«Ça va faire une scène! se dit-il. J’aurai beau m’y prendre le plus
doucement, le plus gentiment du monde, ça fera une scène.»
Il avait horreur des larmes, il avait horreur des scènes, des repas
muets ou boudeurs, des nuits insomnieuses où deux êtres humains, un
homme et une femme, durant que leurs corps se touchent, agitent des
pensées ennemies, grandissent maladivement de médiocres griefs, qu’ils
pensaient, l’un et l’autre, oublier et qui remontent à la surface de
leur conscience.
«Je le dois, pourtant!» décida M. Le Courant, rassemblant toute son
énergie.
Il ouvrit la porte de la chambre conjugale. Mme Le Courant trempait un
toast dans une tasse de thé.
--C’est toi? Tu es habillé? fit-elle, en levant vers son mari des yeux
tranquilles.
--Je voulais seulement te demander, dit M. Le Courant... Cette dame,
cette Américaine, je crois, à côté de qui j’ai dîné hier, qui est-ce?...