tout au plus de

quelques petites cavités, et elles sont souvent colonnaires. Cette

structure se présente d'une manière saillante à Quail-island où la

lave a été divisée, d'une part, en lamelles horizontales et, d'autre

part, découpée par des fissures verticales en plaques pentagonales;

celles-ci étant à leur tour empilées les unes sur les autres, se

sont insensiblement soudées, de manière à former de belles colonnes

symétriques. La surface inférieure de la lave est vésiculaire, mais

parfois sur une épaisseur de quelques pouces seulement; la surface

supérieure, qui est également vésiculaire, est divisée en sphères

formées de couches concentriques, et dont le diamètre atteint souvent

3 pieds. La masse est formée de plus d'une coulée; son épaisseur

totale étant, en moyenne, de 80 pieds. La partie inférieure s'est

certainement étalée en coulées sous-marines, et il en est probablement

de même pour la partie supérieure. Cette lave provient en majeure

partie des régions centrales de l'île, comprises entre les collines

marquées A, B, C, etc., dans la figure. La surface de la contrée est

unie et stérile près de la côte; le pays s'élève vers l'intérieur

par des terrasses successives; lorsqu'on les observe de loin, on en

distingue nettement quatre superposées.

_Éruptions volcaniques postérieures au soulèvement de la côte;

matières éruptives associées avec du calcaire terreux_.--Ces laves

récentes proviennent des collines coniques à teinte brun-rouge,

disséminées dans l'île et qui s'élèvent brusquement dans la plaine

près de la côte. J'en ai gravi plusieurs, mais je n'en décrirai qu'une

seule, Red Hill, qui peut servir de type pour ce groupe et dont

certaines particularités sont remarquables. Sa hauteur est de

600 pieds environ; elle est constituée par des roches de nature

basaltique, très scoriacées et d'un rouge vif; elle présente sur l'un

des côtés de son sommet une cavité qui est probablement le dernier

vestige d'un cratère. Plusieurs autres collines de la même catégorie

sont, à en juger par leur forme extérieure, surmontées de cratères

beaucoup mieux conservés. Lorsqu'on longe la côte par mer, on voit

clairement qu'une masse considérable de lave, partie de Red Hill,

s'est écoulée dans la mer en passant au-dessus d'une ligne de rochers

haute d'environ 120 pieds. Cette ligne de rochers constitue le

prolongement de celle qui forme la côte et qui borne la plaine de deux

côtés de la colline; ces coulées ont donc été émises par Red Hill

postérieurement à la formation des rochers de la côte, et à une époque

où la colline se trouvait, comme aujourd'hui, au-dessus du niveau de

la mer. Cette conclusion concorde avec la nature très scoriacée

de toutes les roches de Red Hill, qui semblent être de formation

subaérienne; et ce fait est important, car il existe près du sommet

quelques bancs d'une matière calcaire, qu'à première vue on pourrait

prendre à tort pour un dépôt sous-marin. Ces bancs sont formés de

carbonate de chaux, blanc, terreux, et tellement friable qu'il

s'écrase sous le moindre effort, les spécimens les plus compacts même

ne résistant pas à la pression des doigts. Quelques-unes de ces masses

sont blanches comme la chaux vive, et paraissent absolument pures,

mais on peut toujours y découvrir à la loupe de petites particules

de scories, et je n'ai pu en trouver une seule qui ne laissât pas de

résidu de cette nature quand on la dissolvait dans les acides. Il est

difficile, pour cette raison, de découvrir une particule de calcaire

qui ne change pas de couleur au chalumeau; la plupart d'entre elles

s'y vitrifient même. Les fragments scoriacés et la matière calcaire

sont associés de la manière la plus irrégulière, parfois en lits peu

distincts, mais plus fréquemment en une brèche confuse, où le calcaire

prédomine d'un côté et les scories de l'autre. Sir H. De La Beche a

bien voulu faire analyser quelques-uns des spécimens les plus purs,

dans le but de découvrir si, en raison de leur origine volcanique, ils

contenaient beaucoup de magnésie; mais on n'en a décelé qu'une faible

quantité, analogue à celle qui existe dans la plupart des calcaires.

