[381] Ce messager, qui se nommait Hennequin et avait appris le

français à la cour de France, fut accueilli par le duc de Bourgogne

avec des insultes (_Chronographia_, t. III, p. 34), mais fut laissé

en liberté, dit le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 172).

Froissart semble être plus dans la vérité, quand il avance qu’on le

garda plus de six semaines en prison, car cette arrestation fut un

des griefs de Philippe d’Artevelde contre le roi (cf. dans notre

texte p. 261 et 277).

[382] Peu de temps après sa lettre du 24 juin (voy. plus haut,

note 380), Philippe d’Artevelde avait entamé des négociations avec

l’Angleterre, et aux dates des 11 et 15 juillet et du 18 août 1382,

nous trouvons la mention de paiements faits soit à un envoyé de

Philippe, soit à Richard Hereford, héraut, à Edmond Halstede, Richard

Wodehall et George de Ffelbrigg, écuyers, députés vers les Gantois

(_Rec. Off., Issue Rolls 305_, m. 9, 11 et 13). A la date des 19-24

août figure aussi dans les comptes de la ville de Gand l’embarquement

des échevins de Gand Michiel Boene et Jan de Hert, et à la date du 13

septembre le départ pour l’Angleterre de Laurent de Maech, de Jan de

Jonghe et de Jan uten Broucke (_Rekeningen_, p. 328-329).

[383] Voy. le passage relatif à cet emprunt de 200,000 florins ou

50,000 marcs dans la rédaction du ms. de Rome, t. II, p. 256-257.

Après avoir pris l’avis de Pierre du Bois et de Pierre de Wintere,

capitaines de Bruges[384], et de ceux d’Ypres et de Courtrai, Philippe

organise son ambassade: chaque bonne ville enverra un ou deux

bourgeois, Gand en enverra six[385], à savoir François Ackerman[386],

Rasse vande Voorde[387], Louis de Vos[388], Jean de Scotelaere[389],

Martin vande Water[390] et Jacques de Brauwere[391].

[384] Philippe d’Artevelde était à Bruges du 4 au 8 septembre 1382;

nous le trouvons sous les murs d’Audenarde ou à Edelaere du 12

septembre à la fin de novembre (_Rekeningen_, p. 328-331).

[385] Le récit de Froissart renferme plus d’une erreur et plus

d’une confusion dans l’énumération des ambassadeurs flamands. Cette

ambassade se composait en effet de 12 membres, dont les noms nous

ont été conservés par les lettres de créance qui leur furent données

le 14 octobre 1382. C’étaient Willem van Coudenberghe, Willem

vanden Pitte, Race vander Voerde, Jan van Waes et Michiel Boene,

représentant Gand; Lodewijc de Vos, Jacop de Scoteleere, Jacop de

Bruwere et Willem Matten, représentant Bruges; Gillis Tant, Jacop

Moanin et Lamsin de Borchgrave, représentant Ypres (_Rekeningen_, p.

457-459; voy. aussi Gachard, _Mémoires de l’Académie de Belgique_, t.

XXVII, p. 37). Aux cinq envoyés de Gand étaient adjoints Gillis van

Wijnvelde, Martin van Erpe et Pieter van Beerevelt (_Rekeningen_, p.

330).

[386] François Ackerman ne pouvait faire partie de l’ambassade,

étant à cette époque parti pour la Rochelle à la tête d’une flotte

(_Rekeningen_, p. 345).

[387] Mentionné plusieurs fois dans les _Rekeningen der Stad Gent_

(p. 278, 298 et 310).

[388] Ce Louis de Vos est peut-être le même que ce bourgeois de Gand,

qui, en 1383, à la bataille de Dunkerque, fut fait chevalier (Kervyn,

t. X, p. 225).

[389] Nous trouvons un _Jean_ de Scotelaere mentionné en 1380 dans

les _Rekeningen_ (p. 184); mais il est à remarquer que l’envoyé de

Bruges se nommait _Jacques_ et non _Jean_.

