Renan, destiné à l’état ecclésiastique et de son éducation cléricale
ayant toujours conservé une profonde empreinte, était cependant
positiviste et ne croyait qu’à la science, en espérant tout d’elle dans
sa première jeunesse et en continuant au moins, dans son âge mûr, de la
vénérer. Ainsi formé et «positiviste chrétien» comme on a dit, et poète,
par-dessus tout, il ne pouvait pas proscrire la métaphysique et il avait
pour elle un faible qu’il se reprochait peut-être. Il se tirait de cette
difficulté en disant que toutes les conceptions métaphysiques ne sont
que des «rêves»; mais, couvert, pour ainsi parler, par cette concession
faite et cette précaution prise, il se jetait dans le rêve de tout son
cœur et reconstituait Dieu, l’âme immortelle, la vie future, l’éternité,
la création en leur donnant des noms nouveaux, imprévus et fascinateurs.
Il n’y avait que l’idée de la Providence, c’est-à-dire de l’intervention
particulière et circonstancielle de Dieu dans les choses humaines qui
lui fût insupportable et contre laquelle il protestât toujours, répétant
le mot de Malebranche: «Dieu n’agit pas par des volontés particulières».
Et encore il a fait un compliment qui semble sincère à l’idée de la
grâce et s’il y a une intervention particulière et circonstancielle de
Dieu dans les affaires humaines c’est bien la grâce selon toute
apparence.
Il était surtout un amateur d’idées, un dilettante en idées, jouant avec
elles avec un plaisir infini, comme un sophiste grec supérieur, et
personne, dans toute la philosophie française, plus que lui ne rappelle
Platon.
C’était du reste une âme charmante, un caractère très élevé et un
écrivain merveilleux.