6 heures.

_D'Elle à Lui_: Pourquoi nous sommes-nous quittés si tristes? nous

verrons-nous ce soir? pouvons-nous être heureux? pouvons-nous nous

aimer? Tu as dit que oui, et j'essaye de le croire. Mais il me semble

qu'il n'y a pas de suite dans tes idées, et qu'à la moindre souffrance,

tu t'indignes contre moi, comme contre un joug. Hélas! mon enfant! nous

nous aimons, voilà la seule chose sûre qu'il y ait entre nous. Le temps

et l'absence ne nous ont pas empêchés et ne nous empêcheront pas de nous

aimer. Mais notre vie est-elle possible ensemble? La mienne est-elle

possible avec quelqu'un? Cela m'effraye... Je sens que je vais t'aimer

encore comme autrefois si je ne fuis pas. Je te tuerai peut-être et

moi avec toi; penses-y bien... La fatalité m'a ramenée ici. Faut-il

l'accuser ou la bénir? Il y a des heures pusillanimes où l'effroi est

plus fort que l'amour...

...L'amour avec toi et une vie de fièvre pour tous deux peut-être, ou

bien la solitude et le désespoir pour moi seule. Dis-moi, crois-tu

pouvoir être heureux ailleurs? Oui, sans doute, tu as vingt ans et

les plus belles femmes du monde, les meilleures peut-être, peuvent

t'appartenir. Moi, je n'ai pour t'attacher que le peu de bien, et le

beaucoup de mal que je t'ai fait.

...Si tu reviens à moi, je ne peux te promettre qu'une chose, c'est

d'essayer de te rendre heureux. Mais il te faudrait de la patience et de

l'indulgence pour quelques moments de peur et de tristesse que

j'aurai encore sans doute. Cette patience-là n'est guère de ton âge.

Consulte-moi, mon ange, ma vie t'appartient et, quoi qu'il arrive, sache

que je t'aime et t'aimerai.

_De Lui_: Quitte-moi, toi, si tu veux. Tant que tu m'aimeras, c'est de

la folie. Je n'en aurai jamais la force. Écris-moi un mot. Je donnerais

je ne sais quoi pour t'avoir là. Si je puis me lever j'irai te voir.

_De Lui_: Je t'aime, je t'aime, je t'aime. Adieu, ô mon George. C'est

donc ainsi, je t'aime pourtant. Adieu, adieu, ma vie, mon bien; adieu

mes lèvres, mon coeur, mon amour. Je t'aime tant, ô Dieu!

Adieu. Toi, toi, toi, ne te moque pas d'un pauvre homme.

_D'Elle:_ Tout cela, vois-tu, c'est un jeu que nous jouons. Mais notre

coeur et notre vie seront l'enjeu et ce n'est pas tout à fait aussi

plaisant que cela en a l'air. Veux-tu que nous allions nous brûler la

cervelle ensemble à Franchart? Ce sera plus tôt fait!... Elle songe

réellement à ramener Musset dans cette forêt de Fontainebleau où ils

furent si heureux jadis. Une amie qu'elle a là-bas, Rosanne Bourgoin,

leur sera l'apaisement souhaité. Mais non! Il faut se séparer une fois

pour toutes. Il faut s'en donner le courage.--Une fatalité pesait sur

cet amour: tous deux se débattaient dans une détresse invincible.

Descendez, descendez, lamentables victimes, Descendez le chemin de

l'enfer éternel...

Le poète comprit que la situation était sans issue. Excédé de cette

passion épuisante, il résolut de partir.--Le l0 novembre, il l'annonce

à George Sand, ajoutant qu'il n'aura même pas le courage d'attendre son

départ à elle. Il veut néanmoins qu'elle accorde à «son pauvre vieux

lierre» une dernière entrevue, un dernier souvenir.

Le 12 novembre, il écrit au vigilant Tattet dont il sait l'influence si

redoutée de Celle qu'il veut fuir: «Tout est fini.--Si par hasard on

vous faisait quelques questions, si peut-être on allait vous voir pour

vous demander à vous-même si vous ne m'avez pas vu, répondez purement

que non et soyez sûr que notre secret commun est bien gardé de ma

part[134]...» Et il va en Bourgogne, à Montbard, se reposer chez un de ses

parents.

[Note 134: Lettre publiée par M. Clouard, article cité, p. 734.]

De son côté, George Sand est partie pour Nohant. Elle y éprouve comme

lui un sentiment de délivrance. Son ami Boucoiran, qui a su la rupture,

l'en félicite et elle lui répond: «Je ne vais pas mal, je me distrais

et ne retournerai à Paris que guérie et fortifiée... Vous avez tort

de parler comme vous faites d'Alfred. N'en parlez pas du tout si vous

m'aimez et soyez sûr que c'est fini à jamais entre lui et moi[135].»

[Note 135: Lettre du 15 novembre, citée par Mme Arvède Barine, p. 84.]