[390] Martin vande Water fut le successeur, en 1384, de l’évêque

urbaniste de Gand, Jean de West; il ne faisait pas partie de

l’ambassade (cf. Kervyn, t. X, p. 463).

[391] Le nom de Bruwere, qui appartient ici à un bourgeois de Bruges,

est fréquent à Gand (_Rekeningen_, p. 64, 84 et 97).

A ces envoyés se joint un clerc[392], parent de Philippe d’Artevelde,

qui vient d’être élu évêque urbaniste de Gand en remplacement de Jean

de West[393], ancien doyen de Notre-Dame de Tournai.

[392] Ce clerc, dont le nom est supprimé dans la plupart des

manuscrits, est appelé Bande Quintin dans l’un (c’est la leçon que

nous avons adoptée) et Hewart de Sueskes dans un autre; mais ces

noms sont tout à fait fantaisistes. Nous avons consulté à ce sujet

M. Julius Vuylsteke, dont la compétence est grande pour tout ce qui

regarde l’histoire de Gand. Il nous a gracieusement répondu et sa

conclusion est que le personnage en question ne peut être que maître

Willem de Coudenberghe, l’un des ambassadeurs. Malgré la valeur de

cette autorité, nous croyons qu’il faut plutôt reconnaître dans le

clerc de Froissart, _parent_ de Philippe d’Artevelde, Martin van

Erpe, neveu de Philippe et plus tard un de ses héritiers, un de

ceux qui avaient été adjoints à l’ambassade (voy. p. LXXI, note

385). En faisant de ce clerc anonyme le successeur prématuré de

l’évêque urbaniste Jean de West, Froissart l’identifiait avec Martin

vande Water, qu’il avait déjà mentionné à tort comme accompagnant

l’ambassade.

[393] Jean de West, évêque urbaniste de Gand, que Froissart semble

avoir confondu avec l’échevin Jan van Waes, suivi dans cette erreur

par Meyer (fol. 186 vº) et par Kervyn de Lettenhove (_Histoire de

Flandre_, t. III, p. 505), a laissé peu de traces dans l’histoire de

Gand. Cet ancien doyen de Tournai, nommé par les Gantois, en haine de

la France clémentine, évêque de Tournai à la place de Pierre d’Auxy,

avait été pourvu en 1380 de bulles régulières par Urbain VI (Valois,

_La France et le grand schisme_, t. I, p. 261). C’était un _grand

clerc_, disent les chroniques du temps (_Ist. et chr._, t. II, p.

175; dom Smet, _Rec. des chr. de Fl._, t. III, p. 273); il mourut en

1384 et fut enterré dans l’abbaye de Saint-Victor de Waestmunster

près de Termonde, revêtu de ses habits pontificaux (_Gallia

christiana_, t. III, col. 229).

L’ambassade, composée de douze bourgeois, quitte le camp d’Audenarde

au commencement de juillet[394] et arrive à Calais. Le capitaine de

la ville, Jean d’Évreux, leur procure des bateaux pour passer en

Angleterre. Ils débarquent à Douvres et arrivent à Londres, bien

accueillis par la population anglaise.

[394] Les ambassadeurs qui vinrent recevoir leurs instructions de

Philippe d’Artevelde étaient à Edelaere du 30 septembre au 2 octobre;

ils partirent le 17 (_Rekeningen_, p. 329-330).

Le roi venait de donner à Perducat d’Albret, en récompense de ses

services, la terre de Caumont en Gascogne, qui, après le décès de

Jean de Caumont[395] et d’Alexandre, son frère, morts tous deux sans

héritiers, avait été attribuée par le roi à Jean Chandos, puis à

Thomas de Felton. P. 263 à 265, 388, 389.

[395] Ce _Jean_ de Caumont semble devoir être nommé _Raymond_ (P.

Anselme, t. IV, p. 481). Par contre, nous trouvons un Jean de

Caumont, sans doute frère de Nompar de Caumont (_Ibid._, t. IV, p.

