La guerre

Mais--car chaque peuple trouvera toujours son idée plus belle que celle

de l’autre--à quoi cela se reconnaîtra-t-il?--A la victoire même. C’est

la victoire qui prouve qu’un peuple...--Était plus fort qu’un

autre!--Non pas seulement plus fort matériellement, mais représentant

une idée plus grande, plus viable et plus féconde qu’une autre; car

c’est précisément l’idée qui soutient le peuple et le rend fort. Par

ainsi la victoire est le signe de la supériorité morale d’un peuple et

par conséquent la force indique où est le droit et se confond avec le

droit même et il ne faut pas dire, comme on l’a peut-être déjà dit: «La

force prime le droit» mais «la force _est_ le droit», ou «le droit c’est

la force».

Par exemple [aurait pu dire Hegel] la France était _apparemment_ dans

son droit en essayant de conquérir l’Europe de 1792 à 1815; car elle

représentait une idée, l’idée révolutionnaire, qu’elle pouvait

considérer et que beaucoup de non Français considéraient comme un

progrès et une idée civilisatrice; mais elle a été vaincue, _ce qui

prouve_ que l’idée était fausse et avant cette démonstration par

l’événement n’est-il pas vrai que l’idée républicaine ou césarienne est

inférieure à l’idée de la monarchie traditionnelle? Hegel aurait

certainement sur ce point raisonné ainsi.

Donc la guerre est éternelle et il faut qu’elle le soit. Elle est

l’histoire même, étant la condition de l’histoire; elle est l’évolution

même de l’humanité, étant la condition de cette évolution; donc elle est

divine. Seulement elle s’épure: on ne combattait autrefois, ou à bien

peu près, que par ambition, maintenant on combat par les principes, pour

faire triompher une idée qui a de l’avenir et qui contient l’avenir, sur

une idée périmée, vieillie et caduque. L’avenir verra une succession de

triomphes de la force qui seront par définition des triomphes du droit

et qui seront des triomphes d’idées de plus en plus belles sur des idées

barbares et condamnées justement à périr.

Hegel a eu une grande influence sur les idées de politique intérieure et

de politique extérieure du peuple allemand.

Initiation philosophique · 第 184 / 209 题