La politique de Locke

En politique Locke a été l’adversaire de Hobbes dont nous avons plus

haut rapporté les théories despotistes. Il ne croit pas que l’état

naturel soit la guerre de tous contre tous. Il croit que l’homme se met

en société, non pas pour échapper à l’anthropophagie, mais pour garantir

et défendre plus facilement ses droits naturels: propriété, liberté

personnelle, légitime défense. La société n’existe que pour protéger ces

droits et sa raison d’être est dans ce devoir de les défendre. Le

souverain n’est donc pas le sauveur de la nation, il en est le

mandataire et le magistrat. S’il viole les droits de l’homme, il agit

tellement à contresens de sa mission et de son mandat que l’insurrection

contre lui est légitime. Le «sage Locke», comme l’appelait toujours

Voltaire, est l’inventeur des Droits de l’homme.

En politique religieuse, il est libéral encore et tient pour la

séparation des Églises et de l’État, l’État ne devant avoir aucune

religion à lui et n’ayant pour office que de protéger également la

liberté de tous les cultes.--Locke a été discuté pied à pied par Leibniz

qui, sans accepter les idées innées de Descartes, n’acceptait pas non

plus les idées-sensations de Locke et qui disait: «Il n’y a rien dans

l’intelligence qui n’ait été d’abord dans les sens», soit... «excepté

l’intelligence elle-même...» L’intelligence n’a pas des _idées_ innées,

nées toutes faites; mais elle a des formes à elle où les idées se

rangent et prennent forme et ceci est le propre même de l’intelligence.

Et ce sont ces formes que Kant appellera plus tard les catégories de

l’entendement et au fond, par ses idées innées, Descartes n’entendait

pas autre chose. Locke a eu une prodigieuse et comme impérieuse

influence sur les philosophes français du XVIIIe siècle.

Initiation philosophique · 第 153 / 209 题