La philosophie française du XVIIe siècle, assez faible, pour ne rien
cacher, a été comme maîtrisée par la philosophie anglaise, Berkeley
excepté, et surtout par Locke et David Hume et surtout par Locke qui
était comme le Dieu intellectuel des Français de ce temps qui se
piquaient de philosophie.
Voltaire, toutes les fois qu’il a traité de philosophie, n’a été qu’un
écho de Locke, que du reste il approfondissait peu et auquel il a un peu
nui, parce qu’à lire Locke à travers Voltaire on a trop cru que Locke
était superficiel.
Rousseau fut le disciple et l’adversaire de Hobbes, comme il arrive
souvent, et servit au public les doctrines de Hobbes en les inversant,
en mettant l’état de nature angélique à la place de l’état de nature
infernal, et le gouvernement de tous par tous à la place du gouvernement
de tous par un, aboutissant toujours au même point avec une simple
différence de forme; car si Hobbes conclut au despotisme exercé par un
sur tous, Rousseau conclut au despotisme exercé par tous sur chacun.
Dans l’_Émile_, il s’inspirait moins qu’on a dit, à mon avis, mais
incontestablement un peu des idées de Locke sur l’éducation. On dit
presque partout que Rousseau a eu une grande influence sur Kant. Je sais
que Kant a infiniment admiré Rousseau; mais d’influence de Rousseau sur
Kant je n’ai jamais pu en démêler aucune.