Les sophistes sont nés des Parménide et des Zénon d’Élée. Gorgias fut
disciple de celui-ci. A force de penser que tout est apparence sauf
l’Être suprême seul réel, on en vient très facilement à croire que tout
est apparence et aussi cet être là ou du moins, ce qui ne laisse pas de
revenir à peu près au même, que tout est apparence y compris l’idée que
nous pouvons avoir de l’Être suprême. Ne croire rien et démontrer qu’il
n’y a aucune raison de croire à quelque chose, c’est comme le point
central de tous les sophistes. Alors, direz-vous, il n’y a qu’à se
taire. Mais non, il y a à cultiver son esprit, seule chose de
l’existence de quoi nous soyons sûrs, pour le rendre habile, adroit et
fort.--Pourquoi?--Pour être un penseur habile, ce qui en soi est une
belle chose; pour être aussi un homme considérable et écouté dans sa
cité et arriver à la gouverner.
Aussi les sophistes donnent-ils surtout des leçons de psychologie, de
dialectique et d’éloquence. Ils enseignent du reste la philosophie; mais
pour démontrer que toute philosophie est fausse et que, comme dira
Pascal plus tard, se moquer de la philosophie est vraiment philosopher.
Ils semblent avoir été extrêmement intelligents, extrêmement instruits,
très sérieux malgré leur scepticisme et avoir rendu à la Grèce ce très
grand service de faire une analyse pénétrante, la première, de notre
faculté de connaître et des limites réelles, possibles ou probables, de
notre faculté de connaître.