Le public anglais est vivement ému par les nouvelles qui viennent
d'arriver de la côte de Guinée. La ville d'Elmina, un des principaux
centres du commerce de cette contrée avec l'Europe, a été bombardée et
réduite en cendres par le commandant militaire de la colonie, qui a été
obligé de recourir à ce moyen extrême pour sortir de la situation
critique où l'avait mis l'attaque de la tribu hostile des Ashantees. La
ville d'Elmina, qui ne comptait pas moins de 10,000 habitants, avait été
fondée par les Hollandais qui l'avaient cédée à l'Angleterre avec son
territoire, il y a un an à peine; en échange de cette cession,
l'Angleterre consentait à ne pas s'opposer aux conquêtes que les
Hollandais pourraient vouloir faire dans l'île de Sumatra. On sait
comment les Hollandais usèrent de la faculté qu'ils venaient d'acquérir
et par quel insuccès se termina l'expédition qu'ils s'empressèrent
d'organiser contre le sultan d'Atchin; l'Angleterre n'a guère été plus
heureuse: elle avait à peine pris possession de sa nouvelle colonie,
qu'elle se voyait attaquée par une peuplade indigène, celle des
Ashantees qui, au nombre de 50,000, venaient cerner la garnison de la
citadelle dominant la ville d'Elmina. Or, les habitants de cette
dernière étaient pour la plupart sympathiques à la cause des Ashantees
et tout disposés à favoriser leur entreprise; le commandant anglais
n'eût d'autres ressources que de menacer d'un bombardement si l'ennemi
ne se retirait pas, et de mettre la menace à exécution, cette sommation
étant restée sans effet.
La nouvelle de cet événement a produit, de l'autre côté du détroit, une
impression d'autant plus fâcheuse que le traité avec la Hollande avait
été l'objet de nombreuses critiques lors de sa conclusion.