_Fosse où le bison rafraîchissait sa peau ridée par l'ardeur du
soleil et enflammée et desséchée; hutte de troncs d'arbres dans
le ray-grass, cachée, solitaire; levée où surgissent éparses les
taupinières du rat de terre; creux sous la berge que longe le
timide et furtif ruisseau; aloès qui poignarde le ventre et les
talons. Élancez-vous, si vous l'osez, sur un étalon inconnu. Il
est plus sûr d'aller bien loin, bien loin! Écoutez du côté où
les meilleurs cavaliers sont en première ligne: «Garçons,
éparpillez-vous! au loin! au loin!»._
(LA CHASSE AU PÉORA)
Il y avait autrefois à Simla une très jolie fille, dont le père était un
pauvre, mais honnête juge de sessions et de district.
C'était une très bonne fille, mais elle ne pouvait faire autrement que
de connaître sa puissance et de s'en servir.
Sa maman était fort anxieuse au sujet de sa fille, ainsi que doit l'être
toute bonne maman.
Quand on est commissaire, célibataire, et qu'on a le droit de porter sur
son habit des joyaux à jour en or et émail, et de passer une porte avant
tout le monde, excepté un membre du conseil, un lieutenant-gouverneur ou
un vice-roi, on est un beau parti.
Du moins, c'est ce que disent les dames.
Il y avait en ce temps-là, à Simla, un commissaire qui était, qui
portait, et qui faisait tout ce que je viens d'énumérer. Il avait la
figure commune. Il était même laid. C'était l'homme le plus laid qu'il y
eût en Asie, à deux exceptions près.
Il avait une figure qui vous faisait rêver et qui vous donnait ensuite
l'idée de sculpter une tête de pipe.
Il se nommait Saggott--Barr-Saggott--Anthony Barr-Saggott, suivi de six
lettres[12].
[12] Les lettres étaient les abréviations d'autant de titres et de
qualités.
Comme fonctionnaire, il était un des plus capables qu'ait eu le
gouvernement de l'Inde.
Comme particulier, c'était un gorille aux manières engageantes.
Lorsqu'il adressa ses hommages à miss Beighton, je crois que mistress
Beighton pleura de joie, en voyant quelle récompense la Providence lui
envoyait dans sa vieillesse.