Très sobre de bijoux, il abandonne volontiers ce faux éclat, cet

affichage de chaînes et de breloques aux courtiers enrichis. A ce

propos, que vont devenir ces pauvres hères, si on leur enlève cet unique

moyen qu'ils ont de se faire remarquer? Voici ce qu'on lisait, il y a

quelque temps, dans un journal de haut high-life:

«C'est une faute de goût de porter une chaîne, quelque précieuse qu'elle

soit, dès qu'on se met en habit noir; car paraître s'inquiéter de

l'heure dans un salon est une impolitesse à l'égard du maître et de ses

hôtes.»

Et le chroniqueur concluait en ces termes:

«Un manquement à cette règle de haute convenance suffit à classer, ou

pour mieux dire, à déclasser son homme.»

Il y a peut-être là toute une révolution sociale. Mais il est bon

d'attendre pour savoir si l'arrêt ne sera pas cassé.

* * * * *

Et, maintenant, quelques indications sur le vêtement des hommes, dans

certaines réunions et cérémonies.

L'habit, le gilet et le pantalon noirs avec la cravate blanche, sont de

rigueur dans les grands dîners, les bals et les soirées, les

représentations théâtrales, toute réunion enfin où les femmes se

montrent coiffées en cheveux et en robes décolletées.

Même tenue pour les messes de mariage, d'enterrement, et autres

solennités officielles.

Pour une visite de condoléance, la redingote noire croisée et les gants

foncés.

Une visite de jour qui n'est pas officielle, se fait en redingote.

Le gilet blanc a été abandonné dans toute toilette de cérémonie; on ne

le porte plus qu'avec la redingote croisée.

VISITES ET CARTES DE VISITE

Les visites du jour de l'an, les plus intimes comme les plus

cérémonieuses, se font le jour même.

Il est admis, pour ce jour-là seulement, que les dames reçoivent à

partir de dix heures du matin.

Les hommes doivent être en habit noir et cravate blanche.

Dans la matinée, les parents enverront les enfants présenter leurs vœux

et bons souhaits à leurs ascendants, ainsi qu'aux parrains et marraines.

Au cours d'une visite, quand une autre personne se présente, ne vous

levez pas immédiatement; attendez deux ou trois minutes.

Ne sortez jamais en même temps qu'une jeune femme pour ne pas donner

prise à la médisance.

Si la personne que l'on va voir, a un jour déterminé pour ses

réceptions, c'est ce jour naturellement qu'il faut prendre.

A moins d'intimité, l'on ne fera point de visite le Vendredi-Saint, le

jour des Morts, le mercredi des Cendres, et même la veille des grandes

fêtes religieuses. C'est un usage reçu dans la Société.

Une visite de cérémonie ne doit pas se prolonger au delà de vingt

minutes.

Quand on se présente dans une maison, on doit soulever son chapeau en

s'adressant à la personne qui vient ouvrir, et l'ôter en entrant dans

l'antichambre. C'est une marque de respect envers les maîtres du logis,

à laquelle il serait inconvenant de manquer.

Les fonctionnaires civils qui arrivent dans une ville pour s'y fixer,

les militaires pour y tenir garnison, sont tenus de rendre visite à

leurs supérieurs, dans le plus bref délai.

* * * * *

Il n'en est pas de la remise des cartes de visite comme des visites

elles-mêmes.

L'envoi des cartes doit toujours être fait pour le premier de l'an, à

moins d'un empêchement sérieux.

Nous avons déjà dit que la carte ne dispensait pas de la visite, mais on

ne saurait trop le répéter.

La politesse veut que l'on dépose sous enveloppe autant de cartes qu'il

y a de personnes dans la famille, avec les nom et prénom de chacune

d'elles.

Une femme n'en remet que pour les personnes de son sexe.

Le mari et la femme doivent avoir des cartes séparées et des cartes

collectives.

Un homme ne fera jamais précéder son nom du mot Monsieur. Il mettra

l'initiale de son prénom et ajoutera sa profession.

Une femme, au contraire, placera toujours le titre de Madame avant son

nom, et ne prendra jamais d'autre prénom que celui de son mari.

La carte collective portera: Monsieur et Madame ***.

On doit porter soi-même sa carte chez un supérieur ou un personnage

important.

Chez les hauts fonctionnaires, les dignitaires de l'État, il y a un

registre ouvert chez le concierge où les hommes s'inscrivent. Une femme

peut envoyer sa carte.

Si l'on a oublié quelques personnes sur la liste de ses visites, il faut

réparer cet oubli aussitôt qu'on s'en aperçoit.

