Le XVIe siècle marque la décadence de la scolastique, mais sans rien
apporter de très nouveau. Le «réalisme» est généralement abandonné et le
«nominalisme», c’est-à-dire cette idée que les idées n’ont d’existence
que dans les cerveaux qui les conçoivent, devient maître du champ de
bataille. C’est ainsi que Durand de Saint-Pourçain reste célèbre pour
avoir dit, ce qui est très audacieux à cette époque: «Exister, c’est
être individuellement». Guillaume d’Occam répète le mot en insistant: il
n’y a de réel que l’individu. Cela allait loin, jusqu’à, au moins, tenir
pour suspecte toute métaphysique et un peu toute théologie. Et en effet,
_quoique très croyant_, Occam repoussait la théologie, conjurait
l’Église de n’être pas savante, sa science ne prouvant rien et de se
contenter de croire: «La science appartient à Dieu, aux hommes la foi.»
Mais, ou plutôt d’autant plus, si les ministres de Dieu n’imposent plus
par leur ambitieuse science, il faut qu’ils retrouvent tout leur empire
sur les âmes par d’autres moyens et meilleurs. Il faut qu’ils soient des
saints, il faut qu’ils reviennent à la pureté, à la simplicité, à la
puérilité divine de l’Église primitive; et ici il y avait comme un son
avant-coureur de la Réforme.
Aussi bien Occam fut-il un des auxiliaires de Philippe le Bel dans sa
lutte contre le Saint-Siège, fut excommunié et chercha asile auprès du
duc de Bavière, adversaire du Pape.