M. Rasurel le considéra quelques instants avec stupeur.

--Je ne m’explique pas bien, dit-il d’un air soupçonneux, ce qui vous

pousse à faire si brusquement une communication que vous avez évitée

durant près de trois mois.

--J’ai réfléchi, monsieur le juge d’instruction, dit simplement M.

Aristide. Vous me gardez indéfiniment parce que votre religion n’est pas

éclairée: j’y perds! Je veux aller devant le jury, moi, devant le jury

parisien! Et pour avoir assassiné ma femme! Et pour l’avoir fait exprès!

Au moins, comme ça, je recouvrerai ma liberté tout de suite, on

m’acquittera: on acquitte toujours! Tandis qu’ici il n’y a plus de

raisons pour que ça finisse!

* * * * *

Mais M. Rasurel le garda encore cinq semaines à sa disposition. Il

procédait au classement du dossier avec une lenteur insupportable,

revenait sur toutes les pièces, interrogeait de nouveau tous les

témoins.

--Mais puisque j’avoue, monsieur le juge d’instruction, puisque j’avoue!

protestait M. Aristide.

--C’est précisément pour ça, finit par admettre M. Rasurel. Vous serez

acquitté, vous l’avez dit, et tout me porte à le croire. Alors il n’y a

que le moyen que j’emploie de vous faire accomplir un petit temps de

prison.

--Ça, c’est injuste! pleura M. Aristide.

L'ange du bizarre · 第 31 / 41 题