Bruno, Campanella

Giordano Bruno, astronome et qui a, l’un des premiers, affirmé le soleil

comme centre du monde, professait, malgré certaines précautions prises,

une doctrine qui confond Dieu avec le monde et qui nie ou exclut la

création. Giordano Bruno fut arrêté à Venise en 1593, tenu sept ans en

prison et finalement brûlé à Rome en 1600.

Campanella, Italien également et qui passa vingt-sept ans dans un cachot

pour avoir conspiré contre les Espagnols maîtres de son pays et qui

mourut en exil à Paris en 1639, était en philosophie un sceptique ou

plutôt un antimétaphysicien et, comme nous dirions de nos jours, un

positiviste. Il n’y a que deux sources de la connaissance: l’observation

et le raisonnement. L’observation nous fait connaître les choses...

Est-ce vrai? Les sensations que nous avons des choses ne

pourraient-elles pas être une simple fantasmagorie? Non, car nous avons

un sens interne, un sens de nous-mêmes qui ne peut pas nous tromper et

qui nous affirme que nous sommes (c’est déjà le _Cogito_ de Descartes)

et qui du même coup affirme qu’il y a des choses qui ne sont pas nous,

de sorte qu’en même temps le moi et le non moi sont établis. Oui, mais

ce non moi est-il réellement ce qu’il nous paraît? Il est; soit; mais

qu’est-il et pouvons-nous savoir ce qu’il est? Non sans doute et le

scepticisme ici est inconcussible; mais de ce qu’il y a certitude de

l’existence du non moi il y a présomption que nous pouvons le connaître

partiellement, relativement, très relativement, restant infiniment

éloignés d’une connaissance absolue qui serait divine. Donc observons et

expérimentons; faisons «l’histoire» de la nature comme les historiens

font l’histoire du genre humain. Et ceci est de la simple et ferme

philosophie de l’expérience.

Mais Campanella, comme beaucoup d’autres, était un anti métaphysicien

possédé du démon métaphysique et après avoir recommandé impérieusement

de n’écrire que l’histoire de la nature il en a lui aussi écrit le

roman. Tout être, nous dit-il (et du reste c’est très beau), existe à la

condition de pouvoir exister et à la condition qu’il y ait une idée dont

il sera la réalisation et à la condition que la nature veuille le créer.

En d’autres termes la nature peut, sait ce qu’elle veut et veut. Or,

tous les êtres, plus ou moins selon leur perfection et imperfection, se

sentiront de cette triple condition de pouvoir, savoir, vouloir. Tout

être peut, sait et veut, même la matière inorganique (ceci est déjà le

monde comme volonté et représentation de Schopenhauer) et Dieu est

seulement l’absolue puissance et l’absolu savoir et la volonté absolue.

C’est pour cela que toute chose créée tend vers Dieu et veut y retourner

comme à son principe et comme à la perfection de ce qu’elle est;

l’Univers a la nostalgie de Dieu.

Campanella fut aussi, comme nous dirions de nos jours, un sociologue. Il

fit sa «République» comme Platon avait fait la sienne. La «République»

de Campanella s’appelle la _Cité du Soleil_. C’est une république

communautaire mêlée d’aristocratie avec «pouvoir spirituel» et «pouvoir

temporel» dans la manière un peu d’Auguste Comte. Campanella fut un très

grand semeur d’idées.

Initiation philosophique · 第 117 / 209 题