Huit jours s'écoulent, Alfred est guéri; mais voici que George se

reprend à l'aimer,--comme elle n'a jamais aimé. Elle revient à Paris

pour le voir. Il s'y refuse. Un désespoir violent s'empare de la pauvre

femme. Elle va payer toutes les larmes qu'elle a fait couler à Venise.

Dans son égarement, elle coupe sa chevelure et l'envoie à Musset. Le

poète touché va se rendre: ses amis le retiennent et triomphent encore.

Alors elle a recours à Sainte-Beuve.

Mais cette obstination à se torturer fatigue son confesseur d'autrefois:

Voilà deux jours que je ne vous ai vu, mon ami. Je ne suis pas encore

en état d'être abandonnée, de vous surtout qui êtes mon meilleur

soutien. Je suis résignée moins que jamais. Je sors, je me distrais,

je me secoue, mais en rentrant dans ma chambre, le soir, je deviens

folle.

Hier mes jambes m'ont emportée malgré moi; j'ai été chez _lui_.

Heureusement je ne l'ai pas trouvé. J'en mourrai. Je sais qu'il est

froid et colère en parlant de moi; je ne comprends pas seulement de

quoi il m'accuse, à propos de je ne sais qui. Cette injustice me

dévore le coeur; c'est affreux de se séparer sur de pareilles choses.

Et pas un mot, pas une marque de souvenir! Il s'impatiente et il rit

de ce que je ne pars pas. Mais, mon Dieu, conseillez-moi donc de me

tuer; il n'y a plus que cela à faire[136]!...

[Note 136: Lettre du 25 novembre, publiée par M. de Lovenjoul, article

cité, p. 438.]

Elle le supplie de venir. Elle va tous les jours chez Delacroix, un bon

ami, qui fait son portrait pour la _Revue_[137]. Mais le soir, elle est

seule et triste. «--Seule, quelle horreur!»

[Note 137: Nous savons par le _Journal_ du grand peintre comme les

passions emphatiques de G. Sand l'impatientaient...]

Elle traverse une crise terrible, elle va connaître des douleurs qu'elle

ne soupçonnait pas. Ce même jour, 25 novembre, trop fière pour écrire à

l'amant qui ne veut plus d'elle, trop malheureuse aussi, elle confie ses

tourments à un journal intime. Elle nous y laissera le plus sincère de

son âme. Son expérience d'écrivain et de psychologue lui a proposé cette

confession comme le meilleur des soulagements. Elle la continuera huit

jours, épanchant le trop-plein de son coeur avec cette abondante et

claire éloquence qui est tout son génie[138].

[Note 138: G. Sand remit plus tard ce journal intime à Musset. Mme

Jaubert, chez qui le poète l'avait déposé, en prit copie. Il est inédit.

Mais P. de Musset s'en est servi dans _Lui et Elle_, chap. xv. Maintes

phrases sont textuellement reproduites. Mme Arvède Barine en a donné

aussi de courts fragments, pp. 83-87.]

Ce soir donc, elle est allée aux Italiens,--en bousingot;--croyant se

distraire, elle s'y est ennuyée. On l'a remarquée, on l'a trouvée jolie.

Jolie pour qui, hélas! Ces compliments-là, depuis huit jours la laissent

insensible.--Elle a posé chez Delacroix, qui lui a fait plaisir en lui

vantant les croquis de l'album d'Alfred. Elle n'a pu résister au besoin

de lui parler de sa douleur. Il lui a conseillé de ne pas avoir de

courage: «Laissez-vous aller, disait-il; quand je suis ainsi, je ne fais

pas le fier, _je ne suis pas né romain_. Je m'abandonne à mon désespoir;

il me ronge, il m'abat, il me tue; quand il en a assez, il se lasse à

son tour, et il me quitte.»

Son chagrin à elle augmente tous les jours. Elle se retient d'aller

casser le cordon de la sonnette d'Alfred jusqu'à ce qu'il lui ouvre, de

se coucher en travers de sa porte....