470), écuyer en Flandre et à l’Écluse en 1387 et 1388 (_Bibl. nat.,

Pièces orig._ vol. 622).

Perducat accepte la terre de Caumont et s’engage, lui et son hoir, à

servir le roi d’Angleterre contre tout ennemi, excepté contre la maison

d’Albret, dont il est issu. Il est mis en possession de sa nouvelle

terre par le sénéchal de Bordeaux, Jean de Neuville[396], mais meurt

bientôt, laissant son héritage à un jeune cousin, Perducet, qui prend

les mêmes engagements vis-à-vis du roi d’Angleterre[397]. P. 265 à 267,

389.

[396] Perducat d’Albret, que nous voyons le 6 mai 1381 recevoir du

roi d’Angleterre la confirmation du don de la ville de Bergerac,

qu’il avait reçue précédemment du roi Charles V, se retrouve à la

Rochelle, après le 6 mai 1381 (Labroue, _Le livre de vie_, p. 154)

et à Londres lors de l’insurrection de 1381 (voy. plus haut, p.

XXXI), reçoit le 6 septembre le don de la baronnie de Caumont et

autres lieux (_Rec. Off., Privy Seals 472_, nº 1901), après avoir

reçu le 1er du même mois les terres du seigneur de Langoiran rebelle

(_Ibid._, 471, nº 1897). Il reçoit le 25 octobre un don d’argent

(_Rec. Off., Issue Rolls 304_, m. 5), le 6 mai 1382, le château de

Verteuil-de-Castelmoron (Labroue, p. 159); enfin, le 26 juillet de

la même année, 50 livres à valoir sur une somme promise par le roi

Édouard. Cette somme de 50 livres est délivrée à «Bertucato de la

Brette de dominio Aquitannie, nuper capto de guerra in servicio regis

per gentes francigenas, inimicos regis, et pro instante prisonario

existenti» (_Rec. Off., Issue Rolls 305_, m. 12). Sur Perducat

d’Albret, alors qu’il était au service de la France, voy. une note de

Siméon Luce (t. VII, p. CIV, note 2).

[397] La note précédente montre que Perducat d’Albret ne mourut que

passé le 26 juillet 1382, au moins près d’un an après avoir été mis

en possession de la baronnie de Caumont.

Les ambassadeurs flamands sont reçus par le conseil du roi; ils

demandent l’alliance de l’Angleterre et offrent au roi 100,000 hommes

pour combattre les Français[398]; mais ils tiennent avant tout à

être remboursés des 200,000 vieux écus prêtés autrefois par Jacques

d’Artevelde[399]. Les seigneurs anglais trouvent les propositions

quelque peu risibles et diffèrent leur réponse. Les choses vont ainsi à

bien pour le roi de France, qui se prépare à entrer en Flandre. P. 267

à 269, 390.

[398] Les ambassadeurs flamands étaient porteurs d’instructions

que nous résumons d’après le texte qu’en a donné Kervyn (t. X, p.

464-466). Ils demandaient la confirmation des privilèges à eux

accordés par les rois d’Angleterre, l’établissement à perpétuité

en Flandre de l’estaple de la laine, la protection par une flotte

anglaise du commerce que la Flandre entretenait avec la Rochelle et

autres villes du continent, le paiement par termes de la somme de

140,000 livres sterling octroyées autrefois aux Flandres par le roi

Édouard, enfin l’expulsion hors du territoire anglais des réfugiés

flamands. Les ambassadeurs recevaient des présents du roi à la date

du 25 octobre 1382 (_Rec. Off., Issue Rolls 305_, m. 3) et, le 31,

Jean Morewell les accompagnait jusqu’à Sandwich (_Ibid._), comme il

l’avait fait précédemment pour une autre ambassade (_Ibid._ 306, m.

1), et retenait des bateaux pour leur traversée (_Ibid._ 305, m. 3).

