XLII

_De M. de Chateaubriand_

Paris, ce 2 septembre 1828.

J'ai déjà reconnu que mon inconnue était susceptible et un peu

capricieuse. Qu'importe! elle n'en est pas moins digne de tout mon

attachement. Je lui écris, encore assez malade et au milieu des

préparatifs de mon départ, qui aura lieu du 8 au 10 de ce mois. Elle se

plaît à me dire qu'elle viendra à Paris quand je n'y serai plus; cela

n'est pas bien. Moi, je la chercherai, quoiqu'elle en pense et en dise,

aux lieux où elle sera, et je la trouverai, et je la verrai malgré elle.

Je n'ai point de portrait que je puisse laisser. Ma gravure fait une

affreuse grimace; mais, si Marie veut me voir tel que j'étais il y a vingt

ans, elle trouvera l'admirable portrait de Girodet dans mon ermitage; elle

pourra demander à le voir dans ma petite maison, après avoir vu la _Sainte

Thérèse_ à la chapelle de l'infirmerie; et, si elle me veut voir tel que

je suis aujourd'hui, le sculpteur David[31] vient de faire de moi un buste

très beau et très ressemblant.

[Note 31: David d'Angers]

Je vous écrirai encore avant de quitter Paris. Je vous écrirai de Rome,

mais où? M'écrirez-vous aussi à Rome? Il faudra affranchir les lettres;

elles mettent dix à douze jours en route, et sont lues trois ou quatre

fois, chemin faisant; ne vous effrayez pas et écrivez toujours! J'attends

encore une lettre de vous, ici, avant de partir.

Marie est un grand charme dans ma vie; je ne voudrais pas être un tourment

pour elle.

Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V... Un dernier amour de René · 第 70 / 122 题