... Si je me jetais à son cou, dans ses bras; si je lui disais: «Tu

m'aimes encore, tu en souffres, tu en rougis, mais tu me plains trop

pour ne pas m'aimer. Tu vois bien que je t'aime, que je ne peux aimer

que toi; embrasse-moi, ne me dis rien, ne discutons pas. Dis-moi

quelques douces paroles, caresse-moi puisque tu me trouves encore

jolie malgré mes cheveux coupés, malgré les deux grandes rides qui

se sont formées depuis l'autre jour sur mes joues. Eh bien, qua

tu sentiras ta sensibilité se lasser et ton irritation revenir,

renvoie-moi, maltraite-moi, mais que ce ne soit jamais avec cet

affreux mot: _dernière fois!_ Je souffrirai tant que tu voudras; mais

laisse-moi quelquefois, ne fût-ce qu'une fois par semaine, venir

chercher une larme, un baiser, qui me fasse vivre et me donne du

courage.--Mais tu ne peux pas! Ah! que tu es las de moi! Et que tu

t'es vite guéri aussi, toi! Hélas, mon Dieu, j'ai de plus grands torts

certainement que tu n'en eus à Venise, quand je me consolai. Mais tu

ne m'aimais pas, et la raison égoïste et méchante me disait: _Tu fais

bien!_ A présent, je suis encore coupable à tes yeux, mais je le suis

dans le passé. Le présent est beau et bon encore: je t'aime; je me

soumettrais à tous les supplices pour être aimé de toi et tu me

quittes! Ah! pauvre homme! vous êtes fou. C'est votre orgueil qui vous

conseille. Vous devez en avoir, le vôtre est beau, parce que votre

âme est belle, mais votre raison devrait le faire taire et vous dire:

«Aime cette pauvre femme, tu es bien sûr de ne pas trop l'aimer à

présent, que crains-tu? Elle ne sera pas trop exigeante, l'infortunée.

Celui des deux qui aime le moins est celui qui souffre le moins. C'est

le moment de l'aimer ou jamais.»

Ses fautes ont profité à son âme. Elle a besoin d'un bras solide pour la

soutenir et d'un coeur sans vanité pour l'accueillir et la conserver.

«Mais ces hommes-là sont des chênes noueux dont l'écorce repousse, et

toi, poète, belle fleur, j'ai voulu boire ta rosée, elle m'a enivrée,

elle m'a empoisonnée, et dans un jour de colère j'ai cherché un

contrepoison qui m'a achevée....»

Son épanchement douloureux remplit des pages et des pages. Elle le

reprend au bout de trois jours pour consigner les précieuses confidences

de trois de ses amis célèbres sur l'amour:

Liszt me disait ce soir qu'il n'y avait que Dieu qui méritait d'être

aimé. C'est possible, mais quand on aime un homme, il est bien

difficile d'aimer Dieu. C'est si différent! Il est vrai que Liszt

ajoutait qu'il n'a eu de vive sympathie dans sa vie que pour M. de

Lamennais, et que jamais un amour terrestre ne s'emparerait de lui. Il

est bien heureux, ce petit chrétien-là! J'ai vu Heine ce matin. Il

m'a dit qu'on n'aimait qu'avec la tête et les sens, et que le coeur

n'était que pour bien peu dans l'amour. J'ai vu Mme Allart à 2 heures,

elle m'a dit qu'il fallait _ruser_ avec les hommes et faire semblant

de se fâcher pour les ramener. Il n'y a que Sainte-Beuve qui ne m'ait

pas fait de mal et qui ne m'ait pas dit de sottise. Je lui ai demandé

ce que c'était que l'amour, et il m'a répondu: «Ce sont les larmes;

vous pleurez, vous aimez.» Oh! oui, mon pauvre ami, j'aime! J'appelle

en vain la colère à mon secours. J'aime, j'en mourrai, ou Dieu fera un

miracle pour moi: il me donnera l'ambition littéraire ou la dévotion:

il faut que j'aille trouver soeur Marthe[139].

[Note 139: La religieuse du couvent des Augustines où avait été élevée

G. Sand et auprès de qui elle alla se recueillir plusieurs fois après

son mariage.--Est-ce cette amitié pour soeur Marthe qu'évoquent Camille

et Perdican dans: _On ne badine pas avec l'amour_?]

Que faire? L'isolement la tue: elle ne peut pas travailler. Son journal

désormais la consolera tous les soirs.

Elle est retournée aux Italiens. Mais la musique lui fait du mal. Et

puis toutes ces femmes blondes, blanches, parées, «ce champ où Fantasio

ira cueillir ses bluets!...» Qui d'entre elles saura l'aimer comme

Elle l'aime? Il dit maintenant, il pense peut-être qu'elle joue une

comédie,--et elle en meurt. Où est le temps de ces lettres d'amour

qu'elle recevait en Italie? «Oh! ces lettres que je n'ai plus! que j'ai

tant baisées, tant arrosées de larmes, tant collées sur mon coeur nu,

quand l'autre ne me voyait pas!»

Et elle revient à tout ce passé de Venise, longuement,

douloureusement[140].... N'a-t-elle pas assez expié? Ne voilà-t-il pas,

depuis des semaines, assez de terreurs, de frissons, de prières éperdues

dans les églises... Un de ces soirs, à Saint-Sulpice, une voix lui a

crié: Confesse et meurs!--«Hélas! j'ai confessé le lendemain et je n'ai

pas pu mourir.» Car on ne meurt pas, on souffre, on s'assoupit

dans d'affreux rêves... Que ne peut-elle aimer quelqu'un, que ne

retrouve-t-elle «cette féroce vigueur de Venise», qui fut son crime, un

crime qui la tue dans une trop longue agonie.

[Note 140: Ici le passage que nous avons donné plus haut, p. 122.]