Une carte que l'on dépose par simple politesse, ne doit porter ni corne

ni pli.

C'est seulement lorsqu'on se présente avec l'intention de faire une

visite, et que l'on ne rencontre personne, qu'il faut marquer sa carte

d'un pli transversal, sur le côté gauche.

Pour une visite de condoléance, après décès, ce sera de l'autre côté, à

droite, et en sens contraire.

A toutes les politesses que l'on peut recevoir, telles qu'invitations,

lettres de faire part pour un événement quelconque, on doit répondre par

une visite ou tout au moins par la remise d'une carte.

Si, après une visite qu'on a reçue, on juge à propos de ne pas lier de

relations avec le visiteur, on lui envoie simplement sa carte.

Quittez-vous votre résidence pour un laps de temps assez long, remettez

une carte chez vos amis et chez vos connaissances, avec ces trois

lettres au bas--P. P. C. c'est-à-dire Pour prendre congé.

On fera connaître son retour par l'envoi d'une nouvelle carte avec son

adresse.

A TABLE

Nous ne rééditerons pas ici toutes les infractions au savoir-vivre

notées dans la conversation si connue de l'abbé Delisle avec l'abbé

Cosson. Les usages se modifient sans cesse. Pour n'en citer qu'un

exemple, il était admis alors qu'on devait briser sur son assiette la

coquille d'un œuf mangé à la coque. Aujourd'hui cette petite opération,

assez déplaisante et malpropre en soi, serait fort mal vue.

Nous nous bornerons donc aux recommandations les plus essentielles, aux

choses que peut ignorer un écolier en rupture de ban ou de bancs.

* * * * *

Dès que vous vous êtes assis à table, prenez une attitude décente et

convenable.

Evitez de gêner vos voisins par des mouvements trop brusques.

Ne mettez pas vos coudes sur la table.

Ne vous balancez pas sur votre chaise; ne vous appuyez pas sur le

dossier.

N'agitez pas vos pieds sous la table.

Si votre potage est trop chaud, attendez qu'il soit refroidi; ne

soufflez pas dessus.

Laissez votre cuiller dans votre assiette, et soulevez toujours

celle-ci, pour faciliter son enlèvement par le domestique de service.

Quand on vous présente un plat, servez-vous avec discrétion; n'ayez pas

l'air de faire un choix.

Tenez votre fourchette de la main gauche, et votre couteau de la main

droite.

Coupez votre viande par petits morceaux, et mangez-les au fur et à

mesure.

Ne portez jamais la lame du couteau à votre bouche.

Ne coupez pas votre pain, rompez-le au-dessus de votre assiette.

N'essuyez jamais la sauce qui est sur votre assiette avec de la mie de

pain.

Ne parlez ni ne buvez la bouche pleine.

Ne mangez ni trop vite ni trop lentement; mais n'eussiez-vous pas fini,

laissez enlever votre assiette quand le domestique se présente.

Si l'on renouvelle l'argenterie à chaque service, comme cela se pratique

dans certaines maisons, déposez votre fourchette et votre couteau sur

l'assiette; en cas contraire, replacez-les à côté de vous, mais de

manière à ne pas salir la nappe.

N'essuyez jamais votre verre avec votre serviette. Ce serait une

accusation tacite de malpropreté contre le service de la maison.

S'il vous arrivait de trouver un cheveu dans un mets, gardez-vous de le

faire remarquer, afin de ne point dégoûter les convives.

Le gibier vous paraît-il trop faisandé, le poisson un peu avancé? N'en

mangez pas, et si l'on vous demande la raison, dites que vous n'aimez

point cette espèce de gibier ou de poisson.

Ne vous servez jamais des mots de bouilli, au lieu de bœuf; de volaille,

au lieu de poularde ou de dinde; de bordeaux, de bourgogne, de

champagne, au lieu de vin de Bordeaux, vin de Bourgogne, vin de

Champagne.

Quand le maître ou la maîtresse de la maison font les honneurs de la

table, et que l'un d'eux vous envoie une assiette servie, conservez-la;

ce serait une impolitesse que de l'offrir à votre voisin.

Ne critiquez jamais un plat; n'établissez jamais de comparaison avec un

mets semblable que vous auriez mangé ailleurs et qui vous aurait paru de

meilleur goût.

Ne buvez pas sans vous être bien essuyé les lèvres, afin de ne pas

graisser les bords de votre verre, ce qui est très malpropre à voir.

Ne faites ni tartines de beurre, ni tartines de confitures. La tartine

de beurre n'est admise qu'au déjeuner avec le thé.