[399] A la date du 20 décembre 1382, Philippe d’Artevelde recevait

du roi d’Angleterre une certaine somme à valoir sur les 100 marcs

représentant jusqu’au 14 novembre les arrérages d’une pension viagère

de 12 sous par jour à lui accordée autrefois par le roi Édouard III

(_Rec. Off., Issue Rolls 306_, m. 9).

Charles VI fait relâcher le messager de Philippe d’Artevelde. Échange

de prisonniers entre la ville de Courtrai et la ville de Tournai.

Philippe d’Artevelde, qui s’attend à être attaqué par le roi de France,

défend aux habitants de Tournai de venir s’approvisionner dans les

Flandres. P. 269 à 272, 390, 391.

Philippe continue à assiéger Audenarde, mais ne donne pas l’assaut; il

espère affamer la ville et la prendre sans risquer de faire tuer ses

gens[400]. P. 272, 273, 391.

[400] Au cours du siège, Philippe manqua de s’emparer de la ville

sans coup férir, car les chevaliers, se plaignant de ne pas recevoir

leur solde, étaient décidés à abandonner le service du comte. Les

bourgeois intervinrent, et grâce à un changeur de Valenciennes,

Pierre Rasoir, les choses restèrent en l’état. Voy. de longs détails

sur cette négociation dans la _Chronique de Flandre_ de Froissart

(_Bibl. nat._, ms. fr. 5004, fol. 138 rº-142 vº). Pendant que les

Gantois étaient ainsi occupés par le siège, nous trouvons, à la date

du 28 septembre, la mention d’un paiement fait par le comte à un

garçon qui aurait mis le feu au logis de Philippe d’Artevelde (_Chr.

rimée_, p. 106). Cette maison n’est sans doute pas celle que son père

possédait à Gand place de la Calandre, à côté de l’hôtel de Masmines

(Kervyn, t. II, p. 537), et que l’on montrait encore au XVe siècle

(Kervyn, t. IV, p. 473).

Le roi de France se résout à intervenir auprès des Flamands[401];

il envoie à Tournai l’évêque de Beauvais Milon de Dormans, l’évêque

d’Auxerre[402], l’évêque de Laon[403], Gui de Honcourt[404] et

Tristan du Bos. Ces commissaires[405] apprennent à Tournai de

Jean Bonenfant[406] et de Jean Piétart[407], qui se sont occupés de

l’échange des prisonniers avec Courtrai, que Philippe d’Artevelde ne

veut point entendre parler de traiter avant la prise d’Audenarde et de

Termonde; mais, confiant dans le bon sens des Flamands, ils adressent à

chacune des trois villes, Gand, Bruges et Ypres, une lettre portée par

un messager spécial. P. 273, 274, 391.

[401] Malgré des avis contraires qui se manifestèrent jusqu’au

dernier moment, le roi, influencé par le duc de Bourgogne, qui

plaidait la cause de son beau-père (_Chr. du bon duc Loys_, p. 167),

était décidé à intervenir dès le mois d’août; et le 18 il allait à

Saint-Denis prendre l’oriflamme qui fut remise à Pierre de Villiers

(_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 176). Pendant ce temps, la

campagne se préparait secrètement et _sous l’apparence d’un projet

d’expédition en Angleterre_. C’est ainsi que la compagnie de Jean de

Vienne, rassemblée à Orléans, ne prit qu’à la fin de septembre le

chemin du nord (Terrier de Loray, _Jean de Vienne_, p. 167).

[402] L’évêque d’Auxerre, Guillaume d’Estouteville, fut transféré à

Lisieux le 18 septembre 1382; son successeur, Ferri Cassinel, fut

installé sur son siège avant le 22 octobre 1382.

[403] Pierre Aycelin de Montaigu.

[404] Gui de Honcourt, chevalier, au service du duc d’Anjou en 1379,

gouverneur du bailliage d’Amiens en 1385 (_Bibl. nat., Clair._

vol. 60, nos 14 et 63), était seigneur de Laidain et de Fontaines,

conseiller du roi (_Bibl. nat., Pièces orig._ vol. 1530) en 1387, et

plus tard bailli de Vermandois. Nous l’avons déjà mentionné à Béthune

et à Ham en 1380 (t. IX, p. CII).