Vraiment, toi, cruel enfant, pourquoi m'as-tu aimée, après m'avoir

haïe? Quel mystère s'accomplit en toi chaque semaine? Pourquoi ce

_crescendo_ de déplaisir, de dégoût, d'aversion, de fureur, de froide

et méprisante raillerie? Et puis tout à-coup, ces larmes, cette

douleur, cet amour ineffable qui revient? Tourment de ma vie! Amour

funeste! Je donnerais tout ce que j'ai reçu pour un seul jour de ton

effusion! Mais _jamais_! jamais! C'est trop affreux! Je ne peux pas

croire cela! Je vais y aller! J'y vais!--Non!--Crier, hurler, mais il

ne faut pas y aller. Sainte-Beuve ne veut pas.

Enfin, c'est le retour de votre amour à Venise, qui a fait mon

désespoir et mon crime. Pouvais-je parler? Vous n'auriez plus voulu

de mes soins, vous seriez mort de rage en les subissant. Et

qu'auriez-vous fait sans moi, pauvre colombe mourante? Ah Dieu, je

n'ai jamais pensé un instant à ce que vous aviez souffert, à cause de

cette maladie et à cause de moi, sans que ma poitrine se brisât en

sanglot. Je vous trompais, et j'étais là entre deux hommes, l'un qui

me disait: «Reviens à moi, je réparerai mes torts, je t'aimerai, je

mourrai sans toi.» Et l'autre, qui disait tout bas, dans mon autre

oreille: «Faites attention, vous êtes à moi, il n'y a plus à en

revenir, mentez! Dieu le veut, Dieu vous absoudra.» Ah! pauvre femme!

pauvre femme! c'est alors qu'il fallait mourir!

Suspendons un moment ce résumé banal et froid de la précieuse

confession. Aussi bien présente-t-elle ici une lacune de plusieurs

jours. Et revenons à Sainte-Beuve.--Il est allé voir George Sand. Il a

consenti à prier Musset de ne point abandonner la malheureuse. Mais

le poète est décidé à ne pas reprendre sa chaîne. Il écrit donc au

complaisant intercesseur:

Je vous suis bien reconnaissant, mon ami, de l'intérêt que vous avez

bien voulu prendre, dans ces tristes circonstances, à moi et à la

personne dont vous me parlez aujourd'hui. Il ne m'est plus possible

maintenant de conserver, sous quelque prétexte que ce soit, des

relations avec elle, ni par écrit ni autrement. J'espère que ses amis

ne croiront pas voir dans cette résolution aucune intention offensante

pour elle, ni aucun dessein de l'accuser en quoi que ce soit. S'il y a

quelqu'un à accuser là dedans, c'est moi, qui, par une faiblesse bien

mal raisonnée, ai pu consentir à des visites fort dangereuses sans

doute, comme vous me le dites vous-même. Madame Sand sait parfaitement

mes intentions présentes, et si c'est elle qui vous a prié de me dire

de ne plus la voir, j'avoue que je ne comprends pas bien par quel

motif elle l'a fait, lorsque hier soir même, j'ai refusé positivement

de la recevoir à la maison...

Il ajoute qu'il espère bien que ses bonnes relations avec Sainte-Beuve

se maintiendront: «Vous feriez de moi un _cruel_ si vous me laissiez

croire que pour vous voir il faut que je sois brouillé avec ma

maîtresse[141].»

[Note 141: Lettre publiée par M. de Lovenjoul, article cité, p. 439.]

George Sand a compris que Musset était excédé. Elle va essayer de la

résignation. Elle écrit à Sainte-Beuve le 28 novembre[142]:

[Note 142: _Id._, p. 439.]

Tâchez, mon ami, de venir me voir aujourd'hui. Je vous espère et ne

vous écris que pour être sûre. Je n'ai plus même l'espoir de terminer

doucement cet amour si orageux et si cruel. Il faut qu'il se brise et

mon coeur avec!

Il faut de la force, donnez-m'en; ne cherchez plus à me faire espérer,

c'est pire. Ne vous ennuyez pas trop de mon désespoir; j'en ai tant

que je ne peux pas le porter.

Un passage de la cinquième de ses _Lettres d'un voyageur_, le récit des

amours de Watelet et de Marguerite Leconte, fait allusion à cette crise

de son âme[143]. Mais le journal intime que nous citions plus haut va nous

la préciser davantage.

[Note 143: Remarque de M. de Lovenjoul (article cité de _Cosmopolis_,

p. 440).--Cette cinquième Lettre a paru dans la _Revue des Deux Mondes_

du 15 janvier 1835 sous le titre de _Lettres d'un oncle_.]

