II

_De M. de Chateaubriand_

Paris, 24 novembre 1827.

Madame la Marquise,

J'espère que vous n'avez pas cru sérieusement que je laisserais à mon

secrétaire l'honneur de vous répondre. Votre lettre, madame, m'a pénétré

de reconnaissance; j'accepte cordialement votre amitié _étrangère_, elle

remplacera celle de tant de vieux amis qui ont fui avec la fortune. Je

vais donc sur-le-champ vous donner les ennuis de l'intimité. Mme de

Chateaubriand est un peu moins souffrante, ma santé est aussi un peu

meilleure. Tout cela est à charge de revanche, madame la marquise: vous

allez être obligée de me dire ce que vous faites, comment vous vous portez,

ce que vous pensez? Mais ne sais-je pas d'avance ce que doit être l'amie

de M. Hyde de Neuville? Réjouissez-vous, madame: le voilà nommé dans la

Mayenne. Il viendra nous aider à débarrasser la France des seuls ennemis

qui restent au roi, les ministres.

Je voudrais bien, madame, que mon écriture ressemblât à la vôtre; mais

voilà déjà un des inconvénients de mon amitié: votre écriture est toute

jeune, la mienne est vieille comme moi[4]. Il vous faudra beaucoup de

temps pour apprendre à la lire. Je suis presque tenté de désirer de n'être

jamais connu de vous; j'aime trop vos illusions, madame, pour n'avoir pas

peur de les dissiper par ma présence. Si vous m'écrivez, de grâce ne me

parlez plus de respect! C'est moi, madame, qui mets le mien à vos pieds,

avec les tendres hommages que vous me permettez de vous

offrir.

Correspondance de Chateaubriand avec la marquise de V... Un dernier amour de René · 第 9 / 122 题