[405] Ces commissaires, auxquels une chronique de Flandre ajoute

Enguerran de Hedin (_Ist. et chr._, t. II, p. 260), arrivaient en

octobre à Tournai (_Chronographia_, t. III, p. 40) et demandaient par

deux fois un sauf-conduit à Philippe d’Artevelde pour aller traiter

avec lui, mais celui-ci refusa insolemment une première fois de Gand

à la date du 10 octobre, une seconde fois d’Edelaere à la date du

14 (_Ist. et chr._, t. II, p. 261-262). Une autre rédaction note

cependant que quelques-uns des commissaires allèrent à Audenarde

parlementer avec Philippe (_Ibid._, p. 207).

[406] Jean Bonenfant, bourgeois de Tournai, premier échevin de

Saint-Brice en 1379, était marchand de vins (Kervyn, t. XX, p. 357).

[407] Sur Jean Piétart, bourgeois de Tournai, tanneur, plusieurs

fois mayeur des échevins de Saint-Brice, voy. Kervyn (t. XXII, p.

358-359).

Par cette lettre, datée du 16 octobre 1382, les trois bonnes villes

sont informées que le roi de France, désirant voir la paix se rétablir

entre le comte et son peuple, ne saurait tolérer l’alliance que les

villes de Flandre pourraient contracter avec le roi d’Angleterre. En

conséquence, les commissaires demandent un sauf-conduit leur permettant

de mener à bien les négociations de paix. P. 274, 391, 392.

Les trois messagers arrivent et sont retenus prisonniers. Philippe, qui

a lu la lettre à Gand, va la communiquer au seigneur d’Herzeele sous

les murs d’Audenarde. P. 274, 275, 392.

Réponse de Philippe, datée d’Audenarde, 20 octobre 1382[408]:

il s’étonne que son souverain seigneur, le roi de France,

veuille aujourd’hui s’interposer en faveur de la paix, alors qu’il

ne lui a pas répondu naguères sur le même sujet. Aucun traité n’aura

lieu tant que toutes les villes et forteresses de Flandre ne seront

pas ouvertes au peuple flamand; jusque-là, tous les messagers seront

emprisonnés. P. 275 à 278, 392, 393.

[408] Cette lettre du 20 octobre a été publiée par M. J. Vuylsteke

dans les _Rekeningen der Stad Gent_ (p. 461-463) d’après un ms. de

Gand qui offre quelques variantes avec notre texte et modifie même

le sens de toute une phrase; c’est ainsi qu’à la p. 276, l. 19-22,

au lieu de _mais il... entre nous_ (leçon qui se retrouve à peu près

semblable dans tous les mss., même ceux de la _Chronique de Flandre_,

cf. _Bibl. nat._, fr. 5004, fol. 145 rº), on lit dans le ms. de

Gand: _mais il vous samble que, selonc nostre response à vous sur ce

envoiée que nous n’avons volenté de entendre à la voye du traitié;

sur quoy fermement sachiés que nul traitié n’enquerrés entre vous_.

Cette lettre est confiée à un écuyer d’Artois qui avait été fait

prisonnier. Il la remet, à Tournai, à l’évêque de Laon et aux autres

commissaires royaux, qui la communiquent au prévôt et aux jurés de la

ville. P. 278 à 280, 393.

Voulant ne pas trop s’aliéner les gens de Tournai, Philippe leur écrit

quelques jours après (23 octobre), pour leur dire qu’il désire vivre

toujours en bonne amitié avec eux, qu’il regrette de ne pouvoir encore

mettre en liberté les messagers, mais qu’il accorde toute facilité aux

marchands pour trafiquer et passer par les Flandres. P. 280 à 282, 393,

394.

Cette lettre est apportée à Tournai par un valet de Douai; elle est

lue en présence des commissaires royaux, qui conseillent aux gens de

Tournai de ne pas répondre aux avances des Gantois, de crainte de

mécontenter le roi de France et le duc de Bourgogne. Trois jours après,

les commissaires retournent à Péronne[409] auprès du roi et de ses

oncles. P. 282, 283, 394.

