Aristote de Stagire fut un élève de Platon et il s’en est souvenu, comme
font, d’ordinaire les meilleurs élèves, pour le combattre. Il fut
quelques années le précepteur d’Alexandre, fils de Philippe, celui qui
devait devenir Alexandre le Grand. Il enseigna longtemps à Athènes.
Après la mort d’Alexandre, en butte, à son tour, à l’éternelle
accusation d’impiété, il fut forcé de se retirer à Chalcis où il mourut.
Aristote est surtout un savant. Il voulut embrasser la totalité des
connaissances de son temps, ce qui était encore chose possible à la
grande rigueur et il y réussit. Ses ouvrages, infiniment nombreux, sont
le compte rendu de son savoir. Ils sont la _somme_ de toutes les
sciences de son époque. Nous n’avons à nous occuper ici que de ses idées
proprement philosophiques. Pour Aristote comme pour Platon, mais plus
précisément, l’homme est composé d’une âme et d’un corps. Le corps est
un composé d’organes, une mécanique bien faite; l’âme en est le but
final; le corps pour ainsi dire aboutit à l’âme, mais à son tour l’âme
agit sur le corps et est en lui non son but, mais son moyen d’action sur
les choses et le tout forme une harmonie pleine et continue. Les
facultés de l’âme sont ses divers aspects et ses diverses manières
d’agir; car elle est une et indivisible. La raison c’est l’âme
considérée comme pouvant concevoir ce qu’il y a de plus général et par
conséquent elle est en nous quelque chose d’intermédiaire entre nous et
Dieu. Dieu est unique; il est éternel, il a de toute éternité donné le
mouvement à la matière. Il est purement spirituel; mais tout est matière
sauf lui et il n’y a point, comme le voulait Platon, des _idées_,
personnages immatériels vivants, résidant en son sein. On peut voir ici
comme un progrès, en un certain sens, de Platon à Aristote, vers le
monothéisme: l’olympe des idées dans Platon était encore un polythéisme,
un polythéisme spirituel, mais encore un polythéisme; il n’y a plus de
polythéisme du tout dans Aristote.