Le christianisme et les philosophes

Les rapports du christianisme avec la philosophie furent confus.

L’immense majorité des philosophes le repoussa, se croyant supérieurs à

lui et du reste, le sentant redoutable, s’arma contre lui de tout ce

qu’elle pouvait trouver de beau ou de spécieux ou d’expédient dans

l’ancienne philosophie, et l’ardeur du néo-platonisme que nous avons

considéré vient en partie précisément de cet instinct de rivalité et de

lutte. Il y eut à cette époque une foule d’Ernest Havet opposant

l’_hellénisme_ au _christianisme_ et Ernest Havet n’est qu’un

néo-platonicien du XIXe siècle.

Un certain nombre de philosophes cependant, soit du côté judéo-chrétien,

soit du côté hellénique, essayèrent de quelque conciliation, et soit,

juifs, firent comme des avances à l’hellénisme soit, grecs, admirent

qu’il y avait quelque chose d’acceptable du côté de Sion. Aristobule,

juif (antérieur à Jésus-Christ), semble avoir tenté d’accommoder Moïse

avec Platon; Philon, juif (contemporain de Jésus-Christ et qui lui a

survécu, non chrétien), que nous connaissons mieux, poursuivit toute sa

vie le dessein de montrer toutes les ressemblances qu’il pouvait y avoir

entre Platon et l’Ancien Testament, à peu près comme de nos jours

quelques-uns se sont efforcés de démontrer l’accord surprenant entre la

théorie darwinienne et la Genèse. On l’appelait le Platon juif, et l’on

disait à Alexandrie: «Philon imite Platon ou Platon imite Philon».

De leur côté, plus tard, certains Grecs éclectiques que nous avons

nommés, Moderatus, Nicomaque, Nemesius, poussèrent la bienveillance

jusqu’à tenir compte sinon de Jésus du moins de Moïse et d’admettre la

pensée israélite dans l’histoire de la philosophie et de la sagesse

humaine. Mais en général, c’est dans les écoles de philosophie et dans

le monde, de plus en plus restreint, se piquant de philosophie, que le

christianisme était particulièrement repoussé, écarté et méconnu.

Initiation philosophique · 第 81 / 209 题