Ne flairez pas votre vin, ne le dégustez pas à petites gorgées comme un

marchand de l'Entrepôt.

Il n'y a que les commis-voyageurs qui frappent avec la paume de la main

un verre à vin de Champagne pour en faire jaillir la mousse, au risque

de casser le verre et de se blesser grièvement.

Ne vous avisez pas de faire brûler votre eau-de-vie dans la tasse à café

ou dans la soucoupe. Cela n'est de mise qu'au cabaret ou à l'estaminet.

Au dessert, ne mettez jamais ni bonbons ni friandises d'aucune sorte

dans votre poche, c'est contraire à toutes les convenances.

Une poire ou une pomme ne se pèlent jamais en spirale. On les divise

longitudinalement d'abord, puis en quatre quartiers que l'on pèle, à

mesure qu'on les mange.

Gardez-vous d'offrir à une dame de partager un fruit que vous auriez sur

votre assiette. Ce procédé serait trop cavalier.

Il peut arriver cependant qu'il n'y ait pas assez de fruits pour tout le

monde. Dans ce cas, c'est la plus forte partie de la poire, celle à

laquelle adhère la queue, que l'on doit offrir.

Ne parlez jamais bas, et d'un air mystérieux, à l'oreille de votre

voisine; c'est tout à fait de mauvais ton.

Ajouterons-nous qu'il ne faut jamais désigner personne avec le doigt?

Si un usage vous est inconnu, observez comment font les autres convives,

ne vous exposez pas à commettre quelque incongruité par trop de

précipitation. Rappelez-vous ce pauvre garçon fraîchement émoulu du

collège, à qui l'on avait servi à la fin du repas un bol d'eau tiède,

parfumé d'un peu d'essence de menthe, et qui l'avala d'un trait en

croyant faire comme tout le monde.

AU THÉATRE

Le respect d'autrui devrait être la mesure et la règle de toute liberté.

Malheureusement, par ce temps de démocratie dévergondée, une foule de

gens se figurent qu'être libres, c'est pouvoir agir à sa guise et sans

aucun égard pour les convenances des autres.

Ainsi, au théâtre, le rideau est levé. Un monsieur arrive en retard. Il

dérangera sans vergogne quinze, vingt assistants, vous rudoiera les

genoux pour gagner sa place. Si vous vous permettez la plus petite

observation, il vous répondra qu'il a payé sa place et qu'il a le droit

d'arriver à son heure.

Autre exemple:

Le spectacle tire à sa fin. Il y a encore deux ou trois scènes à jouer.

Cependant vingt, quarante, cent personnes se lèvent à la fois, font un

vacarme d'enfer, et empêchent les autres spectateurs d'entendre le

dénouement. Ces messieurs le connaissent, et ils vous brûlent la

politesse. A leurs yeux, le fait d'avoir payé en entrant implique tout,

répond à tout.

Ainsi le veut la liberté... républicaine!

Que d'autres griefs il y aurait encore à porter au compte de ces fâcheux

mal-appris!

Les uns mâchonnent un cure-dent pendant toute la représentation, sans

pitié pour vos nerfs; les autres battent la mesure à faux, au détriment

de vos oreilles. Ceux-ci fredonnent à satiété l'air du chanteur; ceux-là

se mouchent à grand bruit, tandis que l'amoureuse et l'amoureux

s'évertuent à moduler leurs plaintes ou leurs tendres déclarations, etc,

etc. Elle serait longue la liste des _et cætera_.

Vraiment, c'est à vous faire prendre le théâtre en aversion.

FUMEURS ET PRISEURS

Les parents ne sauraient apporter trop de soins, trop de vigilance à

empêcher leurs enfants de priser ou de fumer. Ceux-ci le font d'abord

par amusement, puis ils s'y accoutument, et il leur devient fort

difficile par la suite, pour ne pas dire impossible, de se défaire de

cette funeste habitude.

Les priseurs sont tenus à une excessive propreté. Ils doivent toujours

se munir de deux mouchoirs: l'un de couleur, pour leur usage

particulier, l'autre en toile blanche qu'ils peuvent exhiber au besoin.

Il est très impoli de prendre ou de demander une prise, de même qu'il

est de très mauvais ton d'en offrir une.

On doit s'abstenir de priser à table, et si toutefois on ne peut s'en

dispenser, prendre bien garde alors de ne pas laisser tomber du tabac

sur la nappe.

Quand vous êtes chez quelqu'un, ne posez jamais votre tabatière sur un

meuble, pas plus que votre chapeau.