[409] Nous ne trouvons ni dans les _Séjours de Charles VI_ ni dans

les _Itinéraires_ de M. Petit la mention à cette date du séjour à

Péronne du roi ou du duc de Bourgogne.

La veille, le comte de Flandre était arrivé pour plaider sa cause et

faire hommage du comté d’Artois, qu’il venait d’hériter de sa mère.

L’orgueil des Flamands et leur désir de s’allier aux Anglais décident

le roi à soutenir les droits de son nouveau vassal[410].

[410] «Pluiseur noble du conseil du roi ne consillèrent mie que li

rois entreprinst le fait, pour ce que li Flamenc estoient fort et

douté, et pour ce qu’il sambloit à aucuns que li contes n’avoit mie

en temps passé obey à la couronne de Franche dont il devoit le conté

de Flandres tenir en pairie.» Ce qui décida l’intervention royale

fut la promesse que le comte ferait hommage de son comté au roi

(_Ist. et chr._, t. II, p. 207). On feignait du reste de ne prendre

aucune décision ferme, et il fut convenu que le roi irait d’abord à

Arras «et là se prendroit la conclusion de ce qu’il devroit faire»

(_Ibid._, p. 262).

Le comte retourne à Hesdin, et le roi appelle à Arras tous les gens

d’armes du royaume[411]. P. 283 à 285, 394, 395.

[411] C’est vers la mi-octobre, à Arras, que devaient se réunir

les gens d’armes (_Religieux de Saint-Denis_, t. I, p. 174). La

_Chronographia_ fixe le rendez-vous à Corbie et à Péronne pour le 20

octobre (t. III, p. 39).

Le comte s’occupe des vivres nécessaires à l’armée royale[412]. Le

roi arrive à Arras[413], où le comte le rejoint; en recevant son

hommage[414], il lui promet de le secourir en Flandre. P. 285, 286, 395.

[412] Quoi qu’en dise Froissart, la distribution des vivres fut moins

qu’assurée et l’armée royale, ne recevant pas de solde, pilla la

province d’Artois, abandonnée aux hommes et aux chevaux (_Ist. et

chr._, t. II, p. 210; cf. _Chronographia_, t. III, p. 41).

[413] C’est de Compiègne que Charles VI partit pour la Flandre; et

avant son départ, le 28 octobre, il écrivait une lettre au bailli de

Rouen pour presser l’envoi d’une troupe de 100 arbalétriers (_Bibl.

nat., Portefeuilles Fontanieu_, vol. 99-100, fol. 152-156). Les

diverses chroniques fournissent des dates différentes pour l’arrivée

de Charles VI à Arras. D’après les _Séjours de Charles VI_, le roi

était les 30 et 31 octobre à Nesle, le 1er novembre à l’abbaye de

Saint-Nicolas d’Arrouaise et le 3 à Arras. Le prince Louis, frère

du roi, vint aussi à Arras, mais le conseil décida son éloignement,

voulant assurer la succession au trône, au cas où il arriverait

malheur au roi (_Ist. et chr._, t. II, p. 210-211). L’armée royale

était forte de 10,000 hommes, sans compter les arbalétriers, les gens

de pied, les troupes légères et les valets d’armée (_Religieux de

Saint-Denis_, t. I, p. 188).

[414] C’est à l’abbaye de Saint-Nicolas d’Arrouaise, le 1er ou le

2 novembre, que le comte de Flandre «fist hommage au roy de toutes

les terres qu’il devait tenir du roy et du royaume» (_Ist. et chr._,

t. II, p. 210). Le comte était du reste arrivé à Arras bien avant

Charles VI, puisqu’à la date du 26 octobre il donnait quittance

en cette ville à Gilles Basin, son panetier, d’une certaine somme

empruntée pour lui (_Chr. rimée_, p. 106).