Musset a refusé de revoir sa maîtresse, et puis il y a consenti, mais

sans lui rendre encore son amour. Elle comprend, dans sa subtilité de

femme, qu'il agit par faiblesse, car le monde est entre eux. «... Tu ne

peux pas ôter de devant tes yeux l'injure qui t'a été faite par moi,

mais tu ne peux pas ôter de ton coeur la compassion et l'amitié. Pauvre

Alfred! Si personne ne le savait, comme tu me pardonnerais!»

Musset a peur de se laisser reprendre à son amour, mais il en meurt

d'envie. Il feint d'être jaloux de Liszt. Le brave Buloz a conseillé

à George Sand de renvoyer le musicien. Elle n'a aucun motif pour le

renvoyer. «Si elle avait pu aimer M. Liszt, elle l'aurait aimé de

colère.» Mais c'est chose impossible à son coeur.--«Ah! mon cher bon,

s'écrie-t-elle, si tu pouvais être jaloux de moi, avec quel plaisir

je renverrais tous ces gens-là!» Hélas! elle n'ambitionne pas encore

l'amour, mais seulement l'estime de son cruel ami. Elle l'a dit à Buloz;

c'est son idée fixe; elle sera résignée et patiente; elle se régénérera.

Pour se réhabiliter à _ses_ yeux, elle s'entourera d'hommes purs et

distingués, Liszt, Delacroix, Berlioz, Meyerbeer. On la plaisantera

encore et il prendra une maîtresse; mais la vérité triomphera. Et cet

invincible amour se fait humble jusqu'à la faiblesse, comme pour effacer

le souvenir des fautes et de la fierté de jadis.

... Quand j'aurai mené cette vie honnête et sage, assez longtemps pour

prouver que je peux la mener, j'irai, ô mon amour, te demander une

poignée de main. Je n'irai pas te tourmenter de jalousies et de

persécutions inutiles; je sais bien que quand on n'aime plus, on n'aime

plus. Mais ton amitié, il me la faut, pour supporter l'amour que

j'ai dans le coeur, et pour empêcher qu'il me tue. Oh! si je l'avais

aujourd'hui. Hélas! que je suis pressée de l'avoir! Qu'elle me ferait de

bien! Si j'avais quelques lignes de toi de temps en temps! Un mot, la

permission de t'envoyer de temps en temps une petite image de 4 sous,

achetée sur les quais, des cigarettes faites par moi, un oiseau, un

joujou! Quelque chose pour tromper ma douleur et mon ennui; pour me

figurer que tu penses un peu à moi en recevant ces niaiseries!--Oh! ce

n'est pas du calcul, de la prudence, la crainte du monde; sacré Dieu, ce

n'est pas cela! Je dis mon histoire à tout le monde; on la sait, on en

parle, on rit de moi; cela m'est à peu près égal.

Musset n'a pas caché à son amie qu'il veut se délivrer de cette passion

éternellement, menaçante, comme d'un fardeau trop lourd pour sa

faiblesse. Ils ont dîné ensemble. Le poète lui a vanté sa maîtresse du

moment. Elle a compris toute la bassesse de la jalousie, et sa naturelle

bonté, aidée par son orgueil, la pousse maintenant à souhaiter que cette

femme l'apaise et le console: «Qu'elle lui apprenne à croire. Hélas! moi

je ne lui ai appris qu'à nier!»

Ce mois de décembre 1834 fut lamentable à George Sand. La pauvre Lélia

connut le désespoir. La fin de son journal intime nous dévoile les

affres d'agonie par où passa son coeur. Le fantôme du suicide hanta

réellement cette âme désemparée qui vivait les douleurs de ses fictions

romantiques. Mais sa tendresse profonde pour ses enfants l'en détourna,

et aussi la brûlante hantise de cet autre enfant qui tenait décidément

tant de place dans son être amoureux.

Pourquoi m'avez-vous réveillée, ô mon Dieu, quand je m'étendais avec

résignation sur cette couche glacée? Pourquoi avez-vous fait repasser

devant moi ce fantôme de mes nuits brûlantes? Ange de mort, amour

funeste, ô mon destin, sous la figure d'un enfant blond et délicat!

Oh! que je t'aime encore, assassin! Que tes baisers me brûlent donc

vite et que je meure consumée! Tu jetteras mes cendres au vent, elles

feront pousser des fleurs qui te réjouiront.

Quel est ce feu qui dévore mes entrailles? Il semble qu'un volcan

gronde au dedans de moi et que je vais éclater comme un cratère. O

Dieu, prends donc pitié de cet être qui souffre tant!

... O mes yeux bleus, vous ne me regardez plus! Belle tête, je ne te

verrai plus t'incliner sur moi et te voiler d'une douce langueur! Mon

petit corps souple et chaud, vous ne vous étendrez plus sur moi, comme

Élisée sur l'enfant mort, pour me ranimer. Vous ne me toucherez plus

la main, comme Jésus à la fille de Jaïre, en disant: «Petite fille,

lève-toi.» Adieu mes cheveux blonds! Adieu mes blanches épaules!

