Le Français Lamarck au XVIIIe siècle avait eu déjà cette idée; Darwin,
purement naturaliste, la mit en pleine lumière, Spencer l’exposa à
nouveau et en tira des conséquences de philosophie générale. C’est ainsi
que pour Spencer, la théorie évolutionniste ne contient aucune
immoralité. Tout au contraire la transformation progressive de l’espèce
humaine est une ascension vers la moralité; de l’égoïsme naît
l’altruisme parce que l’espèce cherchant sa meilleure loi, sa meilleure
condition de bonheur s’aperçoit qu’un plus grand bonheur est dans
l’altruisme; cherchant sa meilleure loi et sa meilleure condition de
bonheur, s’aperçoit qu’un plus grand bonheur est dans l’ordre, la vie
régulière, la vie civile, la vie sociale, etc.; de sorte que l’humanité
s’élève vers une moralité de plus en plus haute, par le seul fait de
s’adapter mieux aux conditions de vie de l’humanité. La moralité se
développe comme physiologiquement, comme le germe devient tige et le
bouton devient fleur.
Quant à la religion, c’est le domaine de l’inconnaissable. Ce n’est pas
à dire qu’elle ne soit rien. Elle est au contraire quelque chose de
formidable et d’immense. Elle est le sentiment que quelque chose, au
delà de tout ce que nous connaissons, nous dépasse et que nous ne le
connaîtrons jamais. Or ce sentiment à la fois nous maintient dans une
humilité très favorable à la santé de l’âme et dans une confiance
sereine dans l’être de mystère qui préside à l’évolution universelle et
qui, sans doute en est l’âme toute-puissante et éternelle.