«Nous venons d'avoir au château la visite du jeune baron de Rosemberg,

qui s'est dit votre ami et envoyé par vous. Bien qu'un secret de cette

nature soit ordinairement gardé par une femme avec justice, je vous

dirai toutefois qu'il m'a parlé d'amour. J'espère qu'à ma prière et

recommandation vous n'en tirerez aucune vengeance, et que vous n'en

concevrez aucune haine contre lui. C'est un jeune homme de bonne

famille, et point méchant. Il ne lui manquait que de savoir filer, et

c'est ce que je vais lui apprendre. Si vous avez occasion de voir son

père à la cour, dites-lui qu'il n'en soit point inquiet. Il est dans

notre grand'salle, au premier étage, où il a une quenouille avec un

fuseau, et il file, ou il va filer. Vous trouverez extraordinaire que

j'aie choisi pour lui cette occupation, mais, comme j'ai reconnu qu'avec

de bonnes qualités il ne manquait que de réflexion, j'ai pensé que

c'était pour le mieux de lui apprendre ce métier qui lui permettra de

réfléchir à son aise, en même temps qu'il peut lui faire gagner sa vie.

Vous savez que notre grand'salle est close de verrous fort solides; je

lui ai dit de m'y attendre, et je l'ai enfermé. Il y a au mur un guichet

fort commode, par lequel on lui passera sa nourriture, ce qui fait que

je ne doute pas qu'il ne sorte d'ici avec beaucoup d'avantage, et qu'en

outre, si dans le cours de sa vie quelque malheur venait à l'atteindre,

il ne se félicite d'avoir entre les mains un gagne-pain assuré pour ses

jours.

«Je vous salue, vous aime et vous embrasse.

«BARBERINE.»

Si vous riez de cette lettre, seigneurs chevaliers, Dieu garde vos

femmes de malencontre! Il n'y a rien de si sérieux que l'honneur. Comte

Ulric, jusqu'à demain nous voulons rester votre hôtesse, et nous

entendons qu'on publie que nous avons fait le voyage exprès, suivie de

toute notre cour, afin qu'on sache que le toit sous lequel habite une

honnête femme est aussi saint lieu que l'église, et que les rois

quittent leurs palais pour les maisons qui sont à Dieu.

FIN DE BARBERINE ET DU TOME III.

Alfred de Musset n'a pas seulement retouché la _Quenouille de

Barberine_ dans l'intention de l'arranger pour la scène, comme ses

autres pièces de théâtre. Depuis longtemps, il avait jugé

nécessaire, en relisant cet ouvrage, d'y ajouter quelques

développements et d'y introduire un nouveau personnage, celui de

Kalékairi. Quand il eut achevé ce travail, il voulut que la seconde

version fût substituée à la première dans les éditions nouvelles de

ses comédies. Il est certain que les détails ajoutés et la création

originale de la jeune suivante turque rendent cette version

préférable à l'ancienne. Par respect pour les volontés du poète,

nous avons dû lui donner la première place, au lieu de la rejeter

dans les variantes, où il eût été difficile d'en apprécier le

charme. On y retrouve, d'ailleurs, le texte primitif, puisque

l'auteur ne l'a retouché que pour l'enrichir.

TABLE

DU TOME TROISIÈME

AVANT-PROPOS 1

LA NUIT VÉNITIENNE 9

ANDRÉ DEL SARTO 49

Additions et Variantes exécutées par l'auteur pour la représentation 128

Note 139

LES CAPRICES DE MARIANNE 141

Additions et Variantes exécutées par l'auteur pour la représentation 201

FANTASIO 213

ON NE BADINE PAS AVEC L'AMOUR 279

Additions et Variantes exécutées pour la représentation 367

BARBERINE 375

End of Project Gutenberg's Oeuvres complètes, v 3, by Alfred de Musset

Œuvres complètes de Alfred de Musset — Tome 3 · 第 18 / 18 段