Bien qu’il affecte de se moquer des entreprises du jeune roi de

France, Philippe d’Artevelde n’en appelle pas moins à Audenarde le

seigneur d’Herzeele pour le remplacer, tandis qu’il part pour Bruges et

Ypres[415]. Craignant que les Français ne traversent la Lys, il charge

Pierre du Bois de garder le passage de la rivière à Commines[416] et

Pierre de Wintere de défendre le pont de Warneton, avec ordre de

rompre les ponts d’Estaires[417], de la Gorgue[418], de Merville[419]

et autres jusqu’à Courtrai. Philippe pense ainsi empêcher le roi de

France de pénétrer en Flandre, jusqu’à l’arrivée des troupes anglaises,

qui ne saurait tarder. P. 286 à 288, 395, 396.

[415] D’après le _Religieux de Saint-Denis_ (t. I, p. 190), le roi,

avant de commencer la campagne, fit sommation de déposer les armes et

de rentrer dans le devoir à Philippe d’Artevelde, qui refusa. C’est

sans doute une allusion à l’échange de correspondances qui eut lieu

précédemment entre Philippe et les commissaires royaux.

[416] Nord, arr. de Lille, sur la rive droite de la Lys; la partie

belge de la ville est sur la rive gauche.

[417] Nord, arr. d’Hazebrouck, sur la Lys.

[418] Nord, arr. d’Hazebrouck, au confluent de la Lys et de la Lawe.

[419] Nord, arr. d’Hazebrouck, sur la Lys.--Les escarmouches furent

nombreuses sur les bords de la Lys (_Arch. nat._, JJ 126, fol. 144).

Un certain nombre de chevaliers et écuyers de la garnison de Lille,

120 hommes environ, tentent, sous la direction du Hase de Flandre, de

faire une chevauchée. Ils passent la Lys à Menin[420] et dévastent la

ville, tuant et chassant tout devant eux; mais au retour, assaillis

par les paysans, ne pouvant se servir du pont qui s’est brisé, ils

perdent, tant tués que noyés, plus de 60 des leurs, sans parler des

blessés[421], parmi lesquels il faut compter Jean de Jeumont. Le

châtelain de Bouillon et Bouchard de Saint-Hilaire[422] sont tués;

Henri de Duffle[423] se noie. P. 288 à 291, 396, 397.

[420] Belgique, prov. de Flandre occidentale, sur la Lys.

[421] Cette escarmouche doit se placer au moment où le roi avait

déjà quitté Arras. D’après une chronique française (_Bibl. nat._,

fr. 17272, fol. 43 rº), le Hase de Flandre était accompagné de Henri

d’Antoing, maréchal du comte, du seigneur de Brugdam et de Guillaume,

bâtard de Poitiers, ayant avec eux 120 hommes d’armes. Ils passèrent

la Lys et mirent en fuite les Gantois, qui gardaient le pont de

Commines; mais, surpris dans leur sommeil par 8,000 Yprois, ils

perdirent 56 hommes d’armes et durent se réfugier à Lille auprès du

comte.

[422] Sur ce personnage qui, en 1380, devant Péronne, fut fait

prisonnier par les Anglais (t. IX, p. CII), voy. Kervyn, t. XXIII, p.

69.

[423] Henri de Duffle était fils de Gauthier de Duffle et d’Élisabeth

d’Oosterhout (Kervyn, t. XXI, p. 118).

Tandis que Pierre du Bois démolit le pont de Commines, Philippe apprend

à Ypres la défaite des Français et s’en réjouit. Pendant cinq jours,

il harangue le peuple, lui faisant entrevoir l’appui de l’Angleterre,

et, confiant dans la fidélité des habitants, il retourne au siège

d’Audenarde en passant par Courtrai, où il se repose deux jours. P.

291, 292, 397.

CHRONIQUES

DE J. FROISSART.

[1] CHRONIQUES

DE J. FROISSART.

LIVRE DEUXIÈME.

Chroniques de J. Froissart, tome 10/13 · 第 8 / 36 段