Adieu tout ce que j'aimais, tout ce qui était à moi! J'embrasserai

maintenant dans mes nuits ardentes le tronc des sapins et des rochers,

dans les forêts, en criant votre nom; et quand j'aurai rêvé le

plaisir, je tomberai évanouie sur la terre humide!

Le merveilleux instinct de poétisation! Quelle femme profondément femme

était cet écrivain de génie.

Cette confession des premiers jours de décembre 1834, si franchement

belle, où la pauvre femme se débat entre sa faiblesse désespérée et ce

qui lui reste d'orgueil, mérite d'être connue tout entière. Elle absout

George Sand de bien des erreurs. C'est pourquoi je n'ai pas eu de

scrupule à en détacher, indiscrètement, quelques passages.--Elle se

demande, dans sa douleur, quel mal elle a fait pour connaître ce

châtiment, «cet amour de lionne».--«Pourquoi mon sang s'est-il changé en

feu et pourquoi ai-je, comme au moment de mourir, des embrassements plus

fougueux que ceux des hommes?... Tu veux donc que je me tue; tu me dis

que tu me le défends, et cependant que deviendrai-je loin de toi, si

cette flamme continue à me ronger!»--Et pourquoi ne se tuerait-elle

pas? Ses enfants?... Le déchirement qu'elle éprouve à l'idée de les

abandonner, ne serait-il pas une absolution devant Dieu!... Elle songe

alors au chagrin qu'aurait son Maurice, et cette affreuse vision

détourne d'elle la tentation maudite. «--Oh! mon fils! Je veux que tu

lises ceci un jour, et que tu saches combien je t'ai aimé.»

Le lendemain, elle confie à son journal ses impressions d'une rencontre

inattendue avec Jules Sandeau, chez Gustave Papet. Voilà donc ce que

devient l'amour! Ils ont causé sans embarras, en bonne amitié. Sandeau

s'est disculpé d'avoir trempé dans les potins de Planche, de Pyat et

des autres. Et ils se sont promis de ne pas s'éviter désormais... C'est

comme un apaisement qu'elle éprouve de cette rencontre.

Mais deux jours se passent, et de nouveau elle souffre atrocement.

Alfred ne l'aime plus. Elle était bien malade quand il l'a quittée hier

soir, et il n'a pas envoyé prendre de ses nouvelles. «Je l'ai espéré et

attendu, minute par minute, depuis 11 heures du matin jusqu'à minuit.

Quelle journée! Chaque coup de sonnette me faisait bondir... Tu m'aimes

encore avec les sens et plus que jamais ainsi. Et moi aussi, je n'ai

jamais aimé personne et je ne t'ai jamais aimé de la sorte. Mais je

t'aime aussi avec toute mon âme, et toi tu n'as pas même d'amitié pour

moi.»--D'ailleurs, il désire qu'elle parte.--«Pardonne-moi de t'avoir

fait souffrir et sois bien vengé.»--Elle partira.

--Musset s'était montré plus fort que ses amis ne l'avaient espéré. Sans

doute aussi son amour cédait-il à l'excès des souffrances, y laissant

entrer l'orgueil à son tour.

Il éprouva d'abord un grand soulagement du départ de George Sand.

Celle-ci, qui n'avait pas rompu encore avec M. Dudevant, rentrait à

Nohant pour la troisième fois depuis son retour de Venise.--A peine

installée, elle écrit à son cher confident Sainte-Beuve, et lui expose

l'état de son coeur. Il lui a fallu quelques jours pour se reprendre;

mais le réveil a été assez doux. Elle a retrouvé ses fidèles amis.

Alfred lui a écrit affectueusement, «se repentant beaucoup de ses

violences. Son coeur est si bon dans tout cela!»--«Je ne désire plus le

revoir, ajoute-t-elle, cela me fait trop de mal. Mais il me faudra de la

force pour lui refuser des entrevues... Il ne m'aime plus, mais il est

toujours tendre et repentant après la colère... et je me retrouverai

tout à coup l'aimant et ayant travaillé en vain à me détacher.» Et elle

promet à Sainte-Beuve qu'elle aura la force de le fuir[144].

[Note 144: _Revue de Paris_ du 15 nov. 1896, p. 291.]

Vaines paroles! Un mois s'écoule à peine, George Sand est de retour à

Paris. Elle retrouve Musset qui, lui non plus, ne peut se passer d'elle,

et c'est par un cri de triomphe qu'elle nous apprend cette nouvelle

victoire de l'amour. Se souvenant d'Alfred Tattet avant tous,--son

ennemi pour avoir été trop l'ami du repos de Musset,--elle lui écrit le

14 janvier 1835: «Monsieur, il y a des opérations chirurgicales fort

bien faites et qui font honneur à l'habileté du chirurgien, mais qui

n'empêchent pas la maladie de revenir. En raison de cette possibilité,

Alfred est redevenu mon amant.» Et sans rancune, elle l'invite à dîner

_chez eux_[145].