Un jour M. de Corbière, ministre de l'intérieur, était venu soumettre à

Louis XVIII un projet de loi, dont il s'efforçait de faire ressortir les

avantages. Entraîné par la chaleur de l'argumentation, il s'oublia

jusqu'à déposer sa tabatière et son mouchoir sur le petit meuble qui

servait de bureau à Sa Majesté.

--Ah ça, mon cher ministre, s'écria tout à coup le roi qui était très

sévère sur l'article de l'étiquette, vous n'allez pas, je pense, vider

toutes vos poches devant moi.

--Sire, répondit M. de Corbière après s'être excusé, je le pourrais en

tout bien tout honneur, car l'on ne m'accusera point de les avoir

emplies au service de Votre Majesté.

--C'est bien! reprit Louis XVIII avec bonté, continuons la lecture.

Quant aux fumeurs, que pourrions-nous ajouter à ce que nous avons déjà

dit? Leur recommander de s'abstenir de fumer dans tout lieu public où

des femmes peuvent se présenter, quand bien même il n'y en aurait pas

pour le moment. Ils ne l'ignorent point, et s'ils n'en font rien, c'est

qu'il leur plaît de passer outre envers et contre toutes les

convenances.

Le temps n'est plus, hélas! où une dame a pu répondre à la personne qui

lui demandait si la fumée l'incommodait:

--Je n'en sais rien, Monsieur, car l'on n'a jamais fumé devant moi.

Aujourd'hui le cigare a pénétré partout. Il a conquis le boudoir, la

salle à manger; on prétend même qu'il a forcé les portes de quelques

salons. Ce n'est peut-être là qu'une calomnie; mais gare que demain ce

ne soit une vérité!

EN VOYAGE

Les voyageurs sont astreints à des égards et à des concessions

réciproques,--par politesse d'abord, et ensuite par intérêt

personnel,--s'ils veulent alléger les ennuis et les fatigues du

parcours.

Chacun doit ranger ses bagages dans les filets ou grillages, ou sous la

banquette.

Il n'a droit qu'à l'espace correspondant au-dessus et au-dessous de la

place qu'il occupe.

Abstenez-vous de manger en wagon ou en voiture publique, à moins d'une

nécessité absolue; et faites-le alors avec discrétion et le plus

promptement possible.

Vous n'êtes pas libre, en effet, d'incommoder vos voisins de l'odeur et

de la vue de vos victuailles et épluchures.

Vous ne l'êtes pas davantage de les interroger à tout bout de champ, non

plus que d'entamer à haute voix des conversations sur vos propres

affaires, qui ne peuvent intéresser d'aucune manière les assistants.

Il s'élève assez fréquemment des contestations au sujet des glaces que

les uns veulent tenir ouvertes et les autres fermées.

Beaucoup de gens se figurent qu'ils ont la libre disposition de la

fenêtre près de laquelle ils sont placés--cela arrive surtout en wagon.

Eh bien! c'est une erreur complète. Votre vis-à-vis, qui est là au même

titre que vous, a parfaitement le droit d'être d'un avis contraire au

vôtre.

Il faut donc que chacun y mette du sien.

Deux choses seulement sont exigibles: la fermeture de l'une de deux

fenêtres quand il y a un courant d'air; et, d'autre part, l'abstention

de fumer.

Du reste, la politesse la plus élémentaire nous fait un devoir de

déférer sur-le-champ à la demande d'une dame ou de toute personne qui se

déclarerait incommodée.

Il est toujours galant et de bon ton d'offrir le coin que l'on occupe à

une dame ou à un vieillard; mais on peut s'en dispenser, lorsqu'on se

trouve en famille, et placé à côté de l'un des siens.

AUX EAUX

Les eaux sont devenues un des besoins impérieux de la vie moderne. Cela

s'explique. Il y a de si bons arguments, de si excellentes raisons en

faveur de ce déplacement annuel. Le docteur n'a-t-il pas ordonné l'eau

et les senteurs de la mer, l'usage de telle ou telle source thermale,

pour refaire la santé affaiblie de Madame, et fortifier la complexion si

frêle des enfants?

Les eaux ont pour cela,--nul ne l'ignore,--des qualités spécifiques, des

vertus souveraines. Elles guérissent de toutes les maladies, même de

celles qu'on n'a pas,--de celles-là surtout.

Autre considération non moins prépondérante:

Dans les stations balnéaires, les femmes n'ont plus à s'occuper des

soins fastidieux du ménage. Elles sont en pleine possession

d'elles-mêmes, affranchies du contrôle marital, en un mot, libres comme

l'air.