Quand on brise les fragments de scories engagés dans la masse

calcaire, on voit qu'un grand nombre de leurs vacuoles sont tapissées

et même partiellement remplies d'un réseau de carbonate de chaux,

blanc, délicat, excessivement fragile et semblable à de la mousse, ou

plutôt à des conferves. Ces fibres, observées à l'aide d'une loupe

dont la distance focale est d'un dixième de pouce, se montrent

cylindriques; leur diamètre est légèrement supérieur à un millième de

pouce; elles sont ou simplement ramifiées, ou plus communément unies

en un réseau formant une masse irrégulière, à mailles de dimension et

de forme très variables. Quelques fibres sont recouvertes d'une couche

épaisse de spicules extrêmement fins, parfois agrégés en houppes

minuscules, ce qui leur donne un aspect velu. Ces spicules ont

un diamètre uniforme sur toute leur longueur; ils se détachent

facilement, de sorte que le porte-objet du microscope en est bientôt

recouvert. Le calcaire offre cette structure fibreuse dans les

vacuoles d'un grand nombre de fragments des scories, mais généralement

à un degré moins parfait. Ces vacuoles ne semblent pas être reliées

l'une à l'autre. Il n'est pas douteux, comme nous allons le montrer,

que le calcaire ait été éjaculé à l'état fluide, intimement mélangé à

la lave, et c'est pour cette raison que j'ai cru devoir m'arrêter à

décrire cette curieuse structure fibreuse, dont je ne connais aucun

analogue. A cause de la nature terreuse des fibres, cette structure ne

semble pas pouvoir être attribuée à la cristallisation.

D'autres fragments de la roche scoriacée de cette colline, quand on

les brise, se montrent rayés de traits blancs, courts et irréguliers,

qui proviennent d'une rangée de vacuoles séparées, entièrement

ou partiellement remplies d'une poudre calcareuse blanche. Cette

structure m'a rappelé immédiatement les petites boules et les

filaments étirés de farine, dans une pâte mal pétrie, avec laquelle

ils ne se sont pas mélangés, et je suis porté à penser que, de la même

manière, de petites masses de calcaire n'ayant pas été incorporées

dans la lave liquide, ont été étirées, lorsque toute la masse était

en mouvement. J'ai examiné soigneusement, en les broyant et en les

dissolvant dans les acides, des fragments de scories prises à moins

d'un demi-pouce de cellules qui étaient pleines de la poussière en

question, et je n'y ai pas trouvé de traces de calcaire. Il est clair

que la lave et le calcaire n'ont été que très imparfaitement mélangés.

Lorsque de petites masses de calcaire ont été empâtées dans la lave

encore visqueuse, où on les observe comme une matière pulvérulente, ou

en fibres réticulées tapissant les vacuoles, je suis porté à penser

que les gaz absorbés ont pu se dilater plus facilement aux points où

ce calcaire pulvérulent rendait la lave moins résistante.

A un mille à l'est de la ville de Praya on observe une gorge aux

parois escarpées, large de 150 yards environ, coupant la plaine

basaltique et les bancs sous-jacents, mais qui a été comblée par une

coulée de lave plus moderne. Cette lave est d'un gris sombre, et

présente presque partout une structure compacte et une disposition

imparfaitement colonnaire; mais, à une petite distance de la côte,

elle renferme, irrégulièrement disposée, une masse bréchiforme de

scories rouges, mélangées d'une quantité considérable de calcaire

blanc, terreux, friable, et en certains points, presque pur, comme

celui du sommet de Red Hill. Cette lave avec le calcaire qu'elle

empâte doit certainement avoir coulé comme une nappe régulière; à en

juger par la forme de la gorge, vers laquelle convergent encore les

précipitations atmosphériques actuellement peu abondantes dans cette

région, et par l'aspect de la couche de blocs incohérents ressemblant

aux quartiers de rochers du lit d'un torrent, et sur laquelle

repose la lave, nous pouvons conclure que la coulée était d'origine

subaérienne. Je n'ai pu suivre cette coulée jusqu'à son origine, mais,

d'après sa direction, elle paraît être descendue de Signal-Post Hill,

éloigné d'un mille un quart, et qui, comme Red Hill, a été un centre

d'éruption postérieure au soulèvement de la grande plaine basaltique.

