Condillac est d’un autre rang. C’est un philosophe très sérieux et de
pensée vigoureuse. Disciple excessif de Locke, alors que Locke admettait
comme origine des idées la sensation _et_ la réflexion, Condillac
n’admet plus que la sensation pure et la sensation transformée et
c’est-à-dire se transformant elle-même. La définition de l’homme qu’il
tire de ces principes est très célèbre et elle est intéressante: «Le
_moi_ de chaque homme n’est que la collection des sensations qu’il
éprouve et de celles que sa mémoire lui rappelle; c’est la conscience de
ce qu’il est combiné avec le souvenir de ce qu’il a été.» Pour
Condillac, l’idée est une sensation qui s’est fixée et qui a été
renouvelée et vivifiée par d’autres; le désir est une sensation qui veut
se retrouver et cherche l’occasion qui peut s’offrir pour qu’elle se
renouvelle, et la volonté elle-même n’est que le plus puissant des
désirs. Condillac est volontairement borné et systématiquement, mais son
système est bien lié et présenté dans une langue admirablement claire et
précise.