Aristote, à cause de son universalité, à cause aussi de ceci qu’il est
plus clair que son maître, à cause aussi de ceci qu’il dogmatise, non
pas toujours, mais le plus souvent au lieu de discuter et conférer, a eu
à travers toute l’antiquité et tout le moyen âge une autorité plus
grande que celle de Platon, une autorité qui était devenue (en dehors
des matières de foi) comme despotique et comme sacro-sainte. A partir du
XVIe siècle il a été remis à son rang qui est très beau encore et a été
considéré comme un des esprits, sinon les plus puissants, du moins les
plus vastes et du reste très loin encore d’être sans vigueur, qui aient
paru parmi les hommes. Pour certains il est comme une transition entre
le génie grec, extrêmement fin mais toujours poétique et toujours un peu
oriental, et le génie romain plus positif, plus dépouillé, plus
pratique, plus épris de réel et de science réelle.