Je vous ai écrit le 9 et le 30 octobre.
_Du 9 novembre_.--J'ai lu et relu votre seconde lettre de Rome; elle
pénètre toute mon âme de votre tristesse, je la sens sans la comprendre.
Je crois que je dépends de vous.
J'ai aussi relu ma lettre: il faut que j'y ajoute quelques mots parce
que j'ai beaucoup tourné autour de mon chagrin sans avoir osé vous
l'expliquer. Aujourd'hui, j'ai plus de courage et je vais en profiter de
peur que, faute de temps pour m'écouter, vous ne m'entendiez pas bien.
Toutes vos lettres sont très courtes; j'en suis attristée _malgré moi_;
mais je n'oublie pas que vous les avez écrites au milieu du tourbillon
politique qui vous entraîne _et de vos plus tendres regrets_.
Mais il y a une autre chose qui me fait mal, à tort ou à raison: depuis
bien longtemps le nom d'amie ne se trouve pas dans vos lettres.
Rendez-le-moi, j'en ai besoin!
_Du 10_. À la réflexion, je suis inquiète de vous avoir parlé si
franchement. Me trouverez-vous susceptible? Que je serais fâchée si vous
preniez de moi une idée peu aimable! Pourtant, il faut que vous me voyiez
telle que je suis, et mon affection aussi. Si j'ai besoin d'excuse auprès
de vous, songez combien les pensées se creusent dans le silence d'une
solitude absolue! Il y a des moments où je suis alarmée de l'abandon avec
lequel je laisse aller une relation isolée de tout, qui ne se soutient que
par sa propre force, et qui m'est si chère; mais, outre que mon esprit est
peu susceptible de combinaisons et de calculs, c'est précisément votre
supériorité qui me rassure. Le jour où vous voudrez me regarder dans mes
lettres, vous me verrez comme à travers un cristal. Ce qui est bon est
bon. Ce qui est vrai est vrai. Je me confie.