Presque tout le XVIIe siècle fut cartésien et dans le sens général du
mot, non pas seulement comme partisan de la méthode d’évidence, mais
comme adhérent à la philosophie générale de Descartes. Gassendi
(provençal et non italien), professeur de philosophie à Aix, puis à
Paris, ne fut pas, à la vérité, un disciple fidèle de Descartes et il le
combattit plusieurs fois; il penchait vers Épicure et la doctrine des
atomes; il se rapproche de Hobbes, mais il était aussi fervent
admirateur de Bacon et par là touchait à Descartes qui, du reste, tout
en souffrant impatiemment ses piqûres l’estimait très fort. A l’exemple
d’Épicure il était le plus sobre et le plus austère des hommes et dans
le sens du mot selon l’usage vulgaire, de Descartes et de lui, c’est
Descartes qui serait plutôt l’épicurien. D’après une tradition selon moi
insuffisamment établie il a été le professeur de Molière.
Tous les penseurs du XVIIe siècle ont subi plus ou moins profondément
l’influence cartésienne, Pascal, Bossuet, Fénelon, Arnauld et tout le
Port-Royal. Cette influence ne devait diminuer qu’au XVIIIe siècle,
quoique entretenue par l’impénitent Fontenelle, mais contrepesée par
celle de Locke, pour reparaître très fort en France au XIXe siècle dans
l’école de Maine de Biran et de Cousin.