La kabbale

Dès le XVe siècle la Renaissance s’annonce, en philosophie comme en

littérature, par une résurrection du platonisme. Mais c’était encore un

platonisme singulièrement compris, mélange bizarre et dont on ne voit

pas bien distinctement les origines (cette époque ayant été du reste

très peu étudiée) de pythagorisme et d’alexandrinisme. Alors il y eut un

incroyable engouement pour la kabbale; doctrine longtemps secrète des

juifs, couvée par eux en quelque sorte dans les ténèbres du moyen âge et

ou se retrouvent des traces des plus sublimes spéculations et des plus

basses superstitions de l’antiquité. Il y avait là une sorte de

théologie panthéistique très analogue à celles des Porphyre et des

Jamblique et des procédés de magie mêlée d’astrologie. Les kabbalistes

croient que le sage qui, par sa science astrologique s’est mis en

rapport avec les puissances célestes, peut s’asservir la nature, changer

le cours des phénomènes, faire des miracles. La kabbale fait partie de

l’histoire du merveilleux et des sciences occultes plus que de

l’histoire de la philosophie. Cependant de vrais savants s’y initièrent

et s’en entêtèrent, le prodigieux Pic de la Mirandole, Reuchlin, non

moins extraordinaire comme humaniste et hébraïsant et qui courait grand

risque entre les mains de l’inquisition de Cologne si Léon X ne l’avait

sauvé. Cardan (mathématicien et médecin) fut un des savants de cette

époque les plus pénétrés de kabbalisme. Il croyait à une sorte

d’infaillibilité du sens intime, de l’intuition et traitait de vanités

les sciences qui procèdent par lentes opérations rationnelles. Il se

croyait mage et magicien. Il disait de lui avec vanité le plus grand

bien et avec cynisme le plus grand mal. On a douté de sa sincérité et

aussi de sa raison.

Initiation philosophique · 第 111 / 209 题