Épicure, né à Athènes un peu après la mort de Platon, élevé à Samos par
ses parents qui avaient dû s’expatrier par suite de revers de fortune,
revenu à Athènes vers 305 avant Jésus-Christ, y fonda une école. C’était
personnellement un vrai sage, sobre, scrupuleux, contempteur du plaisir,
rigoureux pour lui-même, _pratiquement_ un stoïcien. Comme vue générale
sur le monde il enseignait à très peu près la doctrine de Démocrite: le
monde est composé d’une multitude d’atomes doués de certains mouvements
qui s’accrochent les uns aux autres et se combinent les uns aux autres
et il n’y a pas autre chose dans le monde. N’y a-t-il pas un premier
moteur, un être qui a mis tous ces atomes en mouvement bref _un_ Dieu?
Épicure n’y croit pas; Y a-t-il _des_ dieux, comme le croient les gens
du peuple? Épicure le croit; mais il estime que les dieux sont des
créatures supérieures, brillantes, heureuses, qui ne s’occupent pas du
monde, n’y interviennent pas et s’occupent encore moins, s’il est
possible, de l’humanité. Ils n’ont pas créé le monde, du reste, car
pourquoi l’auraient-ils créé? Par bonté, a dit Platon; mais il y a tant
de mal dans le monde que s’ils l’ont créé par bonté ils se sont trompés
et ce sont des sots; et s’ils ont permis volontairement le mal ce sont
des méchants; et donc il est charitable à leur égard de penser qu’ils ne
l’ont pas créé.