_A monsieur Henri Précy,_
_officier de marine,_
_à bord du_ Calédonien,
_en rade de Toulon._
Paris, 10 avril 1902.
Monsieur, monsieur!
Comme vous me punissez durement de toutes mes imprudences! Oui, c'en
était une, et bien téméraire, de commencer à vous écrire. Mais ... je
ne m'en aperçois qu'aujourd'hui!...
Un rendez-vous! vous osez me proposer un rendez-vous! à moi! Mais,
quand bien même j'aimerais quelqu'un ... oui! quand j'aimerais, fût-ce
à en perdre la tête!... je conserverais toujours assez de pudeur et
assez de fierté pour me sauver d'une pareille honte!...
Un rendez-vous à moi! Ah! je devrais ne pas même répondre à cette
injure!... Oui ... pourquoi est-ce que je vous écris?... Mon Dieu!
comme je suis faible, comme je suis lâche!--Pourquoi? pourquoi?--Au
fait, la faute n'est pas à vous seul... L'inconséquence que j'ai
commise en vous écrivant la première vous donne peut-être le droit de
me juger très mal. Vous ne me connaissez pas. Vous n'avez pas levé mon
masque.
Mais--écoutez-moi bien:--plus de ces mots-là entre nous ou tout est
fini!--J'attends votre promesse.--Au revoir, ou adieu.