MARIE.

_P.-S_. Je reviens à mon bon chevalier de Berbis: en relisant ma lettre,

je trouve que je ne vous ai pas parlé de lui convenablement. Il mérite

l'honneur d'être estimé de vous. En 1824, M. de Villèle voulait le faire

questeur «Non, lui dit-il, je ne veux _point_, je veux voter en

conscience.» Dernièrement, sur ce que je lui demandais des nouvelles de la

pairie, que les journaux lui avaient octroyée, il y a deux ans, et s'il

n'avait pas eu l'esprit de la trouver dans cette année d'abondance, il me

répondit: «Non, je ne suis point pair, parce que je ne suis point du bois

dont on les fait, parce qu'il faut d'autres services que les miens, une

autre fortune, et, en tout, quelque chose de plus étoffé que ma chétive

personne! Non, je ne suis point directeur général, parce qu'il faut plus

de souplesse que je n'en veux avoir et plus d'ambition que je n'en ai! Je

suis Gros Jean comme devant et comme je serai toujours tant que je vivrai,

n'aspirant à rien qu'à ne rien être et croyant d'ailleurs qu'un député

doit être indépendant.» Ce bon garçon, grosse tête chiffrante et

combinante, ressemble presque à vos petites filles de Venise; il n'a pas

le temps d'être aimable et, s'il l'avait, il n'en prendrait pas la peine;

il est bon gentilhomme, tout juste, et n'a que cinq mille livres de rente,

qu'il mange de reste dans les sessions. Avec tout cela, je l'ai vu

accueilli par tous les grands sociétaires de M. de Villèle avec une

considération qui allait jusqu'au respect. M. de Rainneville lui parlait

avec déférence. Le veau d'or de nos jours, Rothschild, ne ricanait pas

devant lui; et, lorsque ce digne homme se sépara de M. Villèle dont il

était l'ancien ami, son départ fit sensation. Ma lettre est presque

illisible; ma mère est ici; pour que je vous écrive à mon aise, il faut

que nous y soyons seuls.--La longueur de mes lettres me rend presque

confuse devant vous, dont le temps est si rempli. Cela tient à deux

choses: l'une, c'est que j'ai le cœur plein; l'autre que, n'ayant jamais

rien composé, je n'ai pas le savoir de resserrer mes idées en peu de mots,

comme mon maître chéri, qui sait, en une ligne, m'envoyer de quoi vivre

pour huit jours.--Je viens de lire la notice sur la pauvre Mme de

Duras[17]. Cette notice est de vous certainement. Je l'ai coupée et réunie

à votre lettre d'aujourd'hui.

[Note 17: Dans le _Journal des Débats_.]

Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V... Un dernier amour de René · 第 25 / 122 题