Un fait qui concorde avec cette manière de voir, c'est que j'ai trouvé

sur Signal-Post Hill une masse de matière calcaire terreuse, de la

même nature, mélangée avec des scories. Il importe de faire observer

ici qu'une partie de la matière calcaire qui constitue le banc

sédimentaire horizontal, et spécialement la matière fine recouvrant

d'une couche blanche les fragments de roches engagés dans le banc,

doit son origine, suivant toute probabilité, à la fois à des éruptions

volcaniques et à la trituration de restes d'organismes. Les roches

cristallines anciennes sous-jacentes sont associées avec beaucoup

de carbonate de chaux sous la forme d'amygdaloïdes et de masses

irrégulières, dont je n'ai pu comprendre la nature.

En tenant compte de l'abondance du calcaire terreux près du sommet

de Red Hill, cône volcanique haut de 600 pieds et de formation

subaérienne, du mélange intime de petits fragments et de volumineux

amas de scories empâtés dans des masses d'un calcaire presque pur,

et de la manière dont de petits noyaux et des traînées de poussière

calcaire sont renfermés dans des fragments massifs de scories, en

tenant compte enfin d'une association identique de calcaire et de

scories, constatée dans une coulée de lave qu'on a toutes raisons de

croire moderne et subaérienne, et qui est descendue d'une colline où

l'on rencontre également du calcaire terreux, je pense que, sans aucun

doute, le calcaire a été éjaculé à l'état de mélange avec la lave

fondue. Je ne sache pas qu'aucun fait semblable ait été décrit, et il

me paraît intéressant de le signaler, d'autant plus qu'un grand nombre

de géologues ont certainement cherché à déterminer les actions qui

doivent se produire dans un foyer volcanique prenant naissance dans

des couches profondes, de composition minéralogique variée. La grande

abondance de silice libre dans les trachytes de certaines régions

(tels que ceux de Hongrie décrits par Beudant, et des îles Ponza par

P. Scrope) résout peut-être la question pour le cas où les roches

sous-jacentes seraient quartzeuses, et nous trouvons probablement ici

la solution du problème dans le cas où les produits volcaniques

ont traversé des masses sous-jacentes de calcaire. On est porté,

naturellement, à se demander à quel état se trouvait le carbonate de

chaux, actuellement terreux, au moment où il a été éjaculé avec

la lave dont la température était très élevée; l'état extrêmement

celluleux des scories de Red Hill prouve que la pression ne peut avoir

été bien considérable, et comme la plupart des éruptions volcaniques

sont accompagnées du dégagement de grandes quantités de vapeur d'eau

et d'autres gaz, nous trouvons ici réunies les conditions qui, suivant

les idées actuelles des chimistes, sont les plus favorables pour

l'élimination de l'acide carbonique[3]. On peut se demander si la

lente réabsorption de ce gaz n'a pas donné au calcaire renfermé dans

les vacuoles de la lave cette structure fibreuse si particulière,

semblable à celle d'un sel efflorescent. Enfin je ferai remarquer la

grande différence d'aspect constatée entre ce calcaire terreux, qui

doit avoir été porté à une haute température dans une atmosphère

de vapeur d'eau et de gaz divers, et le calcaire spathique, blanc,

cristallin, qui a été formé sous une nappe de lave peu épaisse (comme

à Quail-island) s'étalant sur un calcaire terreux et sur les débris

d'organismes tapissant le fond d'une mer peu profonde.

Observations Géologiques sur les Îles Volcaniques Explorées par l'Expédition du "Beagle" Et Notes sur la Géologie de l'Australie et du Cap de Bonne-Espérance · 第 2 / 18 段