Zénon d’Élée, qu’il faut nommer surtout parce qu’il a été le maître de
ce Gorgias dont Socrate fut l’adversaire, était surtout un subtil
dialecticien en qui le sophiste apparaît déjà et qui embarrassait les
Athéniens par des arguments captieux, au fond desquels du reste apparaît
toujours ce grand principe: sauf l’Être éternel tout n’est qu’apparence;
sauf celui qui est tout, tout n’est rien.
Démocrite d’Abdère, disciple de Leucippe d’Abdère (de celui-ci on ne
sait rien), est l’inventeur de la théorie des atomes. La matière est
composée d’un nombre infini de petits corps indivisibles que l’on
appellera les atomes; les atomes, de toute éternité ou depuis le
commencement des choses, sont doués de certains mouvements par lesquels
ils s’accrochent les uns aux autres et s’agglomèrent ou se décrochent et
se séparent et de là la formation de toutes choses et la destruction,
qui n’est que désagrégation, de toutes choses. Notre âme elle-même n’est
qu’une agrégation d’atomes particulièrement ténus et subtils. Il est
probable que quand un certain nombre de ces atomes quittent notre corps
c’est le sommeil, que quand presque tous le quittent, c’est la mort
apparente (léthargie, catalepsie), que quand ils nous quittent tous
c’est la mort. Nous sommes en relations avec le monde extérieur par
l’afflux en nous d’atomes extrêmement subtils, reflets des choses,
apparences des choses, qui viennent se mêler aux atomes constitutifs de
notre âme. Il n’y a rien, du reste, dans notre intelligence qui n’y ait
été apporté par nos sens, et notre intelligence n’est que la combinaison
des atomes qui constituent notre âme avec les atomes que les choses
extérieures envoient, pour ainsi parler, dans notre âme.
Nous retrouverons les doctrines de Démocrite dans Épicure et dans
Lucrèce.