Anaximandre de Milet, astronome lui aussi et géographe, croyait que le
principe de toutes choses était l’_indéterminé_, une manière de chaos,
où rien n’a de forme ni de figure, que du chaos sortent les choses et
les êtres et qu’ils y retournent pour en sortir encore. Une de ses
théories particulières était que les poissons étaient les plus anciens
des animaux et que tous les animaux étaient sortis d’eux par
transformations successives. Cette théorie a été remise en honneur, pour
un temps, il y a environ un demi-siècle.
Héraclite d’Éphèse, très obscur du reste et cette épithète était restée
attachée à son nom, voit toutes choses comme dans un écoulement
perpétuel, dans un _devenir_ indéfini. Les choses ne sont pas; elles
deviennent et sont destinées à devenir éternellement. Derrière elles,
cependant, il y a un maître éternel qui ne change pas. Lui ressembler,
autant que nous pouvons et c’est-à-dire autant qu’un singe peut
ressembler à un homme est tout notre devoir. Rester toujours calmes,
c’est-à-dire aussi immobiles que des êtres changeants peuvent l’être. La
légende populaire veut qu’Héraclite «pleurât toujours»; ce que nous
savons de lui tend à établir seulement qu’il était grave et n’aimait pas
les agités.