Les maris sont retenus à la ville par leurs affaires, quelques-uns par

d'autres obligations qui, pour être plus légères, n'en sont pas moins

attachantes. Tout au plus, peuvent-ils se permettre une visite

hebdomadaire, ou semi-mensuelle ou seulement mensuelle; cela dépend de

la distance. Ils montent en chemin de fer, le samedi, en sortant de la

Bourse, et s'en reviennent, le surlendemain ou plusieurs jours après,

reprendre le harnais.

C'est ce que l'on appelle, en langage boursier, mener de front les

affaires et les convenances conjugales.

Donc, en présence de la liberté si complète et de l'isolement que cette

situation fait aux femmes, peut-être n'est-il pas hors de propos de

soumettre ici quelques observations et recommandations.

* * * * *

La première de toutes, c'est de s'observer rigoureusement, de ne se lier

qu'avec des personnes dont on connaît l'origine, ainsi que la situation

présente. Mais, s'écriera-t-on, l'on ne va pas aux eaux pour se

condamner à la vie claustrale, et se priver de relations plus ou moins

agréables, qu'après tout on n'est pas tenu d'emporter avec soi, bouclées

dans sa valise. Eh bien! c'est ce qui vous trompe. Vous envisagez les

choses trop légèrement.

Parmi ces rencontres fortuites, il se trouvera naturellement des gens

honorables. Vous les avez admis par circonstance, pour les besoins et

les distractions du moment, quoique n'étant pas de votre monde; eux, ont

pris cet accueil au sérieux et, de retour à Paris, ils ne manqueront pas

de vous rendre visite. Comment ferez-vous pour les évincer? Si vous leur

refusez votre porte,--autant d'ennemis mortels: leur amour-propre blessé

ne vous le pardonnera jamais.

Mais ce n'est pas là que gît le plus grand danger. Admettons pour un

instant que vous avez eu le malheur de tomber sur un ménage interlope,

ou sur quelqu'un de ces aigrefins, homme ou femme, qui font métier de

capter la confiance des familles pour s'en parer en public, et exploiter

le reflet de leur honorabilité. Vous vous êtes laissé prendre à des

dehors séduisants, vous avez été circonvenu, sans aller toutefois

jusqu'à l'intimité. Toutes les apparences sont contre vous, vous voilà

compromis: vous en subirez les conséquences.

* * * * *

L'on ne saurait donc être trop circonspect dans ses relations de

villégiature, même les plus passagères. Se tenir sur une extrême

réserve, apporter beaucoup de tact et de jugement dans sa

conduite,--telles sont les règles à suivre. Ne vous modelez pas sur ce

qui se pratique dans les salons de Paris, les conditions de la vie

balnéaire sont tout autres.

Ainsi, par exemple, une jeune personne ne devra point accepter, dans un

bal de casino, l'invitation d'un cavalier qui n'a pas été présenté à ses

parents. Jamais elle n'ira seule au salon; elle n'y restera que très peu

de temps, afin de n'être pas exposée à entendre certaines conversations,

et à se voir adresser la parole par le premier venu.

Mêmes recommandations en ce qui concerne les tables d'hôte, où il règne

un ton familier de mauvais goût, et parfois très embarrassant.

Toute mère prudente, toute jeune femme qui n'est pas accompagnée, feront

bien de prendre leurs repas dans leur appartement.

TABLE DES MATIÈRES

L'étiquette

Une journée de Louis XIV

La politesse

Le tutoiement

Le costume ou vêtement

Types de l'élégance parisienne

Lions et tigres civilisés

La loge des lions

Du salut et de son importance

La poignée de main

Les visites

La carte de visite

La présentation

Les salons

La conversation

De l'à-propos

La réplique

Les nuances

Des écueils à éviter

Lettres de demande

Pétitions

Lettres de remerciement

Lettres de félicitation

Lettres de condoléance

Des billets

Des invitations

Lettres de faire part

Des dîners en général

Les grands dîners

Le dîner entre gastronomes

Le dîner bourgeois

Les déjeuners

Du tabac

Cérémonie du baptême

Le mariage à la mairie

Le mariage à l'église

L'enterrement

CHAPITRES COMPLÉMENTAIRES

AU DEHORS:

La rue, les boulevards, la promenade

EN FAMILLE:

Devoirs des époux

Devoirs des pères et mères

Devoirs des enfants

A l'église

A propos des présentations

Des préséances

L'entrée dans le monde

Le bal

Toilette des femmes

Toilette des hommes

Visites et cartes de visite

A table

Au théâtre

Fumeurs et priseurs

En voyage

Aux eaux

Manuel de la politesse des usages du monde et du savoir-vivre · 第 9 / 9 段