Origène était alexandrin, de la fin du IIe siècle, élève de saint
Clément d’Alexandrie. Chrétien et platonicien, pour se permettre et pour
s’excuser de concilier les deux doctrines, il alléguait que les apôtres
n’ont donné de la parole chrétienne que ce que la foule pouvait en
comprendre et que les doctes pouvaient l’entendre d’une manière plus
subtile, plus profonde et plus complète. Cette précaution prise, il
exposait son système qui est celui-ci: Dieu est un pur esprit. Il se
dégrade déjà dans _des esprits_ qui sont ses émanations. Ces esprits
sont capables du bien et du mal. Quand ils inclinent au mal ils se
revêtent de matière et deviennent des âmes dans des corps. C’est ce que
nous sommes. Il y a du reste plus bas que nous. Il y a des esprits
impurs qui ont revêtu des corps immondes; ce sont les démons. Or, frères
déchus des anges, nous sommes libres, moins qu’eux, mais libres encore.
Par cette liberté, nous pouvons en cette vie ou nous relever ou nous
abaisser. Mais cette liberté ne suffit pas: il nous faut un peu d’aide.
Cette aide nous vient des esprits qui sont restés esprits purs. L’aide
qu’ils nous donnent est combattue par les efforts des esprits
entièrement déchus qui sont plus bas que nous dans l’échelle. Lutter
contre les esprits immondes, aider les esprits purs qui nous aident, les
aider à nous aider, tel est notre devoir dans cette vie qui est une
médecine, la médecine de Platon, c’est-à-dire une punition, stérile
quand elle n’est pas acceptée de nous, salutaire quand acceptée de nous
avec reconnaissance, elle est expiation et par conséquent purification.
Le rôle du Rédempteur dans tout cela est le même que celui des esprits,
mais plus grand et plus décisif. Roi des esprits, esprit des esprits, il
éclaire par la révélation notre intelligence trop confuse et fortifie
contre la tentation notre volonté trop débile.