[Note 145: Lettre publiée par M. Clouard, article cité, p. 735.]

Tattet garda ses convictions et son attitude. Six semaines plus tard,

craignant d'être compromise au sujet des tableaux que Pagello avait

apportés d'Italie, dans la discrétion dont elle avait usé en les payant

à celui-ci sans avoir réellement pu les vendre, George Sand écrivait

encore à Tattet qui était resté l'ami du Vénitien, pour le prier de

se charger de ses tableaux. Mais le ton de cette lettre témoigne

d'hostilités persistantes: «Si votre amour de la vérité vous a commandé

de me nuire, écrit-elle, il doit vous commander de me réhabiliter sous

les rapports par où je le mérite[146].»

[Note 146: Lettre publiée par M. Clouard, article cité, p. 736.]

Cette reprise des deux amants ne resta pas longtemps prospère. Elle

n'était pas plus viable que les précédentes. Musset avait prononcé

d'avance la condamnation de cette poursuite obstinée du bonheur. Au

retour de Venise, versant son amertume résignée dans la plus touchante

de ses fictions: _On ne badine pas avec l'amour,_ il avait été prophète

de sa propre histoire. Écoutons la plainte de Perdican:

«Orgueil, le plus fatal des conseillers humains, qu'es-tu venu faire

entre cette femme et moi? La voilà pâle et effrayée qui presse sur les

dalles insensibles son coeur et son visage. Elle aurait pu m'aimer et

nous étions nés l'un pour l'autre; qu'es-tu venu faire sur nos lèvres,

orgueil, lorsque nos mains allaient se joindre?

«Insensés que nous sommes! Nous nous aimons. Quel songe avons-nous fait,

Camille? Quelles vaines paroles, quelle misérable folie ont passé

comme un vent funeste entre nous deux? Lequel de nous a voulu tromper

l'autre[147]?...»

[Note 147: _On ne badine pas avec l'amour,_ acte III, sc. VIII.]

La triste Camille, la pauvre George Sand, répond à ces stances

douloureuses, par ses lettres navrées du fatal hiver de 1835:

«Je ne t'aime plus, mais je t'adore toujours. Je ne veux plus de toi,

mais je ne puis m'en passer... Adieu. Reste, pars, seulement ne dis pas

que je ne souffre pas... Mon seul amour, ma vie, mes entrailles, mon

frère, mon sang, allez-vous-en, mais tuez-moi en partant.»

Il n'est plus question que de départ dans les lettres de l'un et de

l'autre. Musset envoie-t-il à sa maîtresse ce billet repentant:

«Mon enfant, viens me voir ce soir, je t'en prie. Je t'ai écrit sans

réfléchir, et si je t'ai parlé durement, c'est sans le vouloir. Viens,

si tu me crois.»

Le lendemain, l'ayant revue, il lui fait ses adieux, et même lui assure

que sa place est retenue dans la malle-poste de Strasbourg. Ils se

renvoient chacun les objets qui appartiennent à l'autre, «les oripeaux

des anciens jours de joie»; ils se disent encore adieu, et puis n'ont

plus la force de partir...

Parmi ces billets un peu monotones, une dernière lettre de Musset, qui

est précieuse. Le voilà sensiblement épuisé. Leur amour lui est apparu

comme la réalisation tragique de _Lélia._ Sténio, c'est lui, mais

vivant, non plus endormi sous les roseaux du lac, mais assistant à ses

douleurs à elle, et à son agonie.

Il décrit longuement son affreux rêve, avec l'accent même, la mélancolie

romantique de _Lélia_.

...Tu me disais toujours: «Voilà toute ma vie revenue, il faut me

traiter en convalescente; je vais renaître.» Et, en disant cela, tu

écrivais ton testament. Moi, je me disais: «Voilà ce que je ferai: je

la prendrai avec moi pour aller dans une prairie; je lui montrerai les

feuilles qui poussent, les fleurs qui s'aiment, le soleil qui échauffe

tout dans l'horizon plein de vie. Je l'assoirai sur du jeune chaume;

elle écoutera et elle comprendra bien ce que disent tous ces oiseaux,

toutes ces rivières avec les harmonies du monde. Elle reconnaîtra

tous ces milliers de frères, et moi pour l'un d'entre eux. Elle nous

pressera sur son coeur; elle deviendra blanche comme un lis, et elle

prendra racine dans la sève du monde tout-puissant.» Je t'ai donc

prise et je t'ai emportée. Mais je me suis senti trop faible. Je

croyais que j'étais tout jeune, parce que j'avais vécu sans mon coeur,

et que je me disais toujours: «Je m'en servirai en temps et lieu.»

Mais j'avais traversé un si triste pays, que mon coeur ne pouvait plus

se desserrer sans souffrir, tant il avait souffert pour se serrer

autant, ce qui fait que mes bras étaient allongés et tout maigres,

et je t'ai laissée tomber. Tu ne m'en as pas voulu, tu m'as dit que

c'était parce que tu étais trop lourde, et tu t'es retournée la face

contre terre. Mais tu me faisais signe de la main pour me dire de

continuer sans toi, et que la montagne était proche. Mais tu es

devenue pâle comme une hyacinthe, et le tertre vert s'est roulé sur

toi, et je n'ai plus vu qu'une petite éminence où poussait de l'herbe.

Je me suis mis à pleurer sur ta tombe, et alors je me suis senti

la force d'un millier d'hommes pour t'emporter. Mais les cloches

sonnaient dans le lointain, et il y avait des gens qui traversaient

la vallée en disant: «Voilà comme elle était; elle faisait ceci, elle

faisait cela, elle a fini par là.» Alors il est venu des hommes qui

m'ont dit: «La voilà donc! Nous l'avons tuée!» Mais je me suis éloigné

avec horreur en disant: «Je ne l'ai pas tuée; si j'ai de son sang

après les mains, c'est que je l'ai ensevelie, et vous, vous l'avez

tuée et vous avez lavé vos mains. Prenez garde que je n'écrive sur sa

tombe qu'elle était bonne, sincère et grande; et si on vous demande

qui je suis, répondez que vous n'en savez rien, attendu que je sais

qui vous êtes. Le jour où elle sortira de cette tombe, son visage

portera les marques de vos coups, mais ses larmes les cacheront, et il

y en aura une pour moi.»

Mais toi, tu ne vois pas les miennes! Ma fatale jeunesse n'a point

sur le visage un rire convulsif; tu m'as aimé, mais ton amour était

solitaire comme le désespoir. Tu avais tant pleuré, et moi si peu! Tu

meurs muette sur mon coeur, mais je ne retournerai point à la vie,

quand tu n'y seras plus. J'aimerai les fleurs de ta tombe comme je

t'ai aimée. Elles me laisseront boire, comme toi, leurs doux parfums

et leur triste rosée, elles se faneront comme toi sans me répondre et

sans savoir pourquoi elles meurent.

Leur amour ne devait pas finir sur cette plainte résignée. Une fois

encore, après d'autres orages, Musset essaye de s'enfuir. Ce dernier

billet en témoigne:

_Senza veder, senza parlar, toccar la mano d'un pazzo che parte domani_.

(Sans se voir, sans se parler, serrer la main d'un fou qui part demain.)

Il ne put tenir sa parole, et c'est George Sand qui eut le courage d'en

finir: «Non, non, c'est assez! pauvre malheureux, je t'ai aimé comme mon

fils, c'est un amour de mère, j'en saigne encore. Je te plains, je te

pardonne tout, mais il faut nous quitter, j'y deviendrais méchante...

Plus tu perds le droit d'être jaloux, plus tu le deviens! Cela ressemble

à une punition de Dieu sur ta pauvre tête. Mais, mes enfants à moi!

Oh! mes enfants! Adieu! adieu! malheureux que tu es! Mes enfants! mes

enfants!»

Ce n'est plus l'amour de lionne, l'amour désespéré des nuits affolées de

décembre. Elle est épuisée à son tour, et la lassitude ramène la raison.

Elle aura la force de briser ses liens: la mère délivre l'amante.

Sainte-Beuve a été chez Musset pour le supplier de ne plus la revoir[148].

Elle sent bien que seule l'absence empêchera le malheureux de revenir

toujours. Son retour à Nohant décidé, elle écrit à Boucoiran de «l'aider

à partir». Il s'agit de «tromper l'inquiétude d'Alfred», d'arriver chez

elle en feignant de mauvaises nouvelles de Mme Dupin. Elle sortira

aussitôt comme pour courir chez sa mère,--mais prendra le courrier de

Nohant[149].

[Note 148: Ne l'ayant pas trouvé, il lui écrit sur une carte de

visite: «Mon cher ami, je venais vous voir pour vous prier de ne plus

voir ni recevoir la personne que j'ai vue ce matin si affligée. Je vous

ai mal conseillé en voulant vous rapprocher trop vite. Écrivez-lui un

mot bon, mais ne la voyez pas. Cela vous ferait trop de mal à tous les

deux. Pardonnez-moi mon conseil à faux.--A bientôt.»]

[Note 1149: Lettre du 6 mars, publiée par M. de Lovenjoul, article

cité, p. 443.]

Ainsi fut fait. Elle partit, et, le lendemain, Musset, revenant au quai

Malaquais, apprit la vérité. Il écrivit encore à Boucoiran pour s'en

assurer de lui-même, mais bien décidé cette fois «à respecter les

volontés» de sa maîtresse[150]. Il se tint parole et tout fut fini.

[Note 150: Lettre du 7 mars, publiée par M. Clouard, article cité, p.

737.]

Une histoire d'Amour : George Sand et A. de Musset Documents inédits, Lettres de Musset · 